Ecouter son dieu intérieur

En ce moment, confronté (enfin) à l’absurde de cette société malfaisante, beaucoup s’interrogent, voient leurs certitudes s’effondrer, leurs convictions, leurs croyances, s’éroder par la tempête de leurs désillusions. Des proches, qui lisent ce blog, se sont inquiétés de mon récent billet, croyant déceler les traces d’une dépression, d’un abandon. Au contraire, j’ai accueilli pleinement le chemin de ma petite théodicée, et de ce chemin j’essaie juste de percevoir les raisons ou les motivations qui l’ont dessiné. Mais paradoxalement, j’accepte complètement l’incapacité, l’impuissance, qui caractérise mon humanité.

L’erreur, à mon sens, que font beaucoup, c’est de vouloir trouver un sens, une signification, une clé de lecture ou de décryptage de ce qu’est l’existence. Je suis maintenant irrité quand j’entends un augure nous déclarer qu’il a enfin percé un mystère, ce qui s’ensuit généralement par une prophétie ou une sentence géniale. Je n’en peux plus des champions du karma qui t’expliquent que tout est dans une logique d’échange moral, ceux qui te disent que l’Univers te parle et qu’il y aurait une sorte de formule magique pour en obtenir ce que tu souhaites ou ce dont tu as besoin. En bref, je n’en peux plus que nous soyons des bêtes hallucinées qui déclamions sans vergogne notre croyance du moment, en prodiguant aux autres des conseils précieux, de fou à fous.

Il y a peu, j’ai déclaré à mes enfants, des fiers individus de cette civilisation grandiose, qu’il fallait arriver à écouter la petite voix qui en nous, parfois, perce timidement le vacarme puissant de toutes les influences qui nous transpercent continuellement. Cette petite voix, je la guette à présent. Certains parlent d’âme, de conscience, de supraconscience même, c’est juste ce cri silencieux qui te dit en permanence que ça ne va pas. Il y a effectivement de la désespérance dans le fond, mais qui n’est pas désespoir. Juste qu’il y a beaucoup à faire, ou plutôt à défaire, car c’est bien un labyrinthe de sens, de semblances, d’illusions, de croyances, qu’il faut parvenir tout d’abord à discerner, puis à disputer, pour en briser le joug.

Il n’y a pas d’autre moyen qu’en permanence tout disputer. Disputer la moindre pensée en décortiquant les mots ou les valeurs qui la composent. Disputer la valeur même de cette pensée, s’en demander l’origine, la cause, le but. Avoir, encore une fois, le courage de se rendre compte que nous sommes dans une nuit noire d’une cave pourtant confortablement éclairée. Comprendre que dans le scaphandre nous ne sommes pas vraiment en contact de la matière, de la réalité. Nous en restons spectateur, définitivement coupé de sa texture même. Comprendre que les sens ne sont que la manifestation de la matérialité vécue comme limite, comme limitation. Que la réalité, matière, n’est peut-être que substance du rêve. Que l’atome n’est peut-être que l’étincelle d’un songe divin.

Par nature profonde, j’ai quand même l’envie de croire que la seule issue est un Bien ultime, une bienveillance joyeuse et infinie. J’ai la chance d’être animé par une présence dont l’extrême générosité m’a nourri et continue de me nourrir, tout en manifestant une exigence à laquelle j’ai toujours tenté de répondre. Il n’est pas possible de me comprendre en me cantonnant dans les désirs et ambitions vulgaires que cette société matérialiste et minable nous imposent continuellement. Je confesse tous les moments de vide intenses qui ont suivi, immédiatement, mes triomphes. Je confesse d’avoir été constamment insatisfait quand j’arrivais à cocher une case glorieuse de cette tour de Babel qu’est devenu notre monde. Et c’est une lutte d’être soi dans un système qui exige que tu sois à la fois conforme et soumis. N’être qu’un robot, qu’une intelligence artificielle, une compilation de croyances ou de valeurs qui ne sont qu’une laborieuse programmation que tu te mets à exécuter comme autant de scripts qui te font croire que c’est ta volonté, que tu existes par le fait de ces mécanismes dont tu ne soupçonnes même plus la malhonnêteté.

J’ai toujours été philosophe, il m’est impossible de contempler quoi que ce soit sans m’interroger profondément. Il faut dire que j’ai le regard amoureux, même s’il s’est teinté, avec le temps, d’une froideur qui en impose souvent à ceux qui échangent avec moi. Ce n’est pourtant pas de la dureté ou de la suffisance, juste l’espoir de discerner chez l’autre autre chose que cet autre. J’ai toujours une main tendue pour retrouver une âme perdue, mais je ne trouve que des abîmes qui croient me voir, alors que je leur échappe autant que je ne parviens pas à atteindre le minotaure au fond de son dédale. Quand je regarde quelqu’un je ne vois plus que le vide gigantesque qui le camoufle.

Il y a tant à faire, à défaire… L’ironie de tout ça c’est bien cette soif de libération, de désir d’apocalypse ou de renouveau, condamnée à n’être qu’une vague humeur, le minotaure retournant dans son dédale, suivant l’enfilade des murs sans comprendre qu’au lieu de trouver une voie, il faut détruire la paroi qui te sépare de l’espace tant convoité. La logique du labyrinthe induit qu’on supporte la tyrannie du chemin tracé, qu’on ne remette pas en question cette intimation à ne suivre qu’une seule direction. La direction, le sens, voilà encore des noms pour l’ennemi, l’adversaire.

Vivre une existence humaine, c’est peut-être condamner son dieu intérieur à la misère absolue, celle de tout perdre, de tout subir, celle de vivre les chaînes et tout leur poids. Pourtant, parfois, la petite voix de ce dieu se fait entendre, si douce, humble et presque timide, que nous la balayons sans regret ni hésitation. C’est ce manque d’amour pour nous même, c’est trop souvent la folie dictée et apprise de ce monde qui nous fait agir avec cette cruauté liminaire qui permet toutes les basses oeuvres auxquelles nous assistons et participons activement.

Je me sens comme un funambule, tenant encore sur le petit filin qui me tient à en équilibre. J’ai plaisir à y être sur ce filin, je sens que je ne suis pas encore prêt pour le grand plongeon. Ou alors la vue est sympa. Je sais juste que j’en suis au stade où toutes illusions et les chimères me glissent dessus. Je suis dans une grande taverne, perdu dans une foule animée et bruyante, et l’alcool ne m’ébaudit plus. Me lever et partir ? Le puis-je seulement ? Ou n’est-ce encore qu’un couloir, le corridor d’un labyrinthe qu’il est illusoire de pouvoir s’en échapper (?).

Minotaure. L’étymologie te révèle que c’est le taureau de Minos. Ou alors, « mino » c’est pour petit, et « tauros » n’est pas le taureau. Pour des motifs professionnels et artistiques, je me suis interrogé sur le mot grec « centaure », et j’ai été amusé de constater que le sens en est véritablement perdu. Il y a ici une énigme qui m’amuse et m’asticote, et ce serait amusant d’imaginer que le mot minotaure renvoie au mat du tarot. Les deux figurent participent de fait au même théâtre d’ombres.

Une ambiance de fin de fête

Mon titre fait référence à une analogie du très inspiré Pierre-Yves Rougeyron qui commentait le climat actuel dans notre beau pays. Nous sortons d’un état de jouissance pour entrer dans la phase de l’intense gueule de bois, et ça va faire de plus en plus mal. Dans les médias, une ambiance apocalyptique et doucement anxiogène est savamment entretenue… Les canicules, les feux de forêt, le débat sur la clim et la difficulté de partir en vacances auront ainsi rythmé cet été pour le moins morose. Ah, j’oubliais le foot, vu que je m’en suis toujours tapé, mais même ça n’a pas réussi à enflammer les foules au-delà de la gesticulation habituelle autour du business juteux du ballon rond.

Dans les médias alternatifs, ça annonce toujours la fin de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, mais ils ne semblent pas comprendre (ou alors ils jouent leur rôle) que tout ça n’étant que fiction, ça ne finira que lorsque le narrateur le voudra bien. Alors oui, le matériel va, logiquement, sonner le glas des apparences, mais nous sommes dans un monde tellement intriqué, tellement lié par des tractations complexes, que les interdépendances protègeront toujours des grandes révolutions locales tellement attendues. Ceux qui fantasment en permanence sur la future grande guerre entre la Chine et les ricains ne comprennent pas qu’elle est déjà là cette guerre. Cet infantilisme coupable de ne réserver le concept de guerre qu’aux armes et aux explosifs devrait s’achever un jour prochain, quand les jouisseurs finiront par sortir de la torpeur de la lotophagie, contemplant ce qui restera. Déjà, ça fait mal, et je me rappelle notamment, il y a quelques années, le délabrement de la petite gare où je vivais alors. C’était presque invisible, mais à mes yeux il y avait là un signe fort, un signe révélateur, d’un écroulement inéluctable, en cours. Les gares, notamment les petites de province, sont les marqueurs de la vie véritable d’un territoire. Leur déchéance symbolise cette dynamique de centralisation et de concentration de la richesse, au dépens des barbares de la province. Ce que beaucoup désignent comme une fin de règne, démontrant que nous n’avons pas eu un président mais bien un monarque à la c…, c’est bien cette conscience d’un pouvoir qui fut à la fois spoliateur et perfide.

La période à venir est en cela fascinante. Un peuple détruit, décomposé, en tant qu’entité homogène, qui n’est pas prêt de se rebeller. Les français sont devenus un agrégats d’intérêts particuliers ; cette petite compétition au plus débile, à celui qui chopera la plus grosse carotte, voit ici sa parfaite résolution. Le chacun pour soi encouragé sur la haine latente de cet autre que tout un système encourage à mépriser. De la responsabilité d’un corps scolaire qui habitue les imbéciles à se hiérarchiser les uns les autres, avec l’idéologie de l’intelligence comme signe majeur d’élection. Je suis à présent immunisé de ce mal, car très fier de ma grande bêtise, ou conscient que tout ça n’est qu’une facétie, une vanité, je ne jouerai plus à ce combat de coqs.

Hier, c’était le triste anniversaire du décès de ma mère, enfin, j’écris « triste », mais comme je le précisais à ma fille, j’estime que la mort est une libération de cette folie qu’est devenue l’existence humaine au sein de sociétés mortifères et malfaisantes. Ne vous y trompez pas, je ne témoigne pas ici d’un état dépressif, bien au contraire, j’ai conscience de trop de choses belles et riches à vivre, chaque jour, chaque seconde, et je ressens une forme de gratitude pour ce que j’ai vécu et ce que je vais être amené à vivre… mais j’ai de plus en plus l’impression d’avoir été projeté dans une asile de fous, tel le personnage de Jack Nicholson dans Vol au dessus d’un nid de coucous, de Milos Forman. A vrai dire, c’est un mix entre l’asile de fous et l’apocalypse des morts-vivants. J’ai toujours trouvé les autres gris et lents, et je constate que l’âge ne m’apporte pas ce relâchement, cette mollesse, qui me semblent la manifestation d’une certaine sérénité. Ou au moins d’une torpeur apaisante, tranquille. Je suis un homme sans cesse agité, cette énergie qui m’anime est toujours aussi puissante, aussi tyrannique aussi. Je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou m’en désespérer.

J’ai à présent le sentiment qu’il n’y a rien à faire pour changer quoi que ce soit. J’ai tellement laissé périr en moi toute forme d’illusion, j’ai tellement conscience de l’escroquerie globale, qui n’est pas que nationale, mais bien systémique, mondiale, envisageant l’espèce humaine dans son entièreté comme un vaste système, les nations et les cultures n’étant qu’une illusion, qu’il n ‘y a rien à quoi je peux me raccrocher pour vivre sans considérer toutes ces chimères/choses (qu’on nous propose, comme le chantait Souchon) pour ce qu’elles sont. Je sais qu’il n’est pas possible d’être rien d’autre qu’un pion, un esclave, un imbécile heureux ou malheureux. Une personne, un individu, un quidam, l’autre, l’ombre, la silhouette… un personnage.

Nous ne sommes que des machines folles se perdant dans des labyrinthes de sens avec une ivresse coupable. Tant de croyances démentes, tant de certitudes perfides, tant d’idoles trompeuses et manipulatoires, que pour prétendre à n’être rien d’autre qu’un illuminé s’imaginant raisonnable, il faut à la fois de la motivation, de l’insouciance, de l’ingénuité, une petite louche de candeur… et une grosse couche d’espérance, que je n’ai plus.

La difficulté va être à présent de singer la participation plus ou moins tacite, plus ou moins volontaire, plus ou moins enthousiaste, à la grosse course à l’échalotte de nos sociétés délétères. Les petits rêves des autres, leurs minables ambitions matérielles sacrées comme accomplissement ultime justifiant toutes les perditions, toutes les compromissions, toute la petitesse et la malfaisance tranquille qu’elles obligent, sont pour moi choses horripilantes. Le désespoir des exclus, la résignation des impuissants m’énervent certainement autant… Pris entre ces deux extrêmes, entre l’oppresseur et l’oppressé, j’ai juste envie de tirer ce qui reste de ma peine en veillant à ma salubrité mentale. La part de moi qui s’entêtait, s’acharnait, à vouloir trouver du sens commence à ne plus croire en rien, ce qui semble nihiliste alors qu’au contraire, c’est profondément libérateur. S’émanciper de ce carcan du mental, se soustraire de la chappe de plomb d’un système qui par essence est esclavagiste et castrateur, pour sa saine perpétuation, est une grande et belle mission.

Pas sûr d’y arriver, mais il y a quelque chose de stimulant et d’excitant à l’idée de vivre ainsi, conscient d’être bien en milieu hostile sans pouvoir attendre de son contemporain autre chose que la dégurgitation de vieilles idées rances et moisies. Entre les psittacistes et les débiles extravertis, je me dis que le silence est la solution… moi qui adorais m’entendre parler, je vais finir par me murer dans un profond silence car j’avoue que j’en arrive même à ne plus supporter les archétypes langagiers de mon personnage si savamment conçu.

Je crois qu’il y a là ma pierre d’achoppement. Je me détache de moi-même comme si j’étais allé au bout de quelque chose, comme si la partie de jeu de rôle ne m’intéressait plus. Je me dis que tout ça doit sonner comme une forme de dépression, en cours ou à venir, mais en réalité c’est la manifestation d’une certaine forme de clairvoyance, très jouissive à vivre. Je vis des moments de bonheur intense quand je m’oublie totalement, et je ne reviens à moi que pour écrire, par exemple, ce type de billet, histoire de me dire que le rôle avait tout de même un peu de saveur. Je n’arriverai jamais à rien qu’à ce moment du départ, la si crainte mort, avec la volonté d’avoir vécu intensément chaque seconde, d’avoir sacré l’éphémère avec hargne et enthousiasme.

Il y a peu, un illuminé, un vrai, un religieux, m’a décrit comme « à la recherche de la vérité ». C’est faux, sauf dans la dimension grecque, ancienne, de la Vérité, l’Aletheia, qui signifie étymologiquement « sans oubli ». Dans ce monde de semblances, où la moindre illusion peut prendre corps du moment qu’on l’alimente un peu, il n’est pas possible de trouver ce graal. Nous ne sommes que des imposteurs volontaires, qui finissons par croire un peu trop au rôle que nous nous sommes donnés. Nous nous perdons en nous-mêmes, une chute sans fin, en ne pensant plus à regarder l’infini du ciel qui nous rappelle que nous ne sommes pas vraiment là. Juste un instant, juste le temps d’une vie.

L’escroquerie de l’éveil

Tel un Sisyphe consciencieux, jour après jour, je trimballe mon bout de cailloux d’un bout à l’autre de ma montagnette, avec une forme d’hygiène mentale que je me suis imposée pour en faire non plus un acte de discipline, mais un pur ethos. Il y a des moments où je me sens enlisé non dans une routine, mais dans une intense pesanteur. Puis, je me libère de toute cette charge et d’un seul coup je me sens léger, si léger, presque libéré de tous les carcans qui font le sel de notre vie moderne.

Comme le démontre ce blog, j’aime souvent revenir en arrière, notamment dans les brouillons qui pullulent dans le back office, pour me rappeler celui que j’étais avant. J’ai toujours de la sympathie pour l’imbécile que j’étais, j’ai conscience de celui que je suis dans l’instant présent, je me dis toujours que pour celui du futur je semblerai à la fois émouvant de naïveté et un peu troublant de bêtise. Quand j’étais plus jeune, j’imaginai qu’il était possible d’arriver un jour quelque part, pour ne plus être qu’un oisif regardant tranquillement l’horizon en attendant paisiblement l’inévitable fin. Maintenant je me dis que seule la mort mettra fin à cet effort interminable, à la fois bonheur de vivre et sensation d’une pression insatiable.

Dans cette hygiène quotidienne, je m’impose ma dose de spiritualité. Par spiritualité, je n’entends pas des histoires de religion ou des croyances me permettant d’entretenir des idées à la fois fumeuses (voire enfumeuses) et complaisantes. Toujours, le scepticisme est le mot d’ordre car j’ai compris à présent que l’incertitude est un des fondements de nos existences humaines. Des fois j’envie ceux qui n’en ont plus, et j’en viens au titre de mon billet, cette légion d’être éveillés ou en voie de le devenir car bossant pour.

Au niveau professionnel, j’aime créer des univers, et j’ai d’ailleurs dans les cartons un projet de jeunesse que je trouve à la fois prometteur et pour lesquels j’ai commis déjà beaucoup de matières premières. Ce projet, le Rêve du Phénix, voyait mon héroïne, portrait romancé d’une jeune femme que j’ai aimée au début de ma vie d’adulte, vivre une existence rocambolesque dans un autre monde dans lequel se retrouve projeté, chaque nuit, son alter ego, portrait de sa défunte maman. La thématique était déjà le rêve dans le rêve, la métanoia, la maia, la logique des mondes et des dimensions parallèles, avec l’idée stimulante d’une énergie conscience qui circule de manière souvent imprévisible. Le récit débute alors que l’héroïne, enfin, trouve une solution pharmaceutique à ses problèmes d’insomnie ; sa première nuitée devient donc le premier chapitre de ses aventures dans cet autre monde, avec ses règles, ses lois, ses dieux et tout le toutim.

J’ai pensé à cette histoire car il m’arrive de penser, dans ce monde où tout est inversé, la fameuse inversion maligne du mystérieux Michel Tournier, que nos amis les mots sont autant de prisons, d’impasses, de pièges, qui enferment nos pensées dans des illusions perfides. Par exemple, je m’estime, et vous aussi au passage, parfaitement mort. Quel cynisme que penser vivre alors que du moment où nous naissons, nous ne faisons que mourir à petit feu ? Et de considérer la réalité et le rêve comme des choses interchangeables.

Passant mon temps à croiser les données, les occurrences mènent à la révélation terrible, constat que je ne vois nul part mais que je vous livre ce jour (notez la date et l’heure pour m’attribuer avec justesse la gloire de cette prise de conscience), qu’en fait c’est bien la matérialité (ou la densité au choix) qui révèle le rêve. Nos vies nous semblent pour le coup réelles simplement car nous conférons à nos sens cette vertu réificatrice. Je sens, je vois, je touche, j’entends, je goutte, donc c’est. Et ce « c’est » devient essentiel, devient une vérité finie et établie sur laquelle nous allons bâtir toute une logique matérialiste et en conséquence nihiliste. Thomas ne croyait que ce qu’il voyait, et pourtant nous savons à présent qu’il y a une multitude, une infinité de choses, que nous ne pouvons voir et qui plus largement échappent à notre portée cognitive. La caverne de Platon, rien de neuf, mais de la théorie à la croyance, j’ai fait le pas depuis un certain temps.

Donc, rien ne me fait plus sourire que ceux qui se prétendent « éveillés », comme une sorte de grosse et dernière blague d’une mascarade tragique. Je passe l’égotisme qui pousse à se considérer, d’un coup, meilleur que les autres, les « endormis ». Et vas-y que ces « éveillés » vont mettre en place toute une hiérarchie pour définir les niveaux d’éveil entre eux, qui à la manière des systèmes délétères de compétition qui abondent dans nos sociétés, répète les mêmes conneries et leurs tristes conséquences. Le danger étant qu’à la fin, ça crée une foultitude de gourous qui finissent inévitablement par se foutre sur la gueule tout en étant souvent convaincus d’avoir vu la lumière que l’autre ne peut que feindre d’avoir perçu, ou pire, qu’il confond avec un stratagème d’une puissance malfaisante et manipulatrice (conflit du moment entre les hypnothérapeutes et les tenanciers du karma ancestral).

J’ai envie de dire à ces gens là que nous sommes, même le plus éveillés des éveillés, que des gros dormeurs maintenus dans un coma si profond et inexpugnable qu’il est impossible d’imaginer devenir un quelconque messie sauveur de l’espèce humaine. Personnellement, je me considère comme un prisonnier balancé dans une asile de fous, avec le prétexte de m’en amuser, ce qui, avec le temps, ne se vérifie pas vraiment. J’ai un tempérament à la transmutation tranquille, mais nous arrivons à un tel niveau d’injustice, de destruction et d’empoisonnement généralisés, que rester serein et insensible devient délicat. J’ai toujours ressenti une immense colère, j’ai passé ma vie à la canaliser voire à la nier, mais c’est un tel bordel en ce moment que ça dépasse mes pourtant éprouvées capacités en la matière.

Le pire, c’est d’entendre ce que j’appelle les « neunheureux » répéter que l’Humanité avance et que nous sommes à la veille d’un immense changement de paradigme qui va tous nous libérer et nous faire passer dans de nouvelles sphères sublimes d’évolution (l’ère du Verseau, à ne pas confondre avec le ver solitaire, plus perfide). D’autres sceptiques, ou simplement des voix dissidentes en la matière, dénonçant les propagandes religieuses et spirituelles relayées par des personnes souvent sincères mais humaines (donc limitées par leurs capacités de verbalisation), essaient un peu de freiner cet enthousiasme étrange dans l’attente d’une apocalypse maintenant perçue non comme la fin de tout mais bien la fin de la corruption et de l’injustice. J’ai apporté ma petite pierre à la définition du karma car personnellement, je n’ai jamais cru et je ne croirai jamais en la punition comme acte divin ou comme épreuve existentielle. Mais je le fais sans attendre vraiment ni audience ni compréhension, davantage dans l’idée juste de le faire pour signifier qu’il est possible d’envisager les choses différemment… avec toujours en fond la volonté de signifier d’exprimer que le plus sage c’est de ne croire, vraiment, en rien qui dépasse l’enclos de notre intériorité. Ne rien imposer aux autres, surtout avec la manipulation tranquille de leur faire peser une conséquence s’il ne partage pas mon opinion (attention, le karma va te tomber dessus X le nombre de personnes qui vont croire ce que tu vas oser dire à l’inverse de moi = la malédiction mathématicienne).

Cette vérité, terrible, peu d’éveillés la comprennent. Mon monde, ma réalité, n’est pas la vôtre, nous ne pourrons jamais que partager des consensus pour entretenir l’illusion que nous vivons au même endroit. Et la pléthore de croyances, la logorrhée absurde qu’alimente sans cesse la tyrannie du sens, font que pour une même chose désignée nous n’aurons définitivement pas de conciliation. Mon idée de la liberté ne sera jamais la vôtre. Ma vision du monde, limitée par mon expérience (ethos, habitus, épigénétique) et mes capacités d’appréhension, a peu en commun avec la vôtre, pour le meilleur comme le pire (c’est dur d’être un génie incompris, je vous jure !).

Le grand progrès serait de comprendre que nous ne vivons qu’en périphérie des autres. Peu font le choix de pousser l’effort jusqu’à cette nécessaire exploration du bagage sémantique qui articule notre machinerie mentale. Verbaliser est facile, signifier est compliqué, faire acte de sagesse et de profondeur… rare. Juste ressasser des obsessions ou des fantasmes qu’on va alimenter en trouvant, dans le temps, des potentielles preuves dont on s’accapare la signification, n’est définitivement pas à mes yeux la manifestation d’un éveil. Davantage la sempiternelle volonté de distinction par un processus d’auto-célébration.

Comme le chantait/disait si bien Jean Gabin, « la seule chose que je sais maintenant, c’est que je ne sais rien », plagiant un obscure grec du nom de Socrate. Mais c’était Jean Gabin, donc on lui pardonne 😉

ἓν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα / hèn oȋda hóti oudèn oȋda

Purée, que c’est beau…

Le jour des fous

Le 12 juin, c’est la fête de mon père qui avait coutume, d’un air roublard, de déclarer avec malice que c’était le jour des fous. Je me rappelle de ce volume de l’histoire de France en bande-dessinée où je découvris un jour, qu’antan, on allumait des feux pour que d’autres le franchissent par un saut. Allégorie de ce qu’est la folie, de ce qu’est le « fou », bien que nos sociétés nourries à la psychiatrie et à la psychologie aient réduit la chose à des maladies de l’esprit ou du cerveau, encore une fois résolues ou plutôt commuées par des substances chimiques pour le moins onéreuses… mais je n’écrirais pas ce matin tout ce que je pense de mal de cette industrie dont les desseins sont pour le moins discutables.

Plus le temps passe, plus je me sens atteint d’une folie impossible à soigner ou à éteindre, à l’encontre de ce feu de la Saint Guy qui finissait certainement, après quelques sauts inoffensifs, annihilé par l’eau d’un seau implacable. L’air, l’eau, le feu, la terre, nous sommes dans les restes d’un rite païen, un processus alchimique, qui font du fou autre chose qu’un dément sans raison. Je me suis rapidement formé à l’alphabet alchimique (par obsession professionnelle et artistique), et un de mes passe-temps est à présent de décomposer chaque mot pour en trouver un sens second inscrit dans la graphie. Le mot « fou » est en cela très intéressant, car littéralement j’y lis « le feu du tout (ou de l’infini au choix) qui te remplit ».

La pensée alchimique est un processus qui n’enferme rien dans un carcan sans donner, malicieusement, la possibilité d’y déceler de manière heuristique d’autres voies, d’autres champs de compréhension, d’appréhension et donc la lettre « o » peut aussi simplement évoquer l’eau, la bouche, Dieu, en bref c’est la forme, le cercle, qui élimine toutes les aspérités, les angles, entravant ou bloquant l’énergie. Le fou, en cela, est celui qui est définitivement empli du monde, n’en faisant plus un débile par handicap mental mais bien un être dévasté par tout ce qui déborde en lui.

J’aime beaucoup cette vision du fou, et je pense notamment à la figure du Tarot qui, personnellement, nous montre le pèlerin que nous sommes dans ce vaste monde, amnésique et condamné à suivre le chemin sans vraiment rien y comprendre. Je pense à mon père, ce jour, un homme très raisonnable, foncièrement raisonnable, et je l’ai aimé pour ça, pour le calme permanent qu’il affichait, pour cette absence de colère qui malgré ses silences le rendait attachant et rassurant. Il n’était pas possible de discuter avec mon père, il était rempli du monde, mais en fou bien organisé, tout était ordonné, trié, classé, hiérarchisé, afin que rien ne déborde de trop, comme une virtuose partie de Tétris (clin d’oeil à ma fille qui ne se lasse jamais d’admirer ma manière d’organiser les courses sur le tapis de caisse – je suis un maniaque de l’organisation, tare génétique). Je pense, encore personnellement, que ce trop plein de raison le minait sur la fin, car il n’est pas possible de donner du sens à ce qui n’en a définitivement pas. Reste alors l’obstination de rester dans cette voie qu’on a cru longtemps la bonne, se convaincant qu’il est trop fatigant, sur le tard, d’en changer.

Quand j’étais petit garçon, une chanson a eu son petit succès, « le coup de folie » de Thierry Pastor. Alors qu’un de mes cheveux grisonnant vient de mollement s’écraser sur les touches du clavier de mon chromebook moribond (son remplaçant arrive la semaine prochaine) il ravive le souvenir de mon pas si fou de père, me demandant s’il ne se serait pas débarrassé de sa folie gênante en me la refilant au passage. Guy étant mon second prénom, la chose n’est pas impossible.

Je finis ce petit billet du 12 juin en évoquant une des significations du prénom Guy selon l’alphabet alchimique. « G » pour les 7 connaissances, mais aussi la spirale, le tourbillon qui retourne vers le centre, vers le fond – « U », le contenant, l’athanor – et « Y » pour symboliser l’analyse, la synthétisation, la forme du filtre effectuant la distillation. Un prénom court, fort, qui évoque le mot « Fou » par sa structure (1 consonne, deux voyelles) comme un reflet, un miroir. Comme si le fou était celui qui en lui avait des connaissances, un savoir qu’il lui reste à découvrir, à retrouver, à faire émerger de lui-même.

Bonne fête Papa, tu me manques.

Pour toujours et à jamais

Tu disais que c’était des belles paroles
Que les mots n’avaient de valeur
Que dans l’instant fragile
Dans cet espace éphémère
Où nous étions alors
Tous les deux
Heureux
Et

Pour toujours et à jamais

C’était une promesse, c’était un serment
De mon coeur pour le tien, si sincère
Que ce n’était plus des mots faciles
Mais une volonté de toujours
Te rester, malgré tout
Etre avec toi
Dans le désert
De l’absence
Ta voix

Pour toujours et à jamais

Je l’entends parfois et c’est comme le vent
Qui remue les ramures des arbres
Silencieux mais toujours
En mouvement
En moi
Tu vis

Pour toujours et à jamais

Je n’ai rien dédit
Je n’ai rien repris
Comme l’a promis
Le renard
A une rose
Noire

Pour toujours et à jamais.

Le règne de Cronos

Depuis quelques temps, la question du temps tempère mes humeurs littéraires. Tandis que dans des médias ésotérico-mystiques la révélation d’un culte à Saturne se fait jour (alors qu’il devrait davantage faire nuit), j’ai passé un cap sur la question de mon implication à cette réalité qui est davantage le fait/fruit d’une convention collective que d’une manifestation ontologique. En bref, je me situe entre la volonté d’y participer et le rêve fragile de pouvoir en échapper, voir d’éviter d’alimenter cet égrégore qu’est ce monde humain fait de camps et de positions autant stériles que dérisoires.

Comme toujours, c’est ma nature, j’écris ces mots avec un brin de facétie. A présent (retour soudain de Cronos, toujours tapis à chaque coin de nos conventions langagières), je suis très circonspect avec l’idiome. Je ne peux plus m’empêcher d’analyser, d’interroger, pour chaque élément d’une phrase, la pertinence et le sens de ces idéogrammes que sont les mots. Dans certaines cultures très anciennes, le verbe était considéré comme incantatoire, et j’en suis presque à le penser. Si l’énergie n’est pas une notion qui se réduit à la production d’un courant électrique pour alimenter un réseau ou un moteur, alors tout est énergie et de manière subtile, mot clé, chacun de mes mots est donc chargé de quelque chose qui alimente la folie ambiante, celle qui dégouline à présent dans la moindre information que les médias et les réseaux produisent. Donc, je ne participe que mesurément à tout ça, j’aimerais n’être que vecteur du Bien, mais comment faire le Bien quand même animé des meilleures intentions nous ne faisons qu’alimenter, qu’animer, le règne de Cronos ? Ne rien faire est criminel, mais faire est contre-productif. Je guette désespéramment chez mes contemporains une trace de cette étrange lucidité qui est à présent la mienne, mais en vain. Chaque spécimen m’invite à rejoindre ce labyrinthe inexorable que certains dénoncent comme un système, un paradigme, ou autre manifestation d’un raisonnement scientifique qui veut décoder l’existence à coups de neutrons ou de charivari quantique. Et là, je chouine mais en écrivant ce billet sarcastique je les rejoins implacablement. A la manière d’un élastique, plus je force plus ça me ramène dans la matrice. Plus je me réserve et plus je stagne en son centre. Une toile d’araignée que sa prédatrice a abandonné ou peut-être que cette toile n’a pas besoin d’un agent extérieur pour sucer la moelle de notre être.

Cronos règne, c’est comme ça, et le culte premier n’est pas celui de l’argent comme je l’ai longtemps cru… mais c’est ça vivre, finalement, s’entêter dans des croyances qui font notre réalité le temps que l’entropie finisse son oeuvre. Non, le culte premier est bien celui du temps, qui est partout, avec ce tic tac entêtant qu chaque horloge nous chuchote cruellement pour nous imposer un rythme, une dictature, qui ne dit jamais vraiment son nom. Croire en Dieu est secondaire, car c’est un acte de foi, alors que rendre ce temps réel en le réifiant dans un mécanisme omniprésent est une tyrannie sublime à laquelle nous adhérons tous, sans discussion, sans révolte, en permanence. Tic tac. Toc.

Quand j’étais petit garçon, je savais de manière incontestable que le temps n’existait pas. Dans ma pauvre petite caboche, l’idée que le passé, le présent et le futur étaient simultanés était une obsession que ne parvenait pas à clarifier. Je le savais mais sans parvenir à en produire le raisonnement. Maintenant, je laisse beaucoup faire mon intuition. J’évite de raisonner avec excès, j’agis d’instinct. Jamais je n’ai été aussi inventif, productif, efficace, qu’à l’âge (encore un piège de Cronos, attention !) quelque peu avancé qui est le mien. Constamment je déborde de sagacité, car j’ai fini de croire en l’intelligence, cette farce, et en toute forme de vanité. J’ai saisi, enfin, le sens réel du mot « don », et j’y ai trouvé une forme de liberté, de soulagement. Toujours avoir à prouver, à montrer, à démontrer même, est encore une forme de manipulation cronique (ce n’est pas une faute, c’est un néologisme symbolique) qui ne m’amuse plus.

J’ai tellement de choses à faire que je n’ai pas à m’inquiéter sur la question d’animer ma vie. Mais je ne rêve plus de changement, de révolution, de révolte, car tant que Cronos, ou Saturne au choix, règnera, il n’y en aura pas. Il paraît que les puissants désirent son retour et l’âge d’or décrit dans les écrits notamment d’Hésiode. Ils y sont, comme quoi produire de la propagande ne nous en immunise jamais. En langage des oiseaux, dont beaucoup abusent, là je dors. Oui, nous ne sommes que des dormeurs, et moi qui dort très peu, je fais partie de ceux qui s’imposent le plus cette folie qu’est la densité, la matérialité. C’est peu dire que révéler que je n’en comprends absolument pas le but. Oui, théodicée, mais plus le plan est alambiqué, plus le chemin est tordu.

Quelle réalité fantasque… Que sont ces êtres humains qui imaginent que les machines puissent atteindre la fameuse singularité qui leur échappe de plus en plus ? De la certitude que les pensées et la conscience naissent d’un mécanisme (encore !) biologique produit ce fantasme d’une nouvelle humanité de fer et d’électricité. Nous avons tellement été biberonnés à cette vision mécaniste de notre être que nous en venons à croire tout et n’importe quoi. Ce frère, ou cette soeur, siamois(e) qu’est l’extension technologique sans laquelle nos vies semblent à présent impossibles. Car le règne de Cronos, c’est avant celui de la semblance. S’en contenter, c’est vivre dans le rance de l’illusion, cette arrière goût un peu âcre qui vient dénoncer la vérité de ce que nous expérimentons quand on y cède.

J’espère que je t’aurais rassuré, toi qui t’inquiétais de mon silence. Je ne suis pas défait, je suis juste expectatif, je guette ce qui va surgir de cette étrange chrysalide qu’est devenue ma psyché paranoïaque mais toujours autant résolue à la liberté la plus intransigeante, la plus exigeante. Le mauvais choix c’est croire que tout s’arrête à cette matérialité, c’est s’inquiéter de la mort, c’est nier l’autre et son importance primordiale. Le joug de Cronos fait ainsi des êtres veules et vains qui ne veulent qu’en eux la résignation vainque. Pardon de finir ainsi ce billet mais comme l’a si bien chanté Cabrel, est-ce que ce monde est sérieux ?

Non.

L’insignifiance

Avec ma chère fille, je suis allé voir « L’homme qui rétrécit » de Jan Kounen avec dans le rôle titre le grand Dujardin. J’adore cet acteur depuis ses débuts, d’une part car il incarne une animalité qui me rappelle celle de mon défunt père et d’autre part car il a simplement un immense talent, qui peut irriter ou ravir, indéniable et admirable quoi qu’il en soit de votre avis sur la question. Oui, il y a un peu d’autoritarisme dans ce refus de la discussion sur le sujet du sieur Dujardin car personnellement j’estime que nous n’avons plus beaucoup de gueules à nous mettre sous la dent avec cette société du jeunisme sans aspérité. Jean Dujardin c’est une présence, un regard, une voix, une sensibilité, une générosité qui me poussent à lui dire, lui qui ne me lira jamais, « Monsieur je vous aime car il n’est pas possible de ne pas vous aimer ». Et il aura pesé dans la balance au moment d’aller voir ce film, car je dois avouer, bien que je sois un amateur de Richard Matheson, il y a un billet sur ce site écrit au moment de sa mort, je n’ai pas vu le précédent film américain ni lu le roman. Mais du coup j’ai envie de corriger ces méfaits car le film de Kounen est pour le coup un petit chef d’oeuvre immédiat, imprévisible, petit moment de respiration dans une atmosphère d’étouffement généralisé. L’insignifiance n’est donc pas le verdict de mon opinion, bien au contraire, c’est un coup de maître et vu l’unanimité des critiques sur la question je ne fais que me ranger tranquillement dans la cohorte positive qui a salué le film.

Quelle belle thématique, quel beau sujet que l’insignifiance… Dans nos sociétés de vanité, c’est un film qui l’air de rien, pointe nos travers et une terrible vérité, celle de l’éphémère, du dérisoire, de l’inutile. Nos sociétés fiévreusement matérialistes sont entrées en collision avec le sophisme de gouvernance qui use de la fiction pour nous spolier et nous voler au bénéfice d’une petite caste de super parasites. Nous vivons un moment terrible, celui de la prise de conscience, au moment où la douleur se fait trop vive pour être encore ignorée, encore déniée. L’auteur de ses lignes n’est pas trop concerné car ça fait déjà un paquet de temps que je tente, en vain, d’alerter mes congénères. Je dois avouer que ces derniers temps j’ai perdu un peu la fougue de la rébellion, fatigué d’entendre des poussifs passifs me tancer en me répondant « que je fais quoi moi dans mon salon ? ». Les mêmes qui se lamentent après de la charge fiscale, de la facture d’énergie, du vide politique, des files d’attentes aux urgences. Le pire, c’est qu’ayant, il y a peu, eu affaire avec les urgences, je n’ai pas constaté les dérives pourtant partout dénoncées. J’y ai trouvé beaucoup d’humanité, beaucoup de douceur et d’organisation. Ce qui m’a rappelé qu’il ne faut pas non plus sombrer dans la désespérance tragique… Derrière cette faillite organisée, il y a aussi la volonté de nous voir nous entre-déchirer et il faut résister à cette pulsion malicieusement encouragée. Oui, il y a des problèmes à régler, car cette même semaine j’ai eu affaire à des chauffards qui lançaient sur la voie publique des pétards, provoquant chez ma fille une réaction d’agressivité et de violence que j’ai tenté d’apaiser, non en l’encourageant dans la peur mais bien en lui montrant comment canaliser et organiser sa juste colère. Il y a de l’indignité à se comporter comme une bête, et c’est bien cela qui est attendu de nous. Ce qui me permet de rebondir filmographiquement sur le formidable « Seules les bêtes » que j’ai découvert tardivement cette année. Encore un film qui parle d’insignifiance, ou d’humanité, au choix, les mots pouvant être paradoxalement synonymes, selon ce que vous en faîtes.

Je dois avouer que j’ai un plaisir un brin coupable dans l’insignifiance. Car toujours se vouloir au centre du monde, tenir la position de nombril, est chose très fatigante. Il y a quelques années, quand j’ai découvert le premier volet de la saga Hunger Games j’ai détesté pour l’emprunt du thème que Battle Royal avait initié une bonne décennie auparavant. J’y voyais encore le pillage bien ricain d’une oeuvre nippone, à la manière de ce qui avait été fait avec le roi Léo, pardon de ne pas me fatiguer à retrouver le véritable nom de l’oeuvre du grand Osamu Tezuka. Mais maintenant, je trouve le film précurseur et fine métaphore de la réalité d’une centralisation pratiquée comme méthode de gouvernance pour une néo-féodalité qui ne dit jamais vraiment son nom. Il y a, dans Hunger games, cette même frivolité ridicule à s’abîmer dans des travers d’une élégance qui n’est que le fruit pourri d’une vanité friquée. J’avais trouvé le film excessif et caricatural, mais en 2025, je constate qu’on y est. Je ne peux plus regarder un plateau de TV de nos chaînes publiques sans y voir la même valse de petits marquis et autres duchesses au rabais qui s’ébattent dans un monde clos de convenances débiles tout en relayant une fiction limitant le réel à leur dernière réservation AirbnB. Bien laqués, bien sappés, bien embourgeoisés, bien engoncés dans une médiocrité morale et intellectuelle qui reste l’oeillère ultime pour vivre sa meilleure vie. Qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas d’envie dans mes propos, encore moins de jalousie. De manière très chrétienne, je plains ces gens là, car à mes yeux nos vies ici bas ne sont qu’une épreuve, un terrain de jeu, un test, un laboratoire, un athanor, pour révéler qui nous sommes vraiment.

Je souris en écrivant ces mots car c’est un de mes sujets existentiels obsessionnels que de déterminer, que d’identifier la réponse à cette grande question. Et plus je m’y contrains, plus je pousse la réflexion, et plus j’en arrive au titre de ce billet, l’insignifiance. Pas une insignifiance qui fâche ou qui frustre, une insignifiance qui rend sage et qui apaise. Nous sommes tous, toujours, tout le temps, dans cette éprouvante compétition que sont nos sociétés occidentales et par trop libérales, que nous perdons de vue l’essentiel, pourtant là, écrit et si bien écrit par le petit renard dans le Petit Prince de Saint Exupéry. Toujours, il faut résister à la tentation de haïr pour haïr, d’avoir peur pour avoir peur, de se trouver un bouc émissaire, une bonne raison, une grande excuse. L’insignifiance te protège de tout ça, car de cette vanité qui ne sera jamais qu’une immense, insondable source de déceptions, elle t’en immunise et t’en sauve. C’est ça que j’ai aimé dans le film de Kounen et dans la prestation de Dujardin. Peut-être parce que j’ai l’âge du héros, peut-être parce que j’ai combattu aussi mon araignée jusqu’à la regarder dans les huit yeux pour lui dire à la fin que tout ça n’a pas d’importance. Parce que le dérisoire n’a d’importance que celle que tu lui donnes. Qu’il y a tellement de faux choix, de questions fallacieuses, d’errances stériles. La vie ne se résume pas à être une pute ou un proxénète, voire les deux, selon ta position. La vie c’est se dire que le temps n’existe pas, que tout se joue, là et maintenant, tout le temps et jamais, que les véritables notes de la partition ne viennent que dans les moments de choix que nous colorons de notre intention. C’est peut être ça la réponse existentielle : l’intention. Il est possible de s’interroger constamment en se demandant ce qui est bien et ce qui est mal, la vérité se cache comme une fleur à naître dans l’intention de nos actions. Reconnaître le dérisoire, la fragilité de nos rêves et de nos désirs, la vanité de nos ambitions et de nos constructions, nous renvoie à cette fin qui nous attend tous, crainte ou non, attendue ou cauchemardesque.

Le plus grand crime de notre société, à l’heur(e) d’aujourd’hui, c’est de nous avoir mis en cage en nous ramenant à l’état de bêtes. J’ai écrit, très jeune, un poème que j’avais appelé « les paons » et que je devrais retrouver, à l’occasion, pour jauger à présent de ce qu’il était de mon moi d’alors. « Etre quelqu’un » c’est être dans la matérialité la plus basse et la plus dense. N’être personne, c’est juste être humain. Un grand monarque, un jour, a dit en désignant son peuple que tout se limitait « à ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». Les deux pourtant se confondent, les deux sont un même, révélation ironique de celui qui incarne pleinement ce paradoxe. Etre tout et rien à la fois, c’est ça l’expérience de l’humanité. Le problème étant de céder à l’illusion d’ignorer l’un ou l’autre pour se perdre dans une illusion tenace.

Un point de bascule

Quelques jours avant le second tour des législatives et dans les médias les projections et les Cassandre(s) se disputent toutes les théories et les analyses concernant la suite des événements.

J’ai écrit moult billets depuis quelques semaines qui pourrissent dans la section des brouillons de ce site. Dans l’un d’entre eux je me risquais à la métaphore en disant simplement que pour retrouver la santé tous les régimes possibles ne sont guère utiles lorsque vous vous trouvez dans un bolide dont vous n’avez pas le volant. Mais à vrai dire, je pense que le problème politique, démocratique, économique que nous traversons est, dans la configuration systémique qui est la notre, insoluble.

Ce matin, j’écoutais un fervent défenseur de la démocratie représentative… D’ordinaire, je suis davantage habitué à ceux qui la souhaiteraient davantage participative. Nous sommes dans un moment de tumulte pendant lequel chacun donne son opinion, sa vision des choses, sa solution, son remède, son expédient. Quoi qu’il se passe dimanche, nous serons dans la continuité d’une phase de révélation qui s’est entamée à l’issue des élections présidentielles en 2022. Il n’y a pas de mouvement révolutionnaire en marche, il n’y a, de gauche comme de droite, en exceptant de traiter chacun d’extrême, qu’une molle intention réformiste.

Quelle chose merveilleuse que la réforme. Allez, perdons quelques secondes précieuses à analyser le mot. Re-former, en résumé, donner une nouvelle forme à une chose qui nécessitait d’en changer. Ce qui m’amuse toujours avec la réforme, c’est qu’elle contient en elle, par un abus dogmatique, l’idée qu’elle est toujours un progrès. Sérieusement. Et dans notre système au sophisme triomphant, la réforme devient un levier puissant pour valider une idée sans vraiment faire la démonstration des arguments. C’est comme ça que depuis des années ont été détricotées de très belles choses pour d’excellentes raisons, en donnant les récoltes minables ou les pires conséquences, sans que jamais ne soit remis en cause l’abus de la réforme pour la réforme. De la malédiction de la conviction qui en politique fait qu’on puisse endetter un pays pour 30 générations en prétendant l’avoir messianiquement sauvé.

Quoi qu’il arrive, qu’il y ait un pourrissement ou des ajustements à la marge, rien ne va changer. Le signe qui détermine mon pessimisme ? La stabilité de la bourse qui après une période d’angoisse s’est vite rassérénée.

Certains veulent y croire, un peu comme si nous nous trouvions à la veille d’un grand matin. Vous êtes sommés de choisir votre camp. Mais plus que jamais, à mes yeux, il n’y a pas de salut dans ce que j’entends. Le piège de nos sociétés libérales, c’est que la solidarité, la volonté même de construire une société humaine fonctionnelle visant le bonheur collectif, arrive en queue de peloton derrière les intérêts personnels. Les intérêts de classe, les intérêts électoralistes, les intérêts à la bourse, en bref des agios comptables, très personnels.

Donc j’irais voter, marionnette de plus dans un théâtre bien organisé. Après, il sera intéressant de voir les postures et les impostures que vont révéler les votes, les projets de loi, les discussions. La politique française s’est totalement décrédibilisée depuis un demi-siècle, dans l’indifférence générale. Il reste à espérer que cette fois le peuple, cet entité très fictive, prenne conscience de l’énormité du propos démocratique. Il y en a encore, beaucoup trop, qui sont dans l’euphorie d’une apothéose civilisationnelle. Et tous ceux qui douteront seront classés impitoyablement dans une catégorie spécifique qui suffira à balayer tout moment de réflexion, voire de conscience. Il n’y a pas de bons et de méchants. Ils s’insultent tous entre eux, ils se traitent tous d’une manière ou d’une autre, en bref le débat n’est permis qu’avec les pratiquants d’une même chapelle ou ça tourne à l’ordalie. Dans cette manière de faire, il n’y a d’ailleurs plus d’élégance élémentaire ; taper à plusieurs est encouragé voire souhaité, car ça permet de satisfaire la foule romaine qui se presse au colisée médiatique. L’important c’est vaincre, la faim justifiant les moyens.

Que restera-t-il de toute cette incandescence ? Des cendres grises et froides ou des braises qui attendent de faire de grands brasiers ? Dans la chaleur d’un été qui commence, il y a fort à croire et à craindre que tout sombre, avant la rentrée qui promet d’être très tumultueuse, dans une mollesse de saison. Après, la Bastille est tombée en juillet, tout est possible, mais je crains encore qu’à autre époque, autres mœurs. Le point de bascule est encore loin, loin à l’horizon. Personne n’y est vraiment prêt, et je me demande même si la majorité le veut. Nostalgique des années où la France suivait les rails d’une autonomie qu’une élite humaniste avait voulu, certains voudraient revivre les mêmes heures en conservant les avantages de la libéralité. Penser pour tous ou penser pour soi, nous en sommes là, et entre les dialogues de sourds et les monologues enfiévrés, bien que je passe pas mal de temps à écouter attentivement les logorrhées diverses et variées, rien qui me fasse annoncer aujourd’hui qu’il est reviendu le temps des cerises (ou alors sur le nez du clown – celui qui fait peur, pas l’autre !).

Le chaos avant quoi ?

Terrible époque que nous vivons, un monde en changement, un monde en ébullition avec la sensation d’un écroulement que déguise de plus en plus difficilement un monde médiatique semblant déconnecté de la réalité. J’ai énormément de boulot donc je passe mon temps à gérer des micro problématiques mais hier ma fille me demandait pourquoi je n’écrirais pas un bouquin sur un des nombreux sujets qui me passionnent. Soit, je pourrais, je peux, mais c’est paradoxalement sur le sujet du langage que je souhaiterais m’appesantir. Nous sommes dans un processus manipulatoire tellement généralisé que ça ne cesse de me fasciner, tout en me révulsant, évidemment. Il faut dire que nous subissons des abus déclamatoires, incantatoires, qui à la fois dénoncent l’imposture et révèlent l’impunité. Tout a été organisé pour maximiser notre impuissance, grâce au moteur de notre adhésion tacite ou involontaire. Par exemple, l’invitation au dialogue qui n’est plus, depuis des décennies, qu’une méthode pratique pour désamorcer les potentielles crises. Nous sommes devenus, je parle de la France, un peuple bien éduqué, bien élevé, qui ne conçoit plus qu’agir en suivant des règles, fussent-elles ineptes et injustes. Cette propension à la soumission volontaire est pourtant un gage d’infamie pour ceux qui ont été élevés dans la gloire du passif révolutionnaire. Que restent-ils des gaulois réfractaires ? Ont-ils seulement exister ou ne sont-ils qu’une autre marotte symbolique qu’on nous récite pour nous faire rêver d’un passé magnifique au lieu de nous laisser grandir en nous faisant affronter la dure réalité du présent ?

J’ai toujours eu la mélancolie d’être un homme sans racines, pas que j’ignore les origines de mes parents et le parcours de mes ancêtres, mais je suis le fils d’un homme parfaitement adapté à cette société « liquide » que nous vend en permanence le monde libéral. Mon père était un homme brillant, capable et compétent, et il a bénéficié des avantages d’une ébauche de méritocratie qui a, un peu, existé durant les trente glorieuses, avant que nous vivions la phase actuelle qui consiste à reprendre ce qui avait été durement concédé. J’ai donc beaucoup bougé dans mon enfance, j’ai tenté de suivre un peu les traces du papa à l’âge adulte, mimétisme oblige et illusions inflige, avec toujours la sensation de n’avoir que la construction personnelle comme élaboration de mon identité. Il me revient une anecdote cocasse et cruelle qui démontre en la matière l’absence d’instinct paternel de mon auguste patriarche. J’avais, à la fin de l’adolescence, le réflexe d’indiquer que j’étais bourguignon quand on me demandait mes origines, d’où je venais… simplement parce que j’avais vécu quelques années à Mâcon, et que j’y avais été très heureux. J’avais aimé les paysages magnifiques du Macônnais, j’avais aimé les gens, notamment dans les villages, accueillants et généreux, j’avais envie de m’attacher, de me rattacher à cette partie du peuple que je sentais bienveillante et courageuse. Un jour, alors que mes parents reçoivent ceux de ma compagne d’alors, le père dit au mien que je suis donc bourguignon, ce qui est balayé par mon géniteur dans un rire à la fois plein de cynisme et de sarcasme. Cette dénégation m’aura beaucoup marqué, comme une sorte d’anathème qui m’envoyait la réalité en lieu et place du petit arrangement que je voulais faire avec les faits. J’étais définitivement condamné à n’être qu’un homme sans racines ni attaches, j’étais condamné à être ce nomade moderne qui fait du monde entier son refuge et son foyer. En bref, j’étais destiné à n’être qu’un individu de plus et à m’en faire à la fois la raison mais aussi la conviction.

Etre un simple individu vous oblige à deux choses principales, contraires et violentes. Vous ne pouvez être que celui que vous devenez et pas celui qui vient de quelque part. Il n’y a pas de passé, pas de mélancolie, il n’y a que la route qui se présente devant vous, à parcourir, jusqu’au bout. Enfin, vous obtenez la force morale de celui qui n’a rien à perdre que ce qu’il est vraiment. Ce qui entraîne la création d’un surmoi monstrueux qui vous dicte, jour après jour, sa longue liste d’obligations morales et intellectuelles qui vous imposent une manière d’être camouflant la réalité d’une survie. Je suis devenu l’homme que je voulais être, mais je constate que le monde qu’on me propose n’est qu’un vaste enfer à ciel ouvert. Je n’ai pas à m’en plaindre par rapport à mes congénères, liquide par décision parentale, je suis donc habitué à m’adapter et à survivre quelles que soient les épreuves, la fameuse résilience qu’on nous rabâche pour nous faire toujours plier davantage. Surtout, je me suis armé intellectuellement et culturellement pour affronter ce monde… j’y traîne souvent comme un carnassier dissimulant ses dents, car je sais que nous ne sommes plus en terrain neutre. La brutalité est partout, la violence légale comme sociale une triste réalité, il faut donc en permanence être prêt à rendre ce qu’on vous donne sans hésitation ni faiblesse.

Il y a deux jours, mes enfants m’ont fait une magnifique déclaration d’amour, qui m’a touché car je ne voulais pas, je n’escomptais pas, d’être père. Ils me témoignent la reconnaissance de leur avoir donné certaines armes pour s’adapter à la vie à venir, surtout ils peuvent juger à présent de la valeur des avertissements et des éclairages que j’ai tenté constamment de leur donner, au gré du temps et de leur croissance. J’ai appris il y a longtemps que l’art de la paternité consiste surtout à ne pas déformer un enfant avec son petit ego mais bien veiller à ce qu’il puisse grandir et évoluer en suivant sa propre route. Ce n’était pas évident de les encourager à devenir des citoyens tout en leur apprenant la défiance envers tout système qui vous contraint et vous oblige. Je sais combien il est difficile de vivre sans illusion, pourtant c’est la condition pour ne pas s’y perdre. Le monde d’aujourd’hui est un monde dont les chimères ne deviennent plus que de pâles silhouettes qui ne convainquent plus personne. C’est à la fois abominable et nécessaire. Nous arrivons dans une période de chaos qui débouchera sur un nouveau paradigme, qui ne sera d’ailleurs qu’un système aussi temporaire que terrible. Comme si l’humanité ne pouvait que toujours subir et endurer ce cycle entre désir de justice et écrasement par l’injustice. Douze mille ans que l’homme se rêve et s’invente pour toujours en arriver à ces déséquilibres flagrants, il y a tout de même la sensation, personnelle, d’une absurdité propre à la nature humaine, inéluctablement contaminée par sa tendance à la névrose décomplexée.

Même si je ne suis pas aussi vieux que ça, je sais que je suis davantage vers la fin qu’au début, et je sais qu’il y aura de nombreux combats à mener à l’avenir. Je me pose la question de les mener ou pas, en compagnie des générations futures qui vont payer durement tous ces mauvais choix, cet égotisme dégénéré qui détruit la nature et nous empoisonne tant le corps que l’esprit. Si je dois écrire, ce sera pour tenter d’éclairer ceux qui veulent être libres, car je crois toujours que tout est affaire de choix. Et à présent, tout est à faire ou à refaire, aussi. Etre sans racine m’a aussi inculqué ça : quand rien n’a de sens, à toi d’en créer, à toi d’en donner. Libéré des carcans des obligations de ceux qui ne songent qu’à accaparer à ton détriment, garde en tête que ce monde n’appartient à personne : nul n’a le droit de créer son bonheur en privant un autre du sien.

La règle morale simple que j’ai inculqué à mes enfants alors qu’ils étaient tout petits : tenter d’agir toujours avec bienveillance, en étant capable d’estimer la polarité de ses actions. Simplement, quand tu agis, si cela provoque de la souffrance chez autrui, c’est mal, quoi que tu te dises ou quoi que tu essaies de justifier. Il est plus que compliqué, naturellement, de toujours agir sans provoquer du tort… mais il convient d’en avoir la conscience et de ne pas en rejeter la responsabilité. Le chaos que nous vivons actuellement est la simple conséquence de la perdition morale qui caractérise un monde ultra-libérale qui déguise constamment les faits aux détriments des êtres. Il est important, plus que jamais, de revenir à une véritable justice sociale qui ne peut, par ailleurs, plus être imaginée ou voulue à la dimension d’une nation, mais bien à celle d’une planète. Plus que jamais, la France non en tant que petit pays cocardier mais bien en tant qu’idée d’un humanisme puissant a un rôle à jouer.

Non, pas cette France d’aujourd’hui, l’autre. Celle qu’il convient de ressusciter avant qu’elle ne soit plus qu’un rêve, une triste et décédée chimère.

De retour

Le souci quand on a plusieurs sites avec WordPress c’est qu’une mise à jour Php pour l’un d’entre eux peut engendrer maints déboires pour les autres. Ce fut le cas pour Arcticdreamer.fr qui a souffert de mon agenda très chargé. Ce matin, j’ai pris le temps de faire les choses, en attendant de les faire bien, c’est pour cela qu’il n’y a pas vraiment de mise en page, j’ai installé un thème rapido et hop, tournez manège !

Après, ce n’est pas comme si j’en avais à faire de ce site, c’est davantage une expérience personnelle que je poursuis car je suis un peu comme ça, j’ai du mal à détruire ce qui a pris du temps et de l’attention. Mais bon, quand je relis ce que j’écrivais il y a 11 ans et l’écart plus que gigantesque avec l’homme que je suis à présent, j’ai comme toujours l’impression qu’il n’y a aucun mal à effacer ce qui a été pour aller de l’avant, et au moins ne pas faire peser sur le présent les chimères/croyances/illusions d’hier. Au niveau sociologique c’est tout de même intéressant de me pencher sur le fantôme de ma personne passée, en cela les billets de ce site sont intéressants car le cliché d’une époque dont je serais le petit négatif. Qui sait, peut-être qu’arcticdreamer.fr évoluera vers autre chose à terme, j’ai toujours eu envie d’écrire une suite au roman de Shelley avec sa créature fascinante ?

De là me frappe une mise en abyme, avec l’idée de n’être que la créature d’un moi intérieur qui me manipulerait telle une marionnette ! Allez, j’arrête la déconnade, bonne journée 🙂 !