Une rentrée 2024 dans la réalité d’une démostasis

Oulà, qu’il est beau mon titre de billet ! Qu’il est beau mon néologisme, qu’il est grec ! Donc, « démo », je ne vous ferai pas l’affront de vous soupçonner d’en ignorer le sens, mais « stasis », dixit Wikipédia :

La stasis (du grec ancien στάσις / stásis, pluriel στάσεις / stáseis, « faction, discorde, sédition »1) désigne dans la Grèce antique une crise politique d’origine sociale et morale procédant d’un conflit interne à une cité-État sur le fondement d’un déséquilibre ressenti dans la répartition du pouvoir, pouvant mener à la guerre civile.

Nous vivons donc une belle et totale démostasis, soit la faillite de la démocratie représentative qui en soi est de toute manière une belle escroquerie, et ce depuis son élaboration quelque peu opportuniste à un moment crucial qui a vu un changement de paradigme durable et difficilement réversible. Quand des êtres humains se mettent à croire en la liberté, c’est difficile de les remettre en cage en leur faisant avaler les couleuvres du droit divin et toutes ces sacralisations bien pratiques pour fixer les choses comme on veut qu’elles le restent. Faire croire à un peuple qu’il aurait le pouvoir en faisant confiance à des représentants qui, naturellement, seraient immunisés à la corruption du pouvoir et à la tentation d’une mercenaire duplicité, reste un coup magistral. Mais nous en sommes à un point de tension, à un point de surtension même, qui est le préambule à une crise systémique et peut-être même idéologique.

Jamais nous n’aurons autant discuté sur la Constitution, ce texte sacré, sur le totalitarisme, jamais il n’y aura eu cette interrogation sur la réalité d’une dictature, affirmée ou cachée. Jamais nous n’aurons senti le retour du harnais autour de nos délicats coups de bêtes de somme. Recentrons le débat sur l’espace de notre hexagone. Le peuple français aura été déclaré à peu près tout depuis un demi siècle : râleurs, fainéants, profiteurs, médiocres, et même carrément soupçonné de dégénérescence. Jamais nous n’avons été aussi divisés, contrariés, opposés, flattés ou méprisés qu’à l’heure actuelle. La preuve, nous avons un Parlement reflétant 3 blocs à l’impossible mixité. 3 huiles différentes qui refusent de se mélanger et qui surtout, ne le veulent pas. Ainsi, nous arrivons à la terrible vérité d’une déficience, d’une impossibilité de gestion par le mouvement politique. Ne reste donc que le salut apporté par la sacrosainte loi, presque naturelle elle-aussi, du marché. Ah, le marché… Ce dieu, n’ayons pas peur des mots, qui auto-régule tout par les voies sacrées (elles-aussi) de l’offre et de la demande, les deux archanges de cette pas si nouvelle religion.

J’exagère, mais finalement c’est bien à ça que certains rêvent d’arriver. Un pays ingouvernable devenant une simple région, d’irréductibles gaulois, qui ne pouvant trouver le salut dans ses illusions démocratiques, va devoir se soumettre à la toute puissance d’une technocratie qui elle ne subit pas toutes ces errances quelque peu improductives.

La volonté politique en France aura été, consciencieusement, de détruire ce qui fait un citoyen pour ne produire que des individus consuméristes et individualistes. Nous y sommes. Alors, comme l’a si bien écrit Gainsbourg, « quoi ? ». Ce matin, j’écoutais un obscure éditorialiste vanter un sondage qui veut faire croire que les « français » sont moins déprimés en cette rentrée 2024. Sans déconner ? Donc, que va-t-il se passer ? Depuis deux semaines, je mise sur Cazeneuve, mais il y a un tel feedback négatif que ça peut influencer la mascarade à venir. Se foutre de la gueule du peuple, oui, mais avec un peu les formes, le but étant de faire tenir le petit édifice branlant qu’est devenu notre système politico-administratif. J’ai entendu les noms de Sarkozy et de Hollande… que dire sinon que j’ai explosé de rire… Hollande, l’ennemi de la finance, ayant intronisé notre suprême monarque issu du monde de l’adversaire, sans nul doute par désir de combattre le mal par le mal (c’est pas vraiment gagné), pourrait devenir le premier majordome de l’ancien ? Nous vivons une farce, et sincèrement, je n’arrive pas à imaginer ce qui va suivre.

Ce qui est déplorable, c’est bien le vide de l’offre politique actuelle. Nous payons des décennies de libéralisme échevelé. Des individus sans consistance intellectuelle, des arrivistes qui réduisent la chose politique à l’application scolaire d’un sophisme de bon ton. Mélenchon, le seul à avoir un peu d’épaules, jouent son ultime coup de Jarnac avec les prochaines présidentielles, anticipées ou non. Le pays est mal, tous les signaux sont au rouge, et personne n’en parle, à part dans les petits médias alternatifs qui ne participent pas au narratif qui camoufle le désastre. Des diversions sont tentées, qui ressemblent toutes à des blagues : l’épidémie Monkeypox, les faits divers les plus tristes et sordides qui s’alignent jour après jour pour nous maintenir dans une fiévreuse émotivité, les manifestations sportives et leurs petits shoots d’adrénaline, l’immigration par ci par là… Absolument tout y passe, et pourtant, pourtant, le malaise est là, la colère est froide, les yeux un peu trop cernés par des nuits qui n’ont pas été de fête mais bien d’angoisse.

J’attends la blague de notre leader suprême. J’ai peur d’être déçu quand même. Il aura toujours été surprenant dans sa manière de foutre le bordel. Pas imprévisible. Quand tu as compris que le but c’est la dévastation en profitant de l’effet de stupéfaction, tu te prépares. J’aimerais créer un compteur de roublardise en mettant, à chaque degré atteint, les points forts de ce désastre bi-quinquénal.

Ah oui, il pourrait y avoir une destitution. Sérieusement, comme si les agents zélés d’un système allaient faire quoi que ce soit pour le changer vraiment. Car c’est ça la terrible vérité dans tout ça : il n’y a pas d’opposants et d’adversaires, il y a des bactéries vivaces qui se disputent les organes d’un même système, le but n’étant pas qu’il guérisse mais bien d’en sucer la substantifique moelle. Après, je ne sais pas pourquoi Castet n’aura pas été désignée, elle n’aurait pas fait long feu. J’ai l’impression que le but c’est jouer la montre un maximum, et dans cette logique là, il n’y a pas de petites économies, plus maintenant quand le torchon brûle et menace d’enflammer la cuisine.

Bonne rentrée en Démostasie !

AbracadabrIA

Voilà… Vous êtes plein d’une bonne volonté combative et positive, et paf, alors que vous vous êtes mis à bosser au petit matin, vous entendez encore un propos admiratif, bourré de superlatifs, pour nous annoncer, encore, la menace des IA concernant l’avenir de l’Homme. Non, je déconne. Concernant l’employabilité de l’homme (avec un petit h qui inclue la Femme) ou plutôt son utilité dans un monde où il y a des droits mais aussi et surtout des devoirs. Le devoir d’obéir et de rapporter de la thune car faut pas déconner, tous ces droits ça coûte cher, comme si vous étiez nés pour vous tourner les pouces sur le dos de la glorieuse collectivité et ses héros producteurs et anonymes.

J’y ai cru au(x) IA(s). Je sais, j’aurais toujours ce coté un peu naïf, cette volonté de croire à fond au tour de magie sans me dire qu’il y a un truc, mais plutôt que j’assiste peut-être à un phénomène échappant à la platitude des injonctions de la physique élémentaire (après, à mes yeux, la physique élémentaire c’est de la magie ordinaire, mais je ne m’égarerai pas aujourd’hui à ce sujet – j’ai du boulot !). Donc, au début, j’y ai cru. En bref, et pour faire clair, pour ne pas faire comme tous les observateurs qui cèdent ainsi aux injonctions de croire sans vouloir comprendre, j’ai cru que des génies du développement informatique avaient réussi à coder la créativité, l’inventivité, que des schémas d’élaboration intellectuelle et/ou artistique avaient été algorithmés, à coups de grandes équations complexes échappant enfin à la tyrannie du fonctionnement binaire.

Il faut dire que me concernant, ça faisait rêver. J’ai littéralement des dizaines de concepts, d’idées, de scénarios qui attendent et que je ne pourrais sans nul doute jamais concrétiser parce que je suis d’une part individualiste et d’autre part car je suis réaliste. Mais les IA, durant un temps, furent une promesse qui engendra des petites étoiles dans mes yeux gris fatigués, qui créa en moi ces papillons dans le ventre qui font la joie des récits érotiques quand Madame dévoile ses pulsions matinales avec la subtile légèreté de la métaphore coprophile. Alors je m’y suis mis, j’ai prompté, j’ai testé, j’ai essayé, j’ai benchmarké pour reprendre des termes qui maintenant me font sourire plus qu’ils ne m’inspirent. Et au fil du temps, ce sont surtout les limites, les contraintes, allez, osons le mot terrible, les frustrations, qui se sont imposés à moi, balayant les papillons comme le fait consciencieusement mon chat noir adoré (infatigable machine à gober).

Une fois encore, dans ce monde de mensonges et d’escroqueries, où tacitement les acteurs majeurs d’un système s’entendent imposer un narratif en lieu et place de la réalité, tout ça n’est qu’un tour de magie, la fraîcheur de la crédulité essorée. Pillage de droits intellectuels, pillage d’œuvres, processus de confection qui tiennent davantage du bricolage méthodique que de la confection héroïque, les IA ne sont qu’un trompe-l’œil de plus dans ce panorama de grugeurs et de petits profiteurs. Oui, si vous n’avez aucune culture générale, si vous souhaitez juste aligner des mots pour aligner des mots sans chercher, à mon exemple, à jouer un peu avec les possibilités de la sémantique et surtout l’ingéniosité à créer quelque chose qui dépasse l’énonciation basique d’une idée, alors oui, oui, oui, les IA c’est génial. Enfin, ça ne reste que de la mise bout à bout de mots répondant à une thématique, mais l’amoncellement de caractères, des petites fulgurances piochées de ci de là, peuvent vous ébaudir et vous troubler durablement. J’avais accompli un test avec ChatGPT (ce que mon esprit retors me force à lire comme LHOOQ) qui avait été accablant. Des conneries, des lieux communs, des absurdités, en bref un niveau d’information, une qualité d’information totalement nulle. Oui, la syntaxe était là, j’avais les yeux moins abîmés qu’à l’accoutumée en lisant de la prose de réseau social, mais dans le fond c’était faux et surtout délirant. Déjà, j’ai senti la roublardise de l’outil, qui n’hésite pas à déclarer avec conviction la plus énorme des conneries. Je me suis dit, alors, victime de ma propre propension à imaginer le meilleur, que ce cerveau mécanique allait grandir et mûrir, oubliant que tout ça ne reste qu’une lutte entre le O et le 1, condamnant cette fameuse intelligence à ne jamais pouvoir sortir de l’ornière fatale de la binarité crasse (ou manichéisme). Qu’elle pouvait apprendre. De cet instinct paternel qui me colle au karma durablement.

Ensuite, je me suis attelé aux IA de création artistique… encore une fois, avec les meilleures intentions. Je me suis dit que pour mes projets, avoir un petit assistant me ferait du bien, mais j’ai encore bien déchanté. Résultats hasardeux, maîtrise nulle du processus, et surtout l’obligation de devenir rapido un ingénieur du prompt (dire que certains imbéciles se sont gaussé un jour de ma volonté à devenir directeur artistique tandis que tout ce que je créais était bassement rémunéré et totalement récupéré par l’entreprise qui se faisait un pognon de fou sur mon dos). Il faut le dire : il y a encore, dans le domaine de l’informatique, cette fascination un peu débile en considérant la plomberie digitale pour autre chose que ce qu’elle est. Après, quand on voit constamment les mêmes commentaires subjugués clamant que l’IA est là et pouf, plus besoin d’humains, pourquoi se gêner ?

Après deux ans d’observation, après deux ans à tester, je le dis : les IA sont du bluff, de la grosse machine à stocker et traiter de la donnée. Un savant dosage entre une masse de patern et une masse de lego. L’individu sans créativité, le pur consommateur, y trouvera son compte, car sans fatigue, sans effort, sans réflexion, sans l’étincelle qui fait que vous n’êtes pas qu’une bouche physique et mentale qui ingère sans cesse, il pourra crânement se dire qu’il faut aussi bien que l’individu qui aura sué (mais quel crétin) pour produire ce que quelques mots savamment ordonnés auront réalisé. Les IA, en cela, sont encore une fois la démonstration patente d’une dégénérescence à la fois morale et intellectuelle, pour ne pas dire existentielle. Car ces IA ne sont, à l’arrivée, qu’un mécanisme d’exploitation supplémentaire.

Un processus de protection des droits à la propriété intellectuelle va se renforcer. Et il sera salutaire pour beaucoup de redescendre sur terre. Il faut arrêter d’utiliser le terme « intelligence » lorsque le processus moteur est celui d’un assemblage vulgaire. Il n’y a pas une once de réflexion, pas une once d’autonomie, de création, dans le processus. Juste une base de données avec la colonne « œil » et une zone d’assemblage avec une délimitation précise où placer la fameuse donnée, de part d’autre de la zone « nez ». Après, du croisement dynamique, du filtre, un petit script pour les transitions, une variable pour l’homogénéité. Ok, c’est quand même du boulot, à concevoir, à coder, à rendre viable. Mais ce n’est pas de l’intelligence. C’est encore une fois de la plomberie, ni plus ni moins. Et un tuyau c’est beau, mais ça reste qu’un putain de tuyau, et une plomberie une putain de plomberie. Il vous est tout de même permis de vous éberluez devant la beauté sobre et pur d’un bidet finement stylisé, ce n’est pas à moi de tyranniser vos goûts.

Allez, je retourne à mon boulot… et dire que durant un temps j’ai eu l’illusion de croire que ces outils pouvaient me faire gagner du temps. Là, dans le processus de création artistique, ces IA pourraient s’avérer utiles… non pas en pillant les artistes mais bien en les aidant à créer, en facilitant tous les processus souvent astreignants qui demandent du temps. Mais il y a tellement moins de pognons à se faire, que je n’imagine même pas que ce petit miracle ait lieu. Attention, je ne dis pas que ces outils ne sont pas utiles. Je dis juste qu’il faut faire la part des choses. Comme l’a si bien dit le Christ, rendre à César ce qui appartient à César… et s’il faut commencer à rémunérer les artistes qui abondent les bases de données actuelles, c’est clair que l’opération sera d’un coup beaucoup moins rentable et donc immédiatement sabordée.

Sick of themselves

Un titre un peu malicieux mais j’évoque en filigrane mon état maladif du jour, renvoyant vers le malaise, sensible, dans notre bonne vieille société française. J’aurais passé un été particulièrement intense, avec une hyperactivité encore davantage accrue par une santé qui ce jour, exceptionnellement, me fait donc défaut. Impotent, affalé sur mon canapé, les poumons irrités par je ne sais quel mal qui m’aura chopé au détour d’une inspiration fatale, je me suis donc dit que l’occasion était belle d’écrire pour écrire.

La période reste fascinante bien que profondément tragique. Je ne sais même pas par quoi commencer le diagnostic du jour. Un président en roue libre, à la roublardise flirtant avec le trouble psychiatrique, une économie en état de mort cérébrale dont le corps peu à peu pourrit par la tête, tout donne l’impression d’être embarqué sur un version moderne du Titanic, avec une belle vision de l’iceberg se profilant à l’horizon.

Quitte à faire un peu de philosophie de boudoir (je ne vais jamais au bar, je ne peux donc m’acquitter de celle de comptoir), tout donne l’impression que l’immense fiction qui nous sert de réalité est en train de se déliter doucement, mais sûrement. Cet été aura donc été une sorte de rêve éveillé, une euphorie malsaine, avec des états orgasmiques commentés autour du sport, avec des moments colériques en voyant des idéologies d’une prétendue modernité s’imposer au petit et toujours fasciste peuple qui ne veut pas s’embarquer pour un monde de demain qui ressemble cyniquement aux tristes décadences antiques. Personnellement, j’aurais énormément travaillé et du coup je dois avouer que j’ai assisté à tout ça avec une nonchalance presque surprenante vu ma continuelle propension à l’indignation. Je pense surtout que j’ai enfin admis que je ne pouvais pas influer sur tout ça, je me suis résigné à regarder les êtres autour de moi se prendre des murs, trop occupé à encaisser les miens.

Souvent, je plaisante avec mes enfants sur cette idée que depuis ma naissance j’essaie de survivre au milieu des zombies. Tout me semble lent, tout m’a toujours semblé lent, et pour défouler cette immense énergie qui est ma nature, j’aurais passé l’essentiel de mon existence à m’agiter, à agir, à bosser, à créer, à détruire et reconstruire, sans m’arrêter, sans me dire un jour que tout ça finalement ne servait à rien. Mais cet été j’ai appris à ralentir, à me poser, à attendre, à rester dans le silence ou le noir. Non, je ne me contredis pas, j’ai bien passé un été à bosser comme un dingue. Mais sans m’épuiser, sans chercher le harassement pour trouver le repos dans l’étourdissement de la fatigue. J’ai mesuré l’effort, j’ai veillé à ne pas trop m’en demander, j’ai géré l’énergie pour ne pas la subir comme une oppression mais en cherchant à la canaliser. Du coup, alors que je suis dans une sorte d’élan constructif et positif, tout ce qui se passe à l’extérieur me semble comme une entropie sur laquelle je sais n’avoir aucune prise. Me reste le commentaire, l’honnêteté de reconnaître ma totale impuissance et la solitude de ma posture.

Comment s’intéresser à la politique quand l’offre actuelle est d’une nullité navrante ? Entre une gauche championne de la vertu autosatisfaite et la droite défenderesse d’un ordre qui se rêve idéal, il n’y a rien que de la posture, de l’imposture et de la forfaiture. Petite pensée pour Aubry et son accolade avec Ursula. Petite pensée pour les souverainistes qui se renvoient la balle dans une sorte de partie de ping-pong puéril qui ne crée rien qu’une chimère de plus dont il ne sortira qu’un murmure là où il faudrait un cri puissant. Que dire de Macron ? Il incarne l’absurdité d’un système qui se ment à lui-même, et bien plus grave, qui ment à son peuple. Un peuple coupable de se laisser traiter comme du bétail, et bien que de plus en plus de personnes comprennent et voient vers quoi nous allons, nous sommes pris et captés par la masse immense des complaisants, des passifs, des pensifs, des complices, des soumis, des lâches, qui vont voter comme de bons petits robots pour des sophistes qui bombent le torse en invoquant la grande idée républicaine, chose aussi informe et floue que le brouillard le plus spectral (jouez à Enshrouded !).

Peut-être que ces mots peuvent induire, de ma part, une forme de mécontentement, une sorte d’irritation, une trace d’amertume. Je suis davantage dans la résignation. A force de lire de la sagesse chinoise au détour d’une friandise emballée, je consens à lâcher prise. Les poings fermés et tendus, j’ai fini par m’apercevoir que la corde n’y était plus, et depuis longtemps. Il fallait donc que j’arrête de tirer sur la mienne. J’attends, donc, j’observe et je m’informe, je ne me mêle pas, je reste silencieux, ce qui, pour ceux qui me connaissent, est en soi un exploit de taille.

Comme une ironie que seule l’écriture peut créer comme l’araignée tissant une toile fatale, j’en reviens, je boucle, avec mon titre. Il évoque un film récent que j’invite à découvrir, avec une jeune femme qui se détruit par un terrible désir d’attirer l’attention, jusqu’à la folie, jusqu’à la destruction de sa chair et de son esprit. Je n’ai pas envie d’en arriver là. Je ne veux pas que les zombies finissent par me choper et me bouffent le cerveau. Il aura fallu un jour de maladie pour que j’écrive tout ça, mais paradoxalement je me sens en paix avec moi-même.

Bonne rentrée (sinon) !

La tension de l’implosion

Bon… j’ai beaucoup trop de boulot mais l’actualité politique est tellement dense et explosive que je ne peux pas venir m’épancher sur mon blog pour analyser, de mon petit point de vue, ce qui se passe… Quelle période folle que nous vivons ! Il y a un basculement, au niveau national mais aussi mondial, et notre pays symbolise parfaitement cette tension, palpable, sensible, que les événements, que les manigances politiques, accompagnent autant qu’elles engendrent.

Déjà, la réalité du Parlement… J’ai essayé d’expliquer à ma fille, qui commence à s’intéresser à la chose politique, l’erreur de ne mesurer les forces qu’avec le filtre bipolaire gauche/droite. Le recours permanent à l’analogie historique contribue pour beaucoup à maintenir une illusion idéologique alors que le véritable moteur des intérêts est à présent purement économique, voire prosaïquement financier. Il faut arrêter cet aveuglement qui consiste à imaginer nos animaux politiques poursuivre un quelconque idéal sociétal… Tout repose sur la manière dont est partagée, répartie pour être plus précis, la richesse. Et là, le Parlement actuel révèle des logiques qui ne laissent pas trop de place à un quelconque espoir pour ceux qui sont le plus démunis, les plus oubliés… et je pense notamment aux électeurs du RN qui ne sont pas majoritairement des fascistes mais bien des êtres humains faillibles, désespérés, en colère, perdus et enfumés par des médias très complaisants qui abusent de leur capacité de manipulation. Donc, ce Parlement ne compte qu’une centaine d’insoumis, face à tout le reste qui veut et va entretenir le système actuel. Ce n’est pas pour rien si notre monarque suprême vient de déclarer qu’il nommerait un Premier tyran, pardon, ministre, après le vote pour le président de l’Assemblée. Ce qui sortira de tout ça sera à l’évidence un compromis, donc au pire la sortante (mais très bon symbole de la tétanie systémique) au mieux De Courson qui serait tout du moins un arbitre un peu habité par ses responsabilités (mais ne soyons pas trop naïf quant à sa capacité à enfreindre la règle pour le bien du peuple, un tout petit peu le fond de tout ce fatras ludico-réglementaire). Mais à la fin, quoi qu’il en soit, entre la venue trop retardée de la proposition d’un premier ministrable du NFP qui révèle de la faille, de la rupture, entre deux idées de ce que doit être la Gauche, et les manœuvres pathétiques d’un président qui s’adresse par l’entremise de « lettres » à son peuple, révélant le recours à la manigance (mais pas que ça : il y a de la peur, il y a de la fuite, il y a cette sensation de pousser le bouchon à un point qui effraie un peu), ce Parlement est dans sa grande majorité à droite. Et par cela je ne dis pas qu’il y ait une quelconque idéologie qui unissent tous les partis, mais bien une idée de la répartition de la richesse produite par le peuple. Une richesse qui veut que les capitaux soient abondés sur le dos d’un peuple destiné à turbiner pour ce noble but.

L’implosion est inévitable. Que ce soit avec l’Europe qui veut nous dresser à coups d’amendes alors que c’est la France qui abonde magistralement ses caisses, ou les résultats calamiteux de la politique économique de ce qui apparaît avec le temps comme un incompétent ou un illuminé (je n’ose évoquer la traîtrise volontaire), la situation est terrible. La France est dévastée, gérée par un centralisme et tout un poulailler culturel qui avec une insouciance coupable, ont bâti leur bonheur sur la misère de leurs concitoyens en province. Que dire quand on regarde chaque région de notre pays à la loupe ? Que dire quand l’horizon est aussi sombre que la politique actuelle nous donne à constater ?

A l’évidence, le choix aura été fait de détruire ce qui faisait un peuple. Nous avons été atomisés, consciencieusement, nous avons été réduits à n’être que des individus isolés et incapables de nous unir vers et pour un but commun. Nous avons été encouragés à poursuivre un individualisme prédateur qui fait que l’autre est soit un ennemi soit une chose à exploiter. Il y a une réelle faillite morale dans tout ça, avec en principale responsable la tête de pont politique. Quand Jean-Luc Mélenchon est indéniablement la seule figure politique qui conserve des épaules et une réelle valeur (je n’ai pas osé parlé d’un « capital ») culturelle, c’est à la fois déconcertant et déprimant. Dans le fond des choses, il n’y a aucune proposition novatrice qui ressorte de tout ce bordel politique. Présenter la France Insoumise comme une force du chaos ou, avec un peu de vernis, de la révolution, est une farce. Nous n’avons qu’une horde de réformistes qui veulent ajuster le système à la marge. Sauf que c’est bien une page qui se tourne, alors la marge elle se fout bien de notre gueule.

De cette inconscience, de ce narratif entretenu, soigneusement maintenu comme seule stratégie de gouvernance d’un système qui vit aux dépens d’un peuple comme des parasites n’ayant comme seule ambition de se nourrir jusqu’à ce que la bête soit exsangue, il ne sortira rien de bon. Ce futur Parlement, qui va décevoir tellement de gens, de droite ou de gauche, qui espèrent sincèrement (ou désespèrent, à mon instar) un changement positif, va incarner pleinement la faillite de la démocratie représentative. Macron a annoncé, avec des termes feutrés, doucement introduits comme tout ce qui pénètrent les zones sensibles, qu’il allait se pencher sur ces questions constitutionnelles. C’est la dernière étape d’un implacable retour à la féodalisation soit le déséquilibre institutionnalisé des forces par une hiérarchie sociale acceptée. Que reste-t-il de notre peuple, de ce conte pour enfants qu’est la France ?

La rentrée va être terrible, mais cet été ne le sera pas moins. 600 décrets passés en lousdé, un Parlement qui va commencer un sophisme industriel pour nous expliquer que « nous n’avons pas le choix ». La marmite qui commence à chauffer comme il faut, faisant que les grenouilles clamsent peu à peu mais sûrement. Clément Viktorovitch qui invite à la création d’une nouvelle Constituante, projet autant fantasque que cette idée de parler à un peuple via le médium fourni par un GAFAM… Tant que le constat liminaire ne sera pas de comprendre que la démocratie représentative repose sur la réalité d’une ploutocratie, nous continuerons à nous comporter comme des enfants turbulents auxquels il suffit de raconter une belle histoire pour taire toute velléité de changement.

Tant que nous estimerons que nous y sommes, à l’acmé de ce qui peut se faire en terme de gouvernance, tant que nous continuerons à adorer cette fameuse démocratie représentative comme une chose irréfutable, comme un processus fonctionnel et salvateur, nous serons piégés dans cette logique sisyphienne qui veut que nous attendions un espoir avec autant de chance qu’arrive un messie cosmique. Ce n’est pas impossible, mais c’est vraiment faire reposer son destin sur un coup de dé à mille faces.

Certains commencent à dénoncer la révolution de 1789 comme une révolution bourgeoise. Soit. Mais comme toujours, il faut aussi ne pas se perdre dans le manichéisme coupable. C’est bien des êtres éduqués, des êtres cultivés, des êtres idéalistes qui ont aussi insufflé ce qui fait la beauté des valeurs, d’une volonté humaniste inscrite encore sur certains frontons de nos monuments. La seule révolution qui peut changer les choses doit être culturelle et philosophique. Refuser le destin d’être réduits à des animaux dont on attend que d’être dominés, et donc manipulés, par nos bas instincts, nos humeurs et nos émotions. Sortir de l’enclos du narratif écrit pas des intérêts privés pour écrire celui d’une société qui se voudrait à nouveau unie et solidaire. Hier, ma fille me disait, suite aux événements de ce WE, que les ricains étaient un peuple de tarés. Je lui ai répondu que c’est le système et son idéologie qui engendre les névroses dans un peuple… et qu’il fallait arrêter de considérer que nous puissions être différents vu l’américanisation de notre pays, en nette accélération à la chute du mur de Berlin. En bref, et pour faire dans le brutal et le violent (soyons un peu redneck), sommes-nous encore français, ou sommes-nous devenus des américains ? Qu’est-ce que l’Amérique (un terme en soi qui nécessiterait tout un développement tant il porte en lui-même une histoire et une escroquerie), les Etats-Unis pour être plus précis ? Un ensemble de petits pays dirigés par une élite ploutocratique qui fait croire à un destin commun, à l’idée d’une compétition civilisationnelle. Si tu remplaces l’Amérique par l’Europe, tout s’éclaire et tout est simple.

Par ailleurs les restaurants à base de burgers ont vu exploser leurs bénéfices l’année dernière. S’il est possible de définir l’idéologie dominante d’un peuple par ses choix alimentaires, nous y sommes aussi. Est-il possible de se dégager de l’étreinte fatale de la sirène burger, symbole alimentaire de l’artificialité de nos sociétés ? Difficile à dire, mais entre une blanquette de veau et un machin tri-protéiné (bacon/poulet/fromage), mes gosses ont depuis longtemps fait leur choix. Qu’y puis-je ? Rien, c’est à eux de vouloir autre chose et pour leur défense on ne leur propose que ça à la carte du menu.

Allez, une grosse demi-heure à écrire (mais ça défoule), retour au boulot, surtout que ça va pas tarder à chauffer sec.

L’impasse idéologique

Bon… ce matin j’essaie de bosser mais il y a des fois où je suis dans des phases d’intenses turbinages intérieurs et c’est pas évident d’être bassement, mais pragmatiquement, productif. Avant de venir ici, j’ai réalisé un petit boulot de planification… mais à force d’écouter les analyses et les commentaires de la chose politique (ne pas mettre les médias en marche en bossant), une fois encore je viens me perdre dans ces horizons arctiques car voilà, créature de Frankenstein oblige.

J’écoute tout, comme toujours. La gauche, la droite, le centre mou, et tous ceux qui ne sont pas dans ces polarités mais bien dans le navire qui tangue, tangue, tangue, et qui n’a pas du tout fini de tanguer (ça va même très très secouer dans très peu de temps).

Nous en sommes à la phase des espoirs et des promesses, de la digestion des déceptions et des amertumes prophètes d’un avenir sombre. Mon petit point de vue c’est que de toute manière nous sommes dans une impasse, et plus profondément que simplement choisir un camp, nous nous retrouvons dans une impasse idéologique. Que ce soit à gauche ou ailleurs, tout repose sur des schémas archaïques où germent en eux-mêmes les semences du problème. Ce que tout un système promeut, le seul point du consensus qui nourrit la validation médiatique, c’est la nécessité d’un productivisme qui transforme l’individu honteux en travailleur glorieux. Il y a là la base d’une errance où il est facile, si tentant, de se perdre. Oui, il est si bon de participer à cette synergie collective, il est si bon de faire partie du corps avec la sensation d’en être un organe vibrant et actif. Oui, je sais, j’ai nourris mes propres chimères avec cette passion que je nourris pour le travail qui me pousse par ailleurs à écrire ces lignes plutôt que me distraire ou m’évader dans des activité ludico-productive (ça y est, j’ai décidé de me lancer dans l’écriture d’un ouvrage dont j’ai achevé le plan). Mais là, le (bon) vouloir ne va pas suffire. Nous nous écroulons sur nous-mêmes, nous nous agitons et nous remuons du vide pour le vide. Jamais nous n’aurons été dans une sorte de bavardage intense dans une tentation lancinante de l’obsession stérile. Y en a des obsessions qui reviennent dans les débats, par ailleurs : le méchant Mélenchon, la dette menaçante, le machiavéliste président, l’impuissance politique et économique, le reste du monde qui nous rappelle constamment à quel point nous sommes petits et si négligeables. Tout nous rappelle constamment que l’apocalypse arrive et que ça va être dur comme la pointe d’un diamant qui pète celui qui rutilait avant.

Il y a un petit bruit derrière tout ça, il y a un petit bruissement d’énergie et d’envie qui circule dans des petits canaux isolés mais qui commencent à s’irriguer entre eux. Dans ces corridors souterrains qualifiés souvent de complotistes par une bonne pensance très installée, il y a de l’ambition et quoi qu’on en dise une saine volonté. Des gens qui rêvent de leur pays, qui veulent retrouver le bonheur collectif comme but sociétal et politique. Des gens qui rêvent de justice et d’un mouvement qui tendrait non à tenir les meubles d’une baraque qui s’effondre, mais bien proposer un retour à l’ambition d’un pays qui se veut pays et non petit atome d’un tout qui le rend infime et dérisoire, qui le pille tout en le dénigrant consciencieusement. Hier soir j’écoutais donc la rencontre jubilatoire de Pierre-Yves Rougeyron du Cercle Aristote et Yohan du Canard réfractaire, arbitré par un Idriss Aberkane jovial. Bonheur de voir des bords se rejoindre non pour s’invectiver dans une logique binaire mais bien s’écouter pour se rejoindre dans une idée commune d’un avenir commun. Je sors, personnellement, rincé de ses élections législatives. Je parle à mes voisins, certains votant RN. Ce ne sont pas des fascistes, ce ne sont pas des salauds ou des racistes. Oui, je sais, ne sombrons pas dans l’angélisme, mon travers par ailleurs, il y en a car la haine pathologique est aussi réelle que la candeur coupable. Mais une fois encore réduire le débat à un combat manichéen avec la création très opportune d’un Front Républicain qui demeure en lui-même l’incarnation de la fracturation d’un peuple, est une errance insupportable. Cet abus de la référence historique pour asseoir une pensée vide, pour camoufler le manque d’inspiration, le besoin d’en trouver dans un passé qui nous a fait connaître l’hubrys ultime d’un conflit mondial particulièrement destructeur, est consternant.

Ce matin, un commentateur (sur Tocsin) évoquait la médiocrité du personnel politique. Soit. Qu’attendre dans une société de la jouissance qu’une succession d’apparatchiks qui jonglent avec le lexique de la sophistique élémentaire ? Il y a quelque chose de fascinant à voir ce combat pour la démocratie menacée par la bête immonde. Ils y croient les bougres, ils s’enfièvrent et s’angoissent en imaginant des défilés d’uniformes bruns dans des champs Elysées relayant l’imagerie d’une société napoléonienne croisée avec un fascisme du début XXème. Nous sommes dans un ancien monde qui meurt et nous emporte avec lui, comme l’écume prise dans un siphon implacable.

Outre Atlantique, un vieux monarque dévoile sa triste obsolescence, symbole involontaire et tragique d’un système incapable de lâcher prise. Là-bas aussi, il y a une stratégie du pourrissement. C’est sans nul doute la seule qui reste une fois tous les abus consommés. Quand tout est construit sur la base mouvante et mourante de l’exploitation d’autrui, les recours ne sont pas nombreux. J’ai abordé ici, à maintes reprises, la tentation de la verticalisation. Pour le coup, l’Histoire regorge de révélations quant à l’avenir de ce type de construction sociale… une tête malade ne rend jamais un corps sain qui comme une hydre pragmatique choisit un jour d’en changer. Dans l’espoir d’avoir enfin la bonne tête qui le guide et le nourrit au lieu de s’enfler à ses dépens. Il y a quelque chose de résolument pathétique, et il faut le dire, méprisable, que ce désir de jouir de ce que l’on extorque à l’autre. Il y a de la psychopathie et de la sociopathie a prendre tout en prétextant que celui d’en dessous, quoi qu’il en soit, ne le mérite pas. Comme le disait Georges Kusmanovic suite au résultat de ces élections, il y a de la fable de La Fontaine dans tout ça. La grenouille qui se veut plus grosse que le boeuf et tout ça.

Nous nous débattons dans des vieux schémas, nous nous suffisons des vieilles, si vieilles, modélisations. Le marxisme était une analyse brillante, il est vrai… même si elle était le suc d’un système qu’elle croyait dénoncer. Je sais, vous me direz que nous sommes de toute manière pris comme dans une toile d’araignée par le train aliénant de la globalisation. Ce n’est pas que la France qui subit tout ça, c’est bien le monde entier. Absolument tous les peuples sur le globe sont en train de subir un destin commun, une logique commune. Et quand un pays comme le notre, qui a pourtant tous les moyens d’une réelle autonomie, se met dans la triste position de la pure dépendance, que faire et que dire ? Que penser, que vouloir, que désirer, qu’espérer, sinon trembloter dans son coin en priant pour que les demains ne soient pas aussi terribles qu’on les annonce.

Ils le seront. Une fois la farce actuelle éventée, une fois les illusions des lendemains de cuite dissipées, le réveil sera brutal et dur. Pour beaucoup, c’est déjà le cas. Ce n’est pourtant pas une fatalité. Mais ça demande à chacun d’entre nous de résister, de ne plus accepter des règles et des visions du monde, et de nous-mêmes, qui nous aliènent et nous empêchent. De ne plus êtres des petits hommes (et femmes) réduits à une animalité consommée. Quand les peuples comprendront qu’ils sont traités comme du bétail, quand arrivera cette prise de conscience, les choses pourront changer. Mais pour cela, il est vrai que nous devons aussi ne plus endosser le rôle avec une docilité déconcertante. Une pensée pour tous ceux qui sont pris dans l’inertie implacable de l’apathie ou de l’inconscience. Je repense encore à cet argument d’une injustice parfaite délivré par ce qui est sacralisé dans nos sociétés comme le symbole de Justice (ce qui en soi est très révélateur) : la turpitude. Tout ce cirque est permis voire bâti sur cette idée, sur cette volonté, sur cette attitude. Que de passivité, que d’acceptation, que d’allant à valider les raisonnements toujours réducteurs des élites condescendantes, si coupables d’être indigne de leur position, de leur prétendu surplomb tant moral qu’intellectuel. Qu’attendre d’une société où la vanité n’est plus une honte mais une médaille ? Qu’attendre d’un système où l’indignité est dans la faiblesse et non dans l’expression d’une domination à la fois brutale et perverse ?

Vraiment, essentiellement, il faut remplacer le kratos par l’ethos. Nous devons vouloir ce changement, nous devons refuser cette sacralisation qui installe un monde figé, délétère et sans issu. Oui, il y a une révolution à faire, pas dans les rues, pas en surface, mais intérieure, profonde. Il faut repenser les bases, ne pas se contenter d’un but contraint à un système pré-existant, mais bien vouloir tendre vers une aspiration à la fois collective et ambitieuse. Une première brique à la grande et nouvelle bâtisse : la nécessité première de la Justice élémentaire et de la solidarité glorieuse. Ne pas limiter la philanthropie à un don financier déductible des impôts. Comprendre que toute richesse excessive ne se permet et ne se crée que dans la spoliation et l’acceptation d’une inégalité systémique.

Oui, je sais, c’est chiant, ça fait de la soupasse philosophique, mais c’est ça qu’il faut pour penser un monde meilleur. Les commentaires et les convictions personnelles ne feront que de la tuile de paille qui n’empêchera pas la grêle de tout casser. Le vrai défi repose peut-être entre la bestialité d’une société des émotions aussi fragiles et manipulable et celle d’une peuple rationnel qui ne s’interdit jamais d’interroger la moindre certitude qui crée les profondes inégalités qui le torture ? Quoi qu’il en soit, et en conclusion, les idéologies actuelles ne sont que des impasses : pour en sortir il faut peut-être aller au bout de la pente, il faut la dévaler pour en constater l’angle perfide. La France demeure le pays possédant symboliquement le capital nécessaire à l’élaboration d’un nouvel idéal. Mais il ne se fera pas en recyclant sans fin les modélisations d’un passé révolu, en se figeant dans une vision archaïque des sociétés humaines, condamnées à l’injustice et à la seule condition d’un « kratos » qui suppose implicitement un maître… et un soumis.

Un point de bascule

Quelques jours avant le second tour des législatives et dans les médias les projections et les Cassandre(s) se disputent toutes les théories et les analyses concernant la suite des événements.

J’ai écrit moult billets depuis quelques semaines qui pourrissent dans la section des brouillons de ce site. Dans l’un d’entre eux je me risquais à la métaphore en disant simplement que pour retrouver la santé tous les régimes possibles ne sont guère utiles lorsque vous vous trouvez dans un bolide dont vous n’avez pas le volant. Mais à vrai dire, je pense que le problème politique, démocratique, économique que nous traversons est, dans la configuration systémique qui est la notre, insoluble.

Ce matin, j’écoutais un fervent défenseur de la démocratie représentative… D’ordinaire, je suis davantage habitué à ceux qui la souhaiteraient davantage participative. Nous sommes dans un moment de tumulte pendant lequel chacun donne son opinion, sa vision des choses, sa solution, son remède, son expédient. Quoi qu’il se passe dimanche, nous serons dans la continuité d’une phase de révélation qui s’est entamée à l’issue des élections présidentielles en 2022. Il n’y a pas de mouvement révolutionnaire en marche, il n’y a, de gauche comme de droite, en exceptant de traiter chacun d’extrême, qu’une molle intention réformiste.

Quelle chose merveilleuse que la réforme. Allez, perdons quelques secondes précieuses à analyser le mot. Re-former, en résumé, donner une nouvelle forme à une chose qui nécessitait d’en changer. Ce qui m’amuse toujours avec la réforme, c’est qu’elle contient en elle, par un abus dogmatique, l’idée qu’elle est toujours un progrès. Sérieusement. Et dans notre système au sophisme triomphant, la réforme devient un levier puissant pour valider une idée sans vraiment faire la démonstration des arguments. C’est comme ça que depuis des années ont été détricotées de très belles choses pour d’excellentes raisons, en donnant les récoltes minables ou les pires conséquences, sans que jamais ne soit remis en cause l’abus de la réforme pour la réforme. De la malédiction de la conviction qui en politique fait qu’on puisse endetter un pays pour 30 générations en prétendant l’avoir messianiquement sauvé.

Quoi qu’il arrive, qu’il y ait un pourrissement ou des ajustements à la marge, rien ne va changer. Le signe qui détermine mon pessimisme ? La stabilité de la bourse qui après une période d’angoisse s’est vite rassérénée.

Certains veulent y croire, un peu comme si nous nous trouvions à la veille d’un grand matin. Vous êtes sommés de choisir votre camp. Mais plus que jamais, à mes yeux, il n’y a pas de salut dans ce que j’entends. Le piège de nos sociétés libérales, c’est que la solidarité, la volonté même de construire une société humaine fonctionnelle visant le bonheur collectif, arrive en queue de peloton derrière les intérêts personnels. Les intérêts de classe, les intérêts électoralistes, les intérêts à la bourse, en bref des agios comptables, très personnels.

Donc j’irais voter, marionnette de plus dans un théâtre bien organisé. Après, il sera intéressant de voir les postures et les impostures que vont révéler les votes, les projets de loi, les discussions. La politique française s’est totalement décrédibilisée depuis un demi-siècle, dans l’indifférence générale. Il reste à espérer que cette fois le peuple, cet entité très fictive, prenne conscience de l’énormité du propos démocratique. Il y en a encore, beaucoup trop, qui sont dans l’euphorie d’une apothéose civilisationnelle. Et tous ceux qui douteront seront classés impitoyablement dans une catégorie spécifique qui suffira à balayer tout moment de réflexion, voire de conscience. Il n’y a pas de bons et de méchants. Ils s’insultent tous entre eux, ils se traitent tous d’une manière ou d’une autre, en bref le débat n’est permis qu’avec les pratiquants d’une même chapelle ou ça tourne à l’ordalie. Dans cette manière de faire, il n’y a d’ailleurs plus d’élégance élémentaire ; taper à plusieurs est encouragé voire souhaité, car ça permet de satisfaire la foule romaine qui se presse au colisée médiatique. L’important c’est vaincre, la faim justifiant les moyens.

Que restera-t-il de toute cette incandescence ? Des cendres grises et froides ou des braises qui attendent de faire de grands brasiers ? Dans la chaleur d’un été qui commence, il y a fort à croire et à craindre que tout sombre, avant la rentrée qui promet d’être très tumultueuse, dans une mollesse de saison. Après, la Bastille est tombée en juillet, tout est possible, mais je crains encore qu’à autre époque, autres mœurs. Le point de bascule est encore loin, loin à l’horizon. Personne n’y est vraiment prêt, et je me demande même si la majorité le veut. Nostalgique des années où la France suivait les rails d’une autonomie qu’une élite humaniste avait voulu, certains voudraient revivre les mêmes heures en conservant les avantages de la libéralité. Penser pour tous ou penser pour soi, nous en sommes là, et entre les dialogues de sourds et les monologues enfiévrés, bien que je passe pas mal de temps à écouter attentivement les logorrhées diverses et variées, rien qui me fasse annoncer aujourd’hui qu’il est reviendu le temps des cerises (ou alors sur le nez du clown – celui qui fait peur, pas l’autre !).

La fête des pères

En ce moment j’écris pas mal sur ce blog, mais jamais je n’avais autant eu envie d’écriture. De lecture aussi, je m’y suis remis après des années sans avoir le besoin de compulser un bouquin. Cette hygiène correspond à une sorte d’équilibre que j’ai réussi à trouver, avec une ambition qui s’est suivie d’une discipline précise. Celle (l’ambition) de retrouver une saine et vive conscience des choses, sans être entraîné, bien malgré moi, par le cours d’une société humaine qui ne cesse de se perdre dans des entreprises de plus en plus folles. En (discipline) en multipliant les sources d’informations tout en faisant que professionnellement je poursuive mes propres buts sans sacrifier à mes prétentions éthiques et morales. Il y a quelques années, j’ai découvert le noble chemin octuple, et j’ai été surpris de constater que ça rejoignait mes propres conclusions… pas évident en cette société humaine qui sacrifie tout à un productivisme pragmatique, pour cause d’un mode de vie qui exige de consommer le monde et par extension exploiter les autres. Pourtant, j’essaie à présent de multiplier les activités intellectuelles et ludiques, tout en m’adonnant à des choses bien pratiques… ce qui rend mes journées bien chargées mais très satisfaisantes.

Comme je l’ai dit à mon fils il y a quelques jours, avec une conviction exaltée qui l’a dérangé, il faut toujours regarder le mal en face. A mon sens, en tant que citoyen, il faut oser s’informer sur des choses révoltantes et horribles, simplement parce qu’il ne faut pas se perdre dans un angélisme sélectif qui en lui-même serait un acte de collaboration, dans le sens minable du terme. J’ai donc acheté le magazine Omerta, avec la petite Lola en couverture, qui traite de nombreux sujets qui vont de la pédocriminalité à l’addiction des écrans par notre jeunesse perdue dans ce perpétuel espace de tentation. Pour être honnête, la lecture du magazine est douloureuse, tant les faits rapportés sont à la fois communs et abominables. Hier soir, je matais les deux premiers épisodes de la série The Boys qui voit la fine équipe échouer dans une convention « complotiste », dépeinte comme le rassemblement de gens désespérés, un peu débiles, avec à un moment donné cette séquence un poil idéologique qui montre une des héroïnes s’en prendre à un pauvre type accusé d’exploiter le sujet sans vraiment chercher à en déterminer, et à donc lutter vraiment contre, la cause. Ce matin, j’ai maté une vidéo de Sud Radio qui revenait hier sur l’affaire des accusations de propos pédophiles par Depardieu révélés dans le cadre d’une émission de Complément d’enquête ; en bref, ce serait un montage, avec en témoin Yann Moix qui explique que les rushs lui ont été dérobés et témoignant que ce qui est montré n’était que mis en scène dans le cadre d’un film comique mettant en scène un personnage aussi décadent et excessif que le rôle savoureux de Poelvoorde dans « C’est arrivé près de chez vous ». N’oublions pas, malgré tout, que l’acteur est poursuivi pour des agressions d’ordre sexuel par de nombreuses femmes. Dans cette même émission, les intervenants reviennent sur l’affaire de réseaux pédophiles dans des cénacles parisiens qui ont œuvré il y a quelques décennies. Pour m’achever, j’ai maté cette semaine la vieille interview de Régina Louf qu’a mis en ligne Karl Zero sur sa chaîne dans le cadre de la sinistre affaire Dutroux…

Regarder le mal en face. En ce jour de fête des pères, je savoure l’attention et l’amour de mes enfants, devenus adultes, avec lesquels j’ai la chance d’avoir une relation privilégiée. Pour l’anecdote, j’ai donné la douche à mes deux gosses, durant les premières années de leur vie. Nous allions dans la douche, et je leur ai appris à se laver, tout en jouant avec eux. Des chouettes moments, des moments innocents qui font des bons souvenirs, avec la volonté à l’époque de leur montrer que la nudité est quelque chose de naturel, notamment et surtout dans le cadre familial. Ma mère revenait souvent sur une anecdote de mon enfance, d’un événement que j’ai pour ma part complètement oublié. Le médecin m’ausculte, puis jugeant mon appendice, me dit que la nature m’a bien obligé. Ce à quoi je lui répond un laconique « bah celui de mon papa il est encore plus gros ! » – et là, inspiration du médecin qui rend l’anecdote savoureuse, se tournant vers ma mère « c’est comme ça que naissent les légendes ». Pourtant, mes parents étaient d’une pruderie presque maladive : je n’ai jamais reçu l’esquisse d’une éducation sexuelle et le sujet ne venait absolument jamais dans la discussion familiale. Pour m’amuser, et parce que je suis provocateur dans l’âme, je l’ai fait quelques fois pour créer le malaise chez mes parents. Merci aux parents de mes potes qui avaient eu la délicate attention de leur fournir des bouquins d’éducation sexuelle qui m’ont stratégiquement éclairé. Une petite pensée à Madame Bérille (en fait c’est la seule qui avait eu cette indiscutable bonne idée) qui était (enfin j’espère qu’elle l’est encore – le temps passant je sais qu’il fait sa moisson) une femme admirable et qui m’a profondément marqué par sa gentillesse et sa noblesse de cœur.

Pour moi, un enfant c’est sacré. Je ne comprends même pas, je ne veux pas comprendre en fait, ce qui motive un adulte à nourrir la moindre pensée perverse quand il s’agit d’un gosse. Parmi tous les sujets qui me désespèrent et qui me mettent en colère, la pédocriminalité est sans doute celui qui me fait le plus de mal. A chaque fois que je m’intéresse à un fait divers de ce triste domaine, je n’en sors jamais indemne. Ça m’abîme, ça m’effleure le karma et ça bouleverse mes chakras. Je me dis que je fais partie de la même espèce, « humaine », que tous ces salauds qui se cachent et qui dissimulent leur ignominie et ça me blesse. Il y a quelques années, un matin de révolte plus violent que les autres, j’ai déclaré à mes gosses que je ne faisais pas partie de cette humanité. Je la refusais, comme on refuse une nationalité ou l’enrôlement forcé. Je refusais d’être englobé avec tous les apathiques et les complaisants, avec tous les collabos et les compromis, avec toutes les brutes et les sadiques. Mais c’était encore une fois un caprice, de la désinvolture exaltée. Je vis toujours au même endroit, j’ai toujours les mêmes conventions sociales, je n’ai ni changé de nom ni changé de face. Je suis condamné à n’être qu’un individu parmi les autres, un petit atome de cette masse qu’on appelle « peuple », un résidu organique de cette biomasse qui s’appelle société. Je n’ai ni les moyens ni vraiment l’envie de partir comme Alceste loin de tout, dans un désert sans homme, et pas de pulsions suicidaires qui feraient que le nihilisme l’emporte sur l’amour passionnel, sur l’étreinte cognitive, que le Monde m’inspire et motive. Je vis donc le désespoir tranquille, la désespérance un brin surjouée du gars qui regarde le mal en face, s’interroge sur sa propre part d’ombre, constate son impuissance ou sa lâcheté, puis finalement pense à autre chose. Pendant que ça continue, quelque part. Un autre gosse.

Alors aujourd’hui c’est la fête des pères… pourtant il faut toujours se rappeler que c’est encore une inversion des choses. Ce sont nos enfants qu’il faut chaque jour célébrer et aimer. Et il faut traquer le moindre enfoiré qui abuse de sa position, de son statut, du pouvoir que lui confère un simple mot, un simple titre, pour faire du mal à un enfant. Depardieu est peut-être victime d’un montage, la diffamation reste vraiment l’oeuvre la plus dégueulasse qui soit, et ce n’est pas participer à la lutte contre la pédocriminalité que d’agir ainsi. Ça participe à invisibiliser ce qui se passe vraiment, ça participe à rendre des gens comme moi, naïfs et candides, qui au départ imaginent que le monde est aussi beau et bon que les fables nous le racontent. Tout ça c’est du complot, jusqu’à ce que, quelques décennies plus tard, les scandales surgissent alors que tous les coupables sont morts et les victimes enterrées et oubliées.

Il y a peu, j’ai vu la vidéo d’un Youtubeur cinéphile/phage qui expliquait pourquoi il avait décidé de ne pas aller voir « The Zone of Interest ». Il ne voulait pas s’imposer ça, il ne savait pas comment il allait réagir à ça. « Ça » c’est constater comment il est facile de vivre tranquillement et luxueusement à la proximité des charniers et des massacres. Comment il est tentant et si facile de se dire un minable « bah, c’est comme ça, qu’y puis-je en vrai ? ». Je m’impose, au contraire, de ne pas détourner le regard. Comme le reste, je m’impose de savoir et d’avoir conscience. Mais ça me reste, ça me hante, car quand je regarde le ciel bleu il y a des fois la sensation d’un hurlement d’enfant que je n’entends pas, mais que je devine, en filigrane, comme si tout n’était qu’un voile que je refuserai de lever. La dernière phrase de la Chute, de Camus.

Bonne fête des pères donc. Et courage et soutien à des gens comme Karl Zero qui ont mis à l’index leur carrière et leur fameuse respectabilité pour se battre contre l’intouchable et l’invisible. Rien de plus odieux, à mes yeux, que ceux qui balaient, d’un revers de la main et d’une petite vindicte méprisante ces questions là, comme si ça n’était, encore une fois, que du complot, de la paranoïa louche, des obsessions écœurantes et vicieuses. Il y a toujours et encore quelque chose de pourri au royaume du Danemark. La pilule rouge ou la pilule bleue. Dans mes moments les plus nihilistes, je me dis parfois que vivre c’est subir d’être complice et témoin de tout ça, sans pouvoir rien faire que d’écrire un billet que personne ne lira et qui pour une fois ne sera même pas libérateur.

Le chaos ou le bordel ?

Je dois m’y mettre, mais comme hier, il y a une telle effervescence politique que de bon matin, ça me passionne un peu trop. Ce qui ressort de ce tumulte analytique (chacun essaie de sonder les pythies ou tente d’analyser les ressorts psychologiques ou moraux du chef de l’Etat), c’est bien la sensation d’un chaos général. Et le chaos est bien le mot qui revient le plus souvent (par exemple l’édito de Françoise Degois sur Sud Radio : « Il y a un chaos général dans la vie politique […] », qu’il soit involontaire ou organisé, c’est la définition du paysage politique qui depuis l’annonce de la dissolution s’impose à tous les analystes.

Personnellement, vivotant entre tous les flux de gauche comme de droite, je trouve toujours aussi pertinente l’analyse de Pierre-Yves Rougeyron disponible sur le site du Front Populaire qui rappelle une de ses thématiques prégnantes, l’influence et la puissance de la xénocratie sur le destin de notre nation à la dérive. PYR évoque avec une lucidité qui est sa marque de fabrique la victoire d’un bloc européiste et surtout ultra-libéral dans ses élections européennes, faisant de Macron un émissaire du chaos, mais d’un chaos programmé, stratégiquement, pour destabiliser encore davantage le pays à l’intérieur et par l’intérieur. Il évoque aussi la stratégie du champ de ruines, la terre brûlée laissée à son futur successeur, ce qui pourrait assez bien décrire la politique menée depuis 7 ans qui en plus d’être un jeu de massacre social, pour notre bien (notez), et une dévastation économique encore inédite (avec une dette abyssale). Aimant la simplicité, contrairement à ce que ma prose alambiquée pourrait faire croire, il y a un filtre efficace que j’aime toujours appliquer à toutes choses, soit celui du « Cui bono » (pour une fois que je rends aux latins ce qui appartient aux latins »). Dans notre mythologie sociétale, le peuple dans son ensemble croit donc toujours que le sommet social est incarné par les chefs d’état, bien que de plus en plus s’immisce l’idée que la richesse dans un monde ploutocrate désigne vraiment les titans qui dirigent. Et notre président, à l’évidence, est un émissaire comme un autre. Après, je ne rentrerai jamais dans les questions psychologiques, un travers bien français, qui consiste à « profiler » les intentions de quelqu’un en dévoilant voire en devinant le paysage de sa psyché cachée de tous. Je reste encore en cela très chrétien, je reste encore en cela très pragmatique et simple, en appliquant cette fois le filtre « On reconnaît un arbre à ses fruits », rendant hommage à celui que les mêmes latins auront crucifié (sans vouloir choquer la masse des sceptiques qui de plus en plus suspecte la création d’une fiction voire d’une mythologie à des fins de manipulations religieuses – oui, je passe beaucoup de temps à brasser de la donnée, c’est un mal personnel). Macron aura donc vendu une quantité non négligeable de joyaux français, pour reprendre une image très parlante souvent usitée pour décrire le scandale Alsthom, aura ouvert la voie à un ultra-libéralisme décomplexé (Uber), et surtout aura surendetté la France d’une manière très surprenante pour quelqu’un disposant d’une culture financière voire purement bancaire ne lui dissimulant pas les conséquences dramatiques d’un surendettement (j’ai eu un petit moment la petite sérénade d’une mention légale venue d’un lointain passé de publiciste dans le registre du rachat de crédits).

Donc, la France est en train de devenir un vaste bordel politique, ou alors effectivement un véritable chaos, mais alors dans sa pure définition étymologique. Comme il est bien expliqué sur Wikipédia :

Le nom Chaos (en grec ancien Χάος / Kháos, littéralement « Faille, Béance », du verbe χαίνω / khaínô, « béer, être grand ouvert ».

Source

Le chaos c’est donc la béance, et la béance ça ouvre sur le vide. Alors oui, je sais, y a la gauche et la droite, ça brasse des discours très sérieux sur le marxisme, sur le capitalisme, sur la liberté d’entreprendre comme de faire des profits. Nous vivons encore une fois la névrose des grandes menaces, alors que sont ressuscités les grandes peurs de la cohorte brune et autres prédateurs fascistes aux exactions horribles. L’ancien monde et le nouveau se font encore leur petite guerre dans le débat éternel entre la réforme et le conservatisme, tandis que le petit peuple s’interroge sur les vertus ou les désagréments du changement. En bref, et en cela je trouve l’analyse de PYR très pertinente, nous sommes aveuglés par des questions presque secondaires qui dissimulent le centre du cyclone.

Immédiatement, les vertueux les plus admirables, les champions du camp du bien me répondront (avant de me punir) que non, le fascisme n’a rien de secondaire. Peut-être qu’il faudrait ouvrir tes yeux nimbés d’étoiles mon ami(e), nous y sommes depuis longtemps, vu que la mamelle essentielle du fascisme est le totalitarisme. Le déroulement des dernières élections européennes nous l’a encore démontré : une pensée unique servant une volonté notoire est bien effective. Finalement, ces législatives comme ces dernières élections ne sont qu’une mascarade à laquelle nous participons.

Peut-être faudrait-il moins considérer les raisons de la manœuvre et la personne présidentielle que ce qu’il y a derrière cette béance. La France est en train de devenir une pure fiction, une série Netflix, certes distrayante mais dans laquelle finalement rien ne se passe de plus qu’une suite de péripéties. Des années maintenant que les dysfonctionnements démocratiques ont démontré la superficialité du Parlement faisant de notre République le terrain de jeu d’une ploutocratie souvent doublée d’une cleptocratie. Pourtant, tous les observateurs redoublent de gravité concernant l’enjeu de ces élections. En prenant un peu de recul, et simplement en prenant comme exemple le triste destin des agriculteurs qui ont été très récemment bien escroqués, rien ne peut changer tant que nous restons sous la férule européenne. Et comme l’a notoirement et toujours sagacement rappelé PYR, le bloc européiste et ses maîtres ultra-libéraux l’ont magistralement emporté.

Que faire quand un homme libre accepte de porter les fers de l’esclavage ? L’exhorter à un peu d’honnêteté et de lucidité. Nous en sommes là, c’est le pas à faire avant toute révolution. Le bruit et la fureur c’est génial, ça fait des grands films de cinéma et bouillir notre sang souvent ralenti par le rythme tranquille des belles et longues nuits d’été. Mais cette émotivité entretenue, cette exaltation encouragée, nous masquent les enjeux véritables. Oui, il y a une tempête. Et alors ? Nous ne sommes toujours pas à ce chaos qui précède la révolution. Ce n’est juste qu’un chaos bruyant, un bordel, qui la retardera d’autant plus que nous continuerons collectivement à croire en des illusions très savamment entretenues, dont notre cher leader demeure l’un des plus brillants prestidigitateurs. Un bon bordel a son lot d’entremetteuses et de péripatéticiennes. Il n’est pas non plus recommandé d’en faire consommation, les plaisirs bestiaux et les bas instincts ne visant que l’éphémère et favorisant le sordide, alors qu’il est possible d’envisager l’humanité avec une idée à la fois plus ambitieuse, simplement plus glorieuse, de ce que nous voulons être.

Je regarde autour de moi. Peut-être ne sommes-nous devenus que des individus, des consommateurs, des êtres détachés des intérêts tant généraux que supérieurs. Plus de citoyens, plus de démocrates, juste des rêveurs perdus dans un solipsisme aussi débile que coupable. Des jouisseurs, des exhibitionnistes décomplexés de nos petites turpitudes, de nos bas desseins matérialistes et égoïstes. Peut-être que le destin de nos sociétés modernes à l’hédonisme vain n’est que dans une ultime dissolution, et que de ce grand bain primordial naîtra alors une nouvelle réaction chimico-sociale qui apportera alors le changement tant souhaité. Ce qu’on appelle « décadence » n’est peut-être que le substrat de cette terre trop exploitée, trop usée, pour ne donner rien d’autre que des fleurs fanées.

Toujours, la mort de Sardanapale.

Sur ces désillusions cruelles, je retourne travailler sur mes petites oeuvres, qui du point de vue de mon solipsisme à moi m’apportent bien plus de satisfaction que le charivari des sirènes (auquel, malgré ma défense, je succombe trop souvent – pour preuve ce billet matinal).

Bonne journée !

Un peu de politique de bon matin ?

Bon… Avant de m’y mettre, je prends mon café tranquillou, j’allume ce qui me sert de réceptacle à informations (une télévision mais ça fait longtemps que je ne la regarde plus – je fais mon marché sur Youtube entre canal de gauche, de droite, du centre, de l’arrière et du juste milieu (salut Rémi !)). Et là… La vie dissolue de la dissolution s’impose à mes sens, m’enivre jusqu’à me saouler, m’envahit insidieusement de toutes les analyses qui se bousculent depuis que notre suprême leader nous ait fait l’honneur de son dernier coup de jarnac (ou j’arnaque, au choix).

Politique. Encore un mot, faut dire que notre réalité n’est fait que de ça, des mots qui s’agencent pour nous permettre de donner du sens à ce qui n’en a ontologiquement pas. Je sais que je me répète, mais c’est introduction liminaire est essentielle… Surtout quand à l’évidence le discours médiatique dispose d’une puissance que le résultat des dernières élections présidentielles ne peut que révéler. Les divers commentateurs m’auront bien fait rire avec « la justesse des estimations sondagières ». Et le coup de la prophétie auto-révélatrice, vous connaissez ? Pourtant, le Dune de Villeneuve aura exposé cette logique avec une force narrative qu’il n’est pas vraiment possible de dénier ? Jamais, dans une élection, le projecteur n’aura été accaparé et réservé à une poignée, que dis-je, un trio de candidat : Hayer, Bardella, Glucksmann. Une sorte de Cerbère désigné par ce qu’il n’est pas complotiste, pardon, exagéré, de définir comme un système aux ordres d’un ensemble d’intérêts particuliers en composant un autre de système. Parfois je me dis que je devrais quitter mes activités créatives pour me lancer dans une tentative de révélation, à coups de schémas et d’organigrammes/sociogrammes, des forces en présence dans notre bon pays. Puis je me dis qu’il faut encore un public pour ça, et vu le résultat des dernières européennes, je ne suis pas sûr qu’il y ait un intérêt pour la pilule rouge. Comme souvent dans ma vie, je suis tiraillé entre deux pulsions, celle de participer à la vie collective et celle de me concentrer sur mes petites ambitions plus personnelles mais finalement pas moins futiles. Car l’expérience m’aura aussi révélé à quel point croire en la solidarité des autres est illusoire, quand bien même elle s’exécuterait dans leur propre intérêt. J’ai vu et constaté combien la tentation du destin personnel est plus forte que l’idée d’une collaboration généreuse. Notre société est bien celle du chacun pour soi, ce qui explique en partie la décadence actuelle. Plus que jamais, je ne crois qu’en une société solidaire et responsable, où l’intérêt général prévaut sur tout le reste – et l’intérêt général, pour moi, c’est la volonté puissante de réaliser les conditions d’un bonheur collectif. Je sais, je suis un naïf, un idéaliste, un idiot, un utopiste, un rêveur, un fou, un gros connard même. Le monde, tous les jours, me le répète assez quand j’écoute les médias ressasser l’ignominie organisée que sont devenues nos glorieuses démocraties.

Donc, dans les faits, gros score du RN. Suivi dans un mouchoir de poche par Reniou (oui, ça me fait rire) et l’europophile exalté Glucksmann, soit le PS. L’autre vrai score notable, c’est la paradoxale mais quand même forte progression de la LFI. Et dans les données à considérer, la chute des verts, et le résultat de l’invisibilisation des petites listes, notamment les souverainistes qui ont payé chèrement leur désir d’indépendance. Faire des millions de vues sur Youtube c’est bien, mais ça ne reste qu’une paille dans l’oeil qui demeure rivé sur le flux mainstream. En résumé, et très rapidement car ça nécessiterait un développement et une analyse plus exigeante qu’une affirmation intrinsèquement insuffisante pour s’établir comme vérité, il ne faut pas confondre la petite masse des gens concernés qui prennent le temps de choisir son flux d’infos et la grosse qui n’a pas le temps pour ça et qui se contente d’épouser les opinions toutes faites qu’on leur délivre à la radio, dans les journaux, et à la TV.

Et là, dissolution. Comme ça, sans gants et sans ménagement. Le coup de la rupture amoureuse qui survient sans crier gare, sans prémices ni signes. Ce qui est faux en soi : des indices, il y en avait plein, et plus tôt dans la journée j’avais délivré cet oracle à mes enfants. Si j’avais su à quel point c’était génial de le spécifier, je l’aurais écrit sur ce blog. Tant pis, je resterai une Cassandre de blog, ce n’est pas comme si je voulais me vendre en tant que politologue du dimanche, y en a déjà bien trop sur le marché. Et depuis, polarisation médiatique, même ceux qui dénoncent la manipulation y participent. J’avoue que je suis un bon spectateur, car la politique j’adore ça. Je ne la considère pas comme un art noble ou comme un domaine réservé à des spécialistes. La politique, de « Polis », la cité en grec ancien, c’est tout ce qui touche à la vie de la cité devenue société. Tout est politique. Absolument tout. Car la moindre de nos actions citoyennes ou même simplement civiques participent à la cité. Même nos oeuvres culturelles les plus mineures participent au discours politiques en mettant en scène, de manière faussement naïves, des modes de vie ou des principes idéologiques voire moraux. Dire bonjour ou ne pas dire bonjour à un voisin est un acte politique. Toiser un autre qui nous agace ou lui sourire est un acte politique. Une vision peut-être un poil dramatique voire emphatique, mais c’est la mienne. Le monde étant tel que nous le faisons, dans une logique presque karmique, nos comportements publics, nos actes sociaux, déterminent sa nature. En ce moment c’est pas très fifou comme le dirait ma fille, très touchée moralement par ce qu’elle aura vu, lu et entendu sur les réseaux qu’elle suit ou qu’elle abonde.

Les observateurs s’interrogent donc sur l’intention. Le machiavélophile président est certes réputé pour son addiction à la manipulation, même si elle est souvent grossière. La roublardise, ou l’audace pour utiliser un terme que ses aficionados préfèrent, est son essentiel moteur. Franchir non pas le rubicon, mais tous les rubicons possibles et imaginables, en constatant que la sidération est un phénomène proportionnellement répétable selon l’incapacité à comprendre la réalité de la situation. C’est un peu lapidaire comme analyse, mais elle est pourtant réelle : dans la grande majorité des cas, peu ont compris le but des manoeuvres et des abus de pouvoir en cascade de ces deux dernières années. Il y a aussi de la brutalité et de la rapidité dans l’exécution qui rappellent les campagnes de César. Finalement, est-ce surprenant de nous voir assiéger tels des gaulois réfractaires par un pouvoir qui ne vise qu’à nous réformer en tant que peuple et en tant que nation ? Je vous renvoie aux excellentes vidéos de Pacôme Thiellement sur la chaîne vidéo Youtube de Blast qui m’a inspiré cette saillie. Sachant de plus que sa vision du Christ rejoint la mienne, et que ça fait du bien en ces temps d’intense religiosité (je ne parle pas des religions, mais bien de la religiosité).

Personnellement, je pense que la volonté de notre président est d’ouvrir la voie au RN pour lui saborder celle de la présidentielle. Notre arène politique « professionnelle » étant devenue un théâtre de Guignol (et j’ai pas écrit de « guignols » – notez la finesse qui évite la saillie facile) où le narratif l’emporte sur le réel, c’est bien le mandat qui importe, pas tant que l’action politique en soi. Il n’est pas impossible qu’ayant ouvert la voie à l’ennemi fondamental, l’idée soit de lui laisser un peu le manche pour montrer à tous qu’il en fait n’importe quoi. Après, le vrai grand danger, c’est bien cette maudite gauche, encore un autre cerbère, dont une des têtes est profondément menaçante, cherchant à faire faillir cette esprit lucrato-libéral qui fait le bonheur des flux boursiers et des gras dividendes (« Pognon… je t’aime ! » Imitation savoureuse du regretté Jean-Pierre Mariel de Michel Leeb). Finalement, quand tu additionnes tous les partis de gauche aux européennes, ça monte pas mal, presque au niveau du RN. Gageons que les égos de la gauche sauront encore prédominer sur l’intérêt général et qu’ils feront encore les idiots utiles en se perdant, une fois encore, dans des introspections existentielles les poussant à suspecter leurs collègues d’être des traîtres ou des salauds en embuscade. Petite pensée pour le cristallin de service, qui me fait penser aux ante-christ de l’Apocalypse. Et j’ai trouvé touchante la réaction désabusée de Thomas Porcher sur le Média, fatigué de constater le continuel revirement opportuniste d’une gauche capricieuse, plus soucieuse de remporter des élections à but personnel que dans la logique d’un combat idéologique censé la magnifier.

En conclusion, et pour faire court (car je dois m’y mettre), ces Législatives seront aussi un moment d’éclaircissement à défaut d’être de révélation. Vu le chaos social que nous traversons depuis l’élection présidentielle, il n’y a rien de pire à venir. Je suis curieux de voir ce que fera le RN s’il obtient une majorité au Parlement. Je suis curieux de voir si la natalité des castors va connaître un bond aussi prodigieux que la dernière fois et comment les médias vont agir pour que ceux-ci fasse leur barrage là où on voudra qu’ils les fassent. LFI se voit sommer de faire corps, et dans les prochains jours, nous verrons si la gauche radicale fera son pacte avec le diable de la classe moyenne. Glucksmann, avatar d’un Macron lui aussi, en son temps, sponsorisé par une gauche bobo, ne pourra pas cohabiter avec son ennemi intime, son véritable ennemi (qui n’est pas la finance).

Et si le RN dominait, quid du premier ministre ? Bardella ou Marine Le Pen ? Deux ans d’échec pourrait sonner le glas d’un mandat présidentiel ou vicier la candidature d’un mandant de ce parti pour en faire l’utile bouc émissaire qu’un nouveau messie médiatisé pourrait supplanter (Glucksmann ?).

Je regardais ce jour Viktorovitch en pleine exaltation de sa peur de l’avènement d’un fascisme, qui lui émet l’idée que le but de la manœuvre c’est retrouver une majorité présidentielle en jouant sur les peurs. Ce qui me semble abscons par faute simplement de candidats macronistes. L’air de rien, le dernier remaniement a quand même dévoilé le manque d’enthousiasme pour un parti qui va porter longtemps la marque de ses choix impopulaires. En bref, à part des amateurs et des nouvelles têtes, peu de chance que des vieux briscards ou des prétendants sérieux participent à ce qui ne sera au mieux qu’un remake du Titanic en milieu urbain. Après, il y a peut-être une escouade de réserve que je ne vois pas venir, mais je n’y crois pas. Après (2), il n’y aura de victoire que dans des fiefs conquis depuis longtemps – dans une France dévastée économiquement, ce genre de territoire commence à se faire rare.

Il est quand même triste de voir certaines politiques effacées ou invisibilisées quand elles ne sont pas diabolisées. Je regardais des infographies du Monde hier, et j’ai été encore surpris de voir des catégories comme celle de « l’extrême-droite » englobant un peu tout et n’importe quoi. C’est là aussi qu’il faut constater à quel point il est difficile pour un observateur qui se veut objectif de réifier son indépendance de point de vue tout en acceptant, en validant, le logos d’une matrice qui déforme par sa nature systémique tout ce qu’elle désigne. Une fois encore, la liberté voire la révolution ne pourra se réaliser que par la contestation des mots et des idées, par dans le jonglage qu’est devenu, de nos jours, l’exercice politique comme analytique.

Bonne journée (je suis à la bourre).

Les limites du narratif

Quelle période folle ! Beaucoup d’entre nous ne perçoivent pas ce qui se passe mais nous vivons tout simplement la fin lente mais certaine d’une manière, d’une méthode, d’une stratégie, de présenter les choses, d’arranger les faits, en bref de substituer un narratif plus ou moins bien savamment construit en lieu et place du réel.

Alors oui, le « réel » est une chose très floue, un concept comme un autre, car du fait de notre subjectivité, nous sommes tous les otages de notre perception du monde, et ce qui nous relie ce sont bien le canevas des croyances et des conventions que nous partageons. Il y a quelque chose de fascinant de constater à quelle point les humains croient en des artefacts aussi éthérés que les nations ou en certaines idées encore plus floues comme peuvent l’être la démocratie ou la liberté. Mais finalement, vivre n’est-ce pas pour chacun d’entre nous de tenter de donner du sens, d’adopter des croyances, pour s’y raccrocher tout au long du parcours de vie ? Toujours, je serai condamné au terrible constat qui m’a frappé alors que j’avais tout juste 7 ans : rien n’a de sens… Il ne reste donc qu’à tenter d’en donner, même si parfois le tentation de céder à l’acceptation de l’impermanence menace (à ne pas confondre avec la menace de l’incontinence qui pèse sur chacun d’entre nous à plus ou moins longue échéance).

A l’évidence, les orfèvres de la manipulation des masses ont bien compris combien la puissance médiatique était, par exemple, un levier terrible pour influer sur nos perceptions. Tous les jours, je constate combien l’agenda médiatique répond à des intérêts bien précis et surtout bien privés, et comme tout est orchestré pour influencer et non pour informer. Ah, les sondages ! C’est délirant comme ces pseudos méthodes d’estimation d’une opinion qui serait « publique » ont pris une place prépondérante dans la discussion médiatique. Ou, comment des échantillons peuvent prétendre refléter l’incroyable hétérogénéité d’un peuple désigné avec emphase par leur nationalité : les fameux « français ». Les sophistes en abusent par ailleurs : « j’ai rencontré les français », « tous les français veulent », « ce qui intéresse les français », et j’en passe ! Toujours ça tourne au jeu de rôle du représentant suprême dont l’oreille fabuleuse aurait réussi à saisir le son pourtant complexe d’une masse de 68 millions d’âme pour en restituer la substantifique essence. Personnellement, et bien que je me sente profondément français, jamais ces gens là n’évoque mon opinion ou mes idées. Nous devons être peu à les avoir, mes opinions, donc elles sont dissoutes dans la dense fusion des millions d »autres, contradictoires, dans un processus finalement démocratique où la majorité l’emporte sur le reste. Ben c’est pas joli joli ce mélange de haine et d’intolérance, cette volonté sourde de toujours désigner des êtres creux comme ses maîtres, pardon, ses représentants. Sans rire.

Tout ça n’est qu’artifice, et pourtant, jamais les sondages n’auront autant servi de pavés pour préparer le chemin de nos votes, quitte à en faire des tonnes et surtout quitte à dévoiler à quelle point tout ça n’est qu’imposture et escroquerie.

La France va mal, et ça ne va pas s’arranger. En fait, ça ne peut simplement pas s’arranger. Il n’est pas possible de faire son bonheur sur la misère des autres, et c’est pourtant le choix qui a été complaisamment et consciemment fait par une certaine classe sociale qui s’est abandonnée totalement aux gains que lui a promis puis apporté une idéologie néo/ultra/libérale, et surtout très immorale, de l’économie. Nous sortons de plus de quinze ans de délire monétaire, nous sommes à la fin d’un chemin comme le seraient des héros d’un conte juste avant sa conclusion (ce serait plutôt du Andersen pour le coup). Et la tactique pathétique d’user encore et encore de boucs émissaires caractérisés par leur insigne faiblesse pour faire diversion et surtout canaliser la rancœur et la rancune ne sera plus salutaire. Il y a quelque chose de fascinant, encore une fois, à entendre les éditorialistes et autres analystes déplorer que la nouvelle réforme du chômage visent encore ceux qui recherchent un emploi avec comme dessein de les motiver à accepter les royales 350 000 offres qui seraient tout simplement boudées par des armées de profiteurs qui vivraient dans une insouciante farniente. Il faut que le dormeur se réveille : cette réforme ne vise absolument pas les chômeurs (dont ce pays et ses représentants s’en foutent très complaisamment), mais ceux qui sont salariés et qui pourraient, dans un proche avenir, perdre leur travail. C’est une réforme serre-les-fesses sponsorisée par ceux qui vont encore te vendre une énième assurance pour commuer la peine. Tu frappes tant que la victime est sidérée, pourquoi s’arrêter en si bon massacre ?

Les motivations de ces exactions politiques, de ces décisions aussi brutales que foncièrement cruelles et injustes (les cotisations restant les mêmes), sont à chercher dans un désir d’installer un ordre social qui, comme je l’ai écrit à maintes reprises ces dernières années, n’ambitionne qu’à revenir à une féodalisation notamment dans les rapports sociaux. Il y a la conscience d’une minorité qui possède et qui souhaite tout mettre en oeuvre pour forclore tout idée même de contestation ou de rébellion. Ce qui est pourtant à la fois une insigne preuve de stupidité comme un terrible aveu d’une crainte profonde. Toute notre économie est à présent artificielle, tout obéit à un narratif qui tremble devant les coups de boutoirs d’un réel que les agences de notation ne représentent absolument pas, faisant partie du problème, mais qu’elles annoncent quand même à bas bruit. Un mélange entre un requiem et une musique militaire, rien de gai là-dedans, c’est clair.

Entre ceux qui prétendent que la dette c’est pas grave et ceux qui gravement annonce l’effondrement, il y a de quoi se poser des questions. La vérité, encore une fois, est entre ces deux eaux. Oui, une dette en soi n’est jamais grave tant qu’on a les moyens de la rembourser. Oui, une dette est grave quand on a pas manière ou moyen de générer ce qui est dû et encore moins quand il n’y a plus de cash dans la poche. Ce qui est terrible, c’est que ce sont ceux qui ont fait exploser les compteurs qui ont œuvré à dévaster les moyens de s’en sortir. Incompétence ? Stupidité notoire ? Très haute trahison ? Corruption systémique prévalant sur la raison la plus élémentaire ? J’ai tenté d’expliquer au début du « quoi qu’il en coûte » la roublardise de la manœuvre. J’usais alors de la métaphore de l’argent pris dans ma poche, dont on me redonnait avec magnanimité une toute petite part en me disant qu’on m’avait dès lors sauvé de la ruine. J’ai pris conscience alors combien ces questions logiquement économiques ne parlent qu’à trop peu de personnes. Nous sommes un peuple, nous « les français », qui a été soigneusement déséduqué. Biberonné avec des mots comme la démocratie, la République, la Liberté, la fraternité, qui auront été vidés de leur sens réel pour ne représenter qu’un mode de vie consumériste et faussement idéal.

Très naïvement, j’ai pensé au début de la crise du COVID qui demeure un grand moment en soi, un traumatisme illustrant combien toute crise est source d’opportunités pour certains systèmes prédateurs, que c’était l’occasion de mettre un frein à l’hubrys avec l’accord et la concertation de tous. Le choix de l’argent magique, délirant de la part de celui qui s’en était défendu, aura défoncé les derniers bastions de ma candeur. Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité parfaite, je me suis donc demandé si le choix se révélerait payant, à la longue. Si j’avais tort, si la corruption systémique n’était pas aussi terrible que je l’estimais. A l’arrivée, j’avais bel et bien tort, cette corruption, véritable rapacité organisée, est encore bien pire que je l’avais envisagé. Encore une fois, la volonté de parasitisme jusqu’à tuer l’organisme nourricier a démontré la névrose, c’est bien le mot, d’une minorité qui n’en a absolument rien à foutre de l’intérêt général.

Nous sommes entrés dans une période fascinante qui va voir s’affronter deux blocs, ceux qui possèdent et ceux qui sont exploités. Je ne fais pas ici dans la finesse, surtout que dans un proche avenir il est prévisible que ceux qui possèdent, surtout pas grand chose, soient exploités (coucou l’épargne, coucou les résidences secondaires !) mais comme toute possession n’est en soi qu’une croyance partagée et acceptée, le contrat va être pour les générations futures d’accepter d’être spoliées des richesses dont la jouissance est déterminée par la très relative légitimité de l’antécédence. Planter un drapeau avec « preums » ne suffit pas. Il faut aussi que celui qui arrive juste après accepte tout ce que le principe impose. Cette société de l’exploitation ne tient que par ça : la soumission à une prétention qui n’est en vérité que ça. Si encore, il y avait une sorte de répartition, une sorte de justice qui empêcherait les abus de l’accaparement, qui permettrait à chacun, raisonnablement, d’avoir son petit bout à soi, il serait possible d’imaginer que les choses s’améliorent. Mais non. Un peu de concentration, beaucoup de concentration : nos PME le sentent bien passer actuellement. Il en est ainsi des marchés qu’ils se partagent tant que tu as les coudes pour t’y promener : dès qu’on te coupe les bras, c’est déjà plus difficile.

Qu’arrive-t-il à un pays qui ne produit plus de richesses matérielles et concrètes pour se consacrer à l’abus de processus rentiers qui vampirisent les flux monétaires plutôt que les irriguer ? Qu’arrive-t-il à un pays qui est consciencieusement pillé et plombé par ce qu’il serait honnête de déterminer comme une véritable guerre économique, à bas bruit ? L’austérité et la rigueur sont encore deux beaux syllogismes qui sont agités comme des solutions à ce qui ne serait qu’un problème budgétaire, gestionnaire, alors qu’en vérité il n’est pas possible d’attendre de récolte d’une terre qui aura été méticuleusement pillée puis stérilisée.

Il y a de la panique, il y a une sorte d’hébétement, chez une élite qui constate que tout leur échappe. Il y a eu, un temps, de l’euphorie à voir comme il était facile d’influencer les candides, les naïfs, les stupides, les mous comme les apathiques (un vrai tour de passe passe). Il y a une fascination emprunte de dégoût en voyant les mêmes oser ne plus penser, ne plus agir, comme il est entendu, en promettant d’aller voter pour la bête immonde. Les médias réduits à des caisses de résonance jouent le jeu, tandis que leur crédibilité est mise à l’épreuve avec dureté. L’idée de la collaboration, la vilaine, revient dans nos psychés trop habituées à ne réagir et à ne penser qu’avec la parallèle de la seconde guerre mondiale. Beaucoup d’observateurs un brin sagaces osent remarquer qu’en France le travail n’a pas été bien fait, au moment où il fallait faire la part des choses, déterminer la responsabilité de certains, veiller à empêcher le retour de certains hubrys. Demain, nous allons fêter le Débarquement, l’opération Overlord en langage codé, traduction : Suzerain. 70 ans plus tard, devant ce qu’il reste de notre pays, est-il préférable d’avoir peur d’être traité de complotiste ou de con tout court pour ne pas constater ce que nous sommes devenus ?

Personnellement, je suis très impatient de voir les résultats de prochaines élections européennes pour voir si les pythies sondagières auront délivré de bons oracles ou encore réalisé un travail de bluff et de persuasion efficace avec le médiatique nudge marketing qui veut que je n’ai pas encore reçu, à trois jours du début du scrutin, les professions de foi. Jamais l’invisibilisation très volontaire, la théâtralisation, le déni démocratique, la validation ploutocratique (t’as pas d’argent t’existe pas) n’auront été aussi manifeste pour réduire le choix à ce qui n’est qu’un janus politique, à la fibre très clientéliste : la Majorité et RN. En alternative, impossible à totalement invisibiliser pour faute d’une popularité encore vive (reste la décrédibilisation et la diabolisation), la Gauche à la dérive avec un PS vestige et incarnation de ce qu’il aura toujours été, soit une gauche de classe moyenne ; et la LFI, honorable dans ses indignations mais dans le fond peu révolutionnaire avec une illusion de la réforme (encore) et l’idée saugrenue de pouvoir dompter la technocratie européenne (vu les affaires de corruption qui ont eu peu d’écho, ça promet). Pour le reste, une armée des ombres, qui à la manière des résistants de la seconde guerre, sont cachés et peu audibles (s’il venait à certain d’épouser leurs idées). Cependant, c’est bien dans ces volontés farouches que se trouvent peut-être notre salut, notamment avec le courant souverainiste, de gauche comme de droite, qui rêve d’une résistance à la déliquescence. Chiche que « souverainiste » remplace bientôt complotiste ?

Je suis quasiment sûr qu’il y aura un vote sanction, mais j’ai l’audace de penser que cette fois ce sera surtout la dénonciation d’une classe sociale déconnectée des besoins et des souffrances de ce qui compose l’essentiel du peuple. Si c’est le RN qui emporte la mise, comme tous les sondages l’annonce, ça permettra de faire la clarté sur le positionnement d’un parti qui reste purement réactionnaire avec la fragilité de n’avoir absolument aucune colonne vertébrale idéologique (le racisme suspecté n’en étant pas une). Que se passera-t-il du coté de la gauche ? Le travail médiatique va-t-il réussir à diaboliser et donc punir le bloc radical (LFI) en faisant qu’une gauche de droite nous refasse du hollandisme ? Ou au contraire, va-t-on assister à un rejet de cette vision née dans une France à la centralisation toujours et encore coupable avec un vote massif de ceux qui croient en l’universalisme et les vieilles idées marxistes ?

J’aimerais que plein de petites listes parviennent à placer des représentants. J’aimerais que toute la superficialité d’un système démocratique apparaisse avec la conscience d’une spoliation par ce qu’il serait commun de désigner comme une aristocratie technocratique (kratos kratos). Mais je suis aussi maintenant trop habitué à constater que notre peuple s’est résigné ou s’est converti aux fausses idoles en espérant, pour certains, en récupérer quelques miettes. Quoi qu’il arrive, quelque chose se passe. Un très grand et profond changement. Pas forcément une révolution, mais pour que celle-ci advienne, il faut toujours une phase de chaos, nécessaire pour se substituer à l’apathie tétanisante. On y va, tant bien que mal (enfin plutôt mal) et ça ne sera certainement pas une partie de plaisir, car personne ne sera épargné.