J’adore ARTE sur Youtube

Je viens de recevoir ma contribution à l’audiovisuel public 2020… et je suis heureux de m’acquitter de la somme, car je passe mon temps à regarder ARTE, une chaine juste géniale, la chaine qu’en tant que citoyen je reconnais bien dans toute sa dimension éditoriale, la qualité de son contenu… après… je passe mon temps à mater Arte sur Youtube, et en cela je trouve cette chaine encore pertinente, intelligente (si on peut qualifier ainsi une organisation, mais bon, on croit bien en des choses immatérielles et non prouvées mes amis), stratégique, utile, primordiale. Oui, je n’allume plus ma télévision maintenant depuis plus d’un an, parce que j’en ai marre de manger de la pub tout le temps, bien que ce soit mon métier en partie, ou plutôt, un de mes nombreux métiers en communication (j’ai quand même réalisé plusieurs centaines de publicité en presse, je pense que c’est un petit record quand même), c’est un exercice que j’ai du mal à supporter… peut-être parce qu’actuellement on abuse un peu de la bienveillance pour camoufler un réel cynisme libéral ? Débat philosophique et sociétal dans lequel je ne me lancerai pas ce matin (j’ai du boulot donc, j’ai juste voulu réagir à la réception de mon récépissé des impôts).

Je suis donc heureux de payer ma redevance, qui correspond pour moi à un peu plus d’un euros par mois sur un an, alors que je passe mon temps sur Youtube à passer d’un documentaire à un autre. J’avoue que j’adore mettre ça en fond quand je bosse, car ça parle, bien entendu, beaucoup, et ça fait, ça donne du sens… La matière noire, je l’ai écoutée déjà quelques fois, mais j’adore entendre qu’à l’heure actuelle nous sommes dans une ère de profonde révolution, pas celle de la cancel culture qui se borne à un autoritarisme violent (pléonasme ?), celle de la physique qui joue sa survie sur des découvertes qui échappent aux pourtant si talentueux et volontaires chercheurs qui traquent, traquent, craquent. J’ai adoré le documentaire sur Oscar Wilde, ému par les interventions de la belle Amélie Nothomb (ça c’est parce qu’elle a eu l’audace de prétendre ne pas l’être… quand on a votre talent et votre sensibilité, Madame, on ne peut que l’être, belle !), j’adore Quand l’histoire fait date, avec le formidable Patrick Boucheron, le conteur facétieux et si génialement pédagogue, j’adore passer d’une émission à une autre, et quand j’apprends qu’ils diffusent un film rare, j’y vais avec délice, même si j’avoue que ne me renseignant pas sur la question, je dois en rater des pelletées. Mais pour le coup, ARTE, si vous pouviez faire une petite présentation de votre grille chaque semaine, je pourrais continuer à me vautrer dans ma confortable paresse en ne ratant pas les perles que vous avez l’audace, aux dépens de l’audience tyrannique, de diffuser.

J’adore Arte sur Youtube, ça ne me gêne pas de payer pour une chaine qui pour le coup me fait plaisir à défendre les valeurs citoyennes que j’aime, et surtout la culture, la seule que je reconnaisse, la panoramique, celle qui ne fait pas d’élection mais qui célèbre tout ce qui peut être célébré. Et surtout, c’est une démonstration que le public peut s’harmoniser avec le libéral, que le choix n’est pas forcément l’élitisme, le repli sur soi, mais bien l’ouverture maximale.

Par contre je n’ai pas trouvé la case pour verser la totalité de ma redevance à la chaine, car je ne regarde absolument jamais les autres… ce serait pour le coup assez démocratique qu’on s’abonne aux chaines publiques, via cette redevance qui ne se conditionne pas sur les revenus mais sur la présence d’un écran. Je ne doute pas que certains soient moins enthousiastes que moi, chaque année, de payer pour une petite partie du paysage audiovisuel qu’ils ne regardent jamais.

Faites comme moi, likez et abonnez vous sur Arte sur Youtube, ce sera un geste plus révolutionnaire que vous ne le soupçonnez vraiment.

Et de deux, Dune

Le teaser de Dune est sorti, et après avoir vu les réactions de certains Youtubeurs, j’ai eu l’envie de revenir sur ce blog abandonné, pour cause de projets créatifs un poil accaparants.

Pourquoi l’envie ? Car Dune, pour moi, aura été, en premier lieu, une histoire d’amour littéraire, pas que ça parle d’amour, mais parce que j’ai aimé ce putain de cycle en vivant tout ce qu’on peut connaître dans une grande histoire d’amour… la passion, l’enivrement des sens, l’intemporalité d’un attachement, une fidélité entretenue par la richesse puissante d’une œuvre sans pareille (pour moi et ma pauvre culture en la matière).

Dune, j’ai dévoré les livres et bien entendu, ce qui a été le plus fort dans ce moment d’aventure culturelle, est mon admiration, encore intacte, pour un auteur, Frank Herbert, juste puissant, dans son intention comme dans la concrétisation de celle ci. Dune est avant tout un roman brillant, au pur sens du terme. D’une profondeur incroyable, abyssale, un sommet non de SF mais bien de littérature, dans son sens le plus noble et le plus beau.

Donc après ça, et depuis toujours, je fais partie de ceux qui pensent que Dune est inadaptable au cinéma, à la TV, en jeu, en ce que vous voulez, car même si un génie de la peinture peut créer une toile magnifique figurant la beauté d’une aurore, l’œuvre ne vaudra jamais l’aurore elle-même. Dune est une expérience dont la richesse, dont la substantifique moelle pour reprendre une expression délicieusement métaphorique un brin soutenu (oui chérie, je te dédicace ce passage), ne peuvent qu’être trahies ou simplement impossibles à rendre sur un écran. Les images ne sont que des images, là où les mots sont des allégories, des porteurs de symboles, des créateurs de monde. Ceci dit et convenu, on peut quand même concevoir qu’il y ait de bons films inspirés de Dune. J’ai aimé le Dune de Lynch, qui apporte en soi, presque de manière démentielle ou blasphématoire d’ailleurs, des concepts nouveaux (alors que la richesse du matériau originel n’est pas respecté, dans l’idée de la mission impossible précédemment évoquée). Œuvre bâtarde, résultat de ce qu’est la production d’un film où chacun donne son avis là où le sujet ne pouvait être qu’une vision, celle d’un artiste, celle d’un homme qui devient dieu de l’image pour créer un univers. Kubrick, Jodorowski étaient de ceux là, on a fait comprendre à Lynch, à l’évidence, que les théocraties n’avaient plus le vent en poupe à Hollywood. Mais j’aime l’esprit du film, cette cérébralité au cœur du film, celle de ce messie qu’est Paul, cet homme qui devient dieu (autre roman de Herbert qu’il faudrait que je me décide à finir d’ailleurs), puis qui chute, dans un cycle dont tout ce que le grand public ne connaît vraiment n’est qu’un tout petit prélude.

J’écris cet article car je suis tombé sur une vidéo putassière sur Youtube, dont l’idée est juste de profiter de la vague créée par l’annonce du teaser. Je dis vidéo, mais non, c’est bien une putasserie, mot bien moche, mais qui pour le coup décrit bien le principe : un titre et hop, le travail de critique est fait. Enfin une variante du critique, le boucher critique, ou le critique à la sauce 2.0 spé 280 caractères. Donc, je vois « Dune, à la croisée de Starwars et de GOT ». Et sincèrement, j’en ai marre, mais marre, mais marre, qu’on dise que Starwars a tout inventé, là où si j’étais méchant (je ne le suis pas, sinon ce serait bien pire), je dirai que la saga avec les Jedi n’est rien d’autre que Starwars pour les nuls. Oui, je pourrais être méchant si j’étais un youtubeur enragé souhaitant véhiculée sa sainte parole, rien qu’en mettant en exergue l’abomination d’une saga en 9 épisodes qui est la quintessence de l’incohérence scénaristique… le premier SW donc le quatrième (tiens, encore un argument démontrant que c’est construit n’importe comment), déjà, pille Dune. J’ai pas envie d’aller faire de l’archéologie culturelle pour voir les idées et les talents qui ont été débauchés à l’époque du projet de Jodorowski pour atterrir sur le SW de Lucas. Je vois juste que ça se passe sur une planète désertique, que le héros a un énorme potentiel caché, que son mentor utilise la voix, qu’il y a une princesse plus intelligente que la cruche attendant qu’on vienne la sauver, un empereur et un empire, et j’en passe… SW emprunte à Dune, SW est le récépissé d’une influence, d’un phénomène culturel d’une époque, celui que fut Dune, déjà. Alors, lire maintenant que c’est l’inverse, parce qu’à la « croisée » d’une autre œuvre, ça me fait mal.

Oui, je sais. On va me dire que c’est parce que le but, c’est chercher à retrouver l’effet SW, maintenant que celui s’est étiolé dans le désastre narratif qu’il a connu au fur et à mesure que les chercheurs d’or ont tenté de prendre une part du butin en tamisant à l’aveugle dans le gros filon devant eux. Oui, le studio veut certainement que le film devienne un objet de vénération, d’adoration, donc source de profit, comme a pu l’être et l’est encore, SW. Après, et c’est juste élémentaire, l’oeuvre initiale n’est pas facilement accessible car sèche, froide, philosophique, panoramique, comme son héros, très cérébrale. Paul est un dieu en devenir, mais avant tout c’est un homme qui pense, qui crée de vertigineux raisonnements sur tout ce qui l’entoure. Pour devenir un Dieu créateur, il se met en devoir, déjà, de comprendre le monde qui l’entoure, de résoudre les énigmes de cet univers fascinant qu’est Dune. Un univers qui ne tient qu’en quelques volumes, 7 je crois, que j’ai dévoré jusqu’à découvrir avec horreur que l’auteur n’avait pas eu la décence de rester en vie pour écrire la suite. Frank Herbert, tu seras toujours pour moi la seule personne sur terre pour laquelle j’aurais tenté de trouver un remède à la mortalité. Le champion du cliffhanger suprême. Et en si peu de volume, si on imaginait un truc à la SW, on pourrait imaginer deux trois aventures du même tonneau, rondement menées. Non, en si peu de volumes, le bonhomme dessine une histoire qui se déroule sur des millénaires, en posant de grandes thématiques qui sont au delà de l’érection d’un empire nazi voulant étendre son désir colonialiste sur un univers qui l’air de rien, sera toujours si infini qu’il ne peut en avoir, dans le fond, que rien à foutre.

Concernant GOT, c’est encore pire… S’il y avait l’espoir de voir de la fesse bien tendre et des choses coquines qui excite le bourgeois inhibé, encore… mais non, le roman d’Herbert ne se perd jamais là-dedans. Allez, en pensant à mon favori, le fils et pas le père, Léto, je pourrais imaginer un truc japonais avec un gros ver lubrique. Sauf que son vice à celui là est juste de cloner, indéfiniment, celui qui va le tuer. Saisir l’essence de Dune, c’est à la fin de l’empereur Dieu qu’il est possible d’en saisir un peu la vibration, dans le sacrifice/suicide, dans la délivrance expiatoire et sacrificielle du monstre qu’est devenu Leto, comme son père, Dieu vivant devant mourir pour que vive l’univers.

Bonne chance pour traduire ça en film. Mais j’ai hâte de voir le film de Villeneuve, sans le comparer à rien, car oui, un cinéaste plus que doué, une histoire magnifique, des bons acteurs, des images qui promettent bien, ça me suffit à me dire que je vais passer un moment de folie.

J’ai donc hâte, mais pitié, ne me parlez pas de SW ni de GOT.