L’Odyssée de Nolan, Alone in a sea

Ceux qui me connaissent, peu à vrai dire, savent ma passion, le mot est très faible, pour la mythologie grecque. J’ai compris assez récemment que cette passion est d’ordre existentielle, karmique pour ainsi dire. C’est un monde que j’ai connu, c’est une pensée, une manière de pensée qui est revenue, qui s’est imposée tranquillement avec le temps, que j’ai d’abord laissée m’infuser avant de m’y plonger avec le dessein d’y aller des abysses aux abîmes. Etrangement, mon corps, même à mon âge de maturité, reste grec, et la nature, cette farceuse, m’a lotie d’un pied, le droit, parfaitement et clairement grec (ou alors mon pied fait un orteil d’honneur, au choix).

Avec le temps j’ai appris qui était ma déesse, ou mon ange gardien selon le nom qu’on veut donner à cet être supérieur dont nous ne sommes qu’une petite étincelle pétillante, j’ai compris certains choix, certaines inclinations, certaines positions, et si vous êtes un peu sagace en lisant ces lignes et que vous aussi votre mémoire vous démange, vous comprendrez de quoi je parle. Je continue de dire et de penser que les mots nous révèlent, la manière de dire, de parler, de signifier, nous montre comme nous sommes. Je suis un homme verbeux et complexe car il y a toujours eu en moi quelque chose qui me dépasse et me submerge, que j’ai toujours accueilli avec joie et reconnaissance, une énergie, une passion, une exaltation, une exultation que mon verbe clarifie et expose. En conclusion de cette petite incise facétieuse et truculente, comme à mon habitude, je préciserai que j’ai compris ou du moins j’admets la possibilité d’avoir été davantage phénicien que grec. Car il me reste à déchiffrer une énigme qui m’a été donné par des moyens occultes et dont le sens profond m’échappe encore. Une phrase aux consonnances orientales, presque arabisantes, qui ne correspond pas à un langage connu, ou du moins que j’ai pu reconnaître.

Donc, quand je vais voir l’Odyssée de Nolan, j’y vais avec ferveur et calme, enthousiaste à l’idée de voir les ombres d’un monde que je continue d’aimer et appréhendant les déformations, les défigurations notamment idéologiques que tout cinéma hollywoodien commet en permanence. Dans le domaine des arts, à chaque époque, à chaque société, la mythologie a servi de cosplay pathétique pour ne parler que de soi et surtout se mettre en scène ou mettre en scène des mythes pour célébrer les conventions d’un présent de jouissance matériel et bien éphémère. Petite pensée à la naissance de Vénus de Cabanel que vous pourrez découvrir dans le sublime musée d’Orsay, qui me fera toujours sourire avec sa nymphe alanguie sur sa vague en rouleau, comme on s’allonge sur un canapé, escortée par son petit aéropage d’angelots musiciens – s’il y a bien un boulot à faire, c’est sortir Aphrodite, la déesse sublime, de ce carcan niaiseux où l’on rangé une armée de libidineux limitant l’amour à un corps nu de femme

Et si on échappe pas, film ricain, film friqué, film à moyens, film pompier par excellence à la petite dimension tic et toc, bling bling, du genre, le constat ne peut être que laudateur. J’ai adoré le film, et pour tout dire la seule faute de goût, à mon sens, est la musique finale, celle du générique de fin, véritablement abominable (incompréhensible en soi – à se demander si un producteur n’a pas imposé ce délire). Enfin, tout est affaire de goût, je me devais d’indiquer la seule véritable dissonance que j’ai ressentie lors de mon expérience.

Je pourrais commettre une analyse alambiquée, précise et bavarde, mais en ce moment j’aime aller à l’essentiel. J’adore le personnage d’Ulysse/Odysseus pour tant de raisons qu’il me serait fastidieux de les énumérer. J’ai par ailleurs réalisé une peinture abstraite, la seule de mon existence, à l’âge de 23 ans, qui est l’illustration de l’Odyssée, ou du moins une de ses possibles illustrations dont je n’ai par ailleurs jamais vu la manifestation (mais dans le monde foisonnant des idées humaines, je me méfie de la prétention à l’exclusivité). Dans le cadre de mon travail actuel, j’ai créé il y a maintenant plus de 35 ans ma propre version d’Odysseus, que j’ai conservé plus ou moins dans les formes et le fond avec le temps.

Au moment de mon adolescence, quand je commence à lire et vraiment m’informer sur la mythologie grecque, je découvre à quel point Odysseus (on l’appellera comme ça car Ulysse est une latinisation et je déteste les « latins », ces vrais barbares voleurs et menteurs) est une fieffé salopard. Je venais d’Ulysse 31, avec son super Papa au sourire si doux (et sa voix magnifique, regretté Claude Giraud, un acteur dont je vous invite à redécouvrir la beauté magnétique dans la série des Rois Maudits) et donc subir violemment un retour de réalité, en découvrant les récits mythologiques originels, me fut très pénible alors (à présent vu que c’est mon quotidien, mon lot permanent, je suis maintenant plus qu’habitué). Comment ça, Ulysse, un salaud, un enfoiré de première ? Et les grecs l’adoraient, ils adulaient sa Métis, ce talent lui permettant de tromper, duper, trahir, mentir, pour toujours l’emporter ? Ce champion du Malin (et de la malice) serait la vérité de ce héros à la sagesse « athénienne » (ou athénéenne, au choix) ? Fort de cette vérité paradoxale, c’est toujours avec curiosité et un brin de défiance que j’aime à découvrir à quelle sauce mon cher Odysseus me sera servi, et pour le coup celle de Nolan, à défaut d’être irrévérencieuse, est d’une exquise saveur.

Le véritable protagoniste de l’Odyssée : le temps (oui j’ai osé un titre pour une fois – mais rien qu’une fois, faut pas déconner).

Enfin, la question du temps, celui qui a passé, celui qui a tout dévasté, blanchi, grisé, sali, meurtri, est posée et montrée. Oui, il y a 20 putains d’années entre le moment du départ pour Troie et le retour. 20 ans, ça fait des rides, ça fait du bide, ça fait de l’amertume amassée comme l’écume des vagues qui inlassablement caressent la plage inerte de l’esprit… Et j’ai adoré ce qu’en fait Nolan, non un constat de tristesse et de regrets, mais bien au contraire un moment de joie dans la chance qui est donné à deux êtres de vivre enfin un bonheur qu’ils ont toujours eu le talent de garder, de conserver, de protéger, alors que tout un monde les poussait à s’abandonner. D’ailleurs, la fin du film m’a évoqué une autre oeuvre/histoire que j’adore, celle du Comte de Monte Cristo. Notamment la vieille série de Denys de la Patelière, avec un Jacques Weber très jeune et émouvant d’une fragilité contenue – à l’évidence, la stature de son rôle l’ébranle parfois, ce qui rend sa prestation encore plus magnifique. A la toute fin du récit de Dumas, le Comte redevenu Dantès (le damné) constate avec dépit mais lucidité que son histoire avec Mercedès s’est achevée, pour cause de la trahison, même justifiable, qui a marqué leur histoire. Et chacun s’en va de son coté, même si la providence fait que l’homme soit accompagné d’une douce et jeune compagne (sacré Dumas !) dont il accepte avec une noble désinvolture la compagnie (sacré Edmond !). Dans le film de Nolan, pas de résignation, pas d’abandon, pas de regret, un couple qui se retrouve car l’amour n’a que faire du temps et des erreurs. Rien que pour ça, j’aime ce film car il dit tout de ce qu’est le véritable amour. L’Odyssée de Nolan célèbre l’amour véritable et ça fait du bien dans une société où les gens se consomment à présent bien plus qu’ils ne savent aimer.

L’attente et la loyauté, ces choses désuètes.

Oui, le film de Nolan parle de l’attente, mais aussi de la loyauté, celle du coeur, tellement loin de ce renoncement, de cette facilité, de cette petitesse auxquels ce monde court-termiste nous invite en permanence à préférer. Odysseus et Pénélope se gardent, se préfèrent, et c’est un sacrifice qui devient une torture, qui devient un supplice, et Nolan montre en permanence à quel point c’est un combat, empli de doutes, empli d’angoisse, l’incertitude toujours planant comme un rapace affamé au-dessus de deux êtres qui se sont reconnus et qui luttent pour ne jamais laissé personne s’immiscer dans leur bonheur d’un couple parfait car parfaitement dans l’idée de se rester l’un à l’autre. Et je n’écrirai pas ici pourquoi tout cela me parle et m’enivre, mais je sais parfaitement de quoi il en retourne.

Mon verdict car j’ai dit que j’écrirai pas des tonnes et je doute d’en être capable…

Alors oui, les toujours aussi chiants intégristes du texte, qui par ailleurs n’ont pas compris à quel point l’Odyssée est un récit alchimique, symbolique, ésotérique, stéganographique, vont se faire un plaisir à énumérer les différences, les abandons, les trahisons, les concessions, avec le récit initial. Pas d’Eole, mais le choix de Nolan que je trouve personnellement formidable, aura bien été de laisser le monde divin dans l’enclos d’un ailleurs dont la présence est ressentie, crainte, espérée ou niée, sans sombrer ni dans le mysticisme ostentatoire ni dans l’agnosticisme facile. Les dieux sont des forces, des forgeurs ou des influenceurs de destin, mais c’est bien l’idée de dynameis, que j’adore, qui est au coeur du récit. Ils ne sont pas ou plus des tourmenteurs cruels mais bien des puissances qui sont là pour faire de l’épreuve des preuve, laissant l’être humain faire un choix d’être ou de surêtre. Odysseus est ici celui qui suscite la curiosité divine, car comme le révèle Tirésias au moment très réussi de la catabase, Odysseus est celui qui a vraiment le choix, qui saura vraiment en comprendre la réalité et la tragédie. C’est d’ailleurs magnifique ce qu’en fait Nolan et ses scénaristes, soit le choix du mensonge, de la manipulation, non par dessein égoïste et fallacieux, mais bien dans l’idée de sauver cet autre qui fera nécessairement le mauvais choix si tu lui donnes. Le passage de Charybde et Scylla et son antoscopie (pour sa résolution inverse – c’est un néologisme*) avec le troupeau d’Hélios, démontre justement la tristesse, l’échec, l’impuissance, qui est le lot d’un Odysseus qui est incapable de sauver ceux qu’il aime et dont il se sent responsable. Car Nolan rend son héros sublime en montrant le choix d’une intelligence qui au fur et à mesure est mise au service d’une noblesse de coeur et réduite à néant devant la réalité implacable du libre-arbitre de tous ces autres qui ont le seul tort de n’être que simplement humains.

Et l’air de rien, Nolan donne corps à une idée qui fait partie des miennes, celle de la théodicée ; en bref, notre vie est déjà écrite, et souvent les choix ne sont que des routes dont nous voyons les possibilités, non pour les choisir mais pour en mesurer les différences par l’expérience (l’important n’est pas l’étape en soi, mais la manière dont elle est vécue, appréhendée, ce qu’elle génère et ce qu’elle provoque en soi). Dans le film de Nolan, j’ai retrouvé la même notion que j’ai développée dans ma propre version, soit montrer que l’échec, l’épreuve, le combat, révèle la personne dans sa grandeur et l’aide à se dépouiller, à accomplir une pèlerinage (perte des peaux) intérieur qui à la fin mène au soi véritable (le Roi). J’ai trouvé émouvant et brillant le choix du scénario d’inclure le lotus, cette fleur amnésiphore (ne cherchez pas, c’est un néologisme greco-centré), dans le processus qui suit le naufrage final. Même si je regrette que soit éludé l’épisode avec les lotophages qui renvoie à notre propre société, à toutes celles qui finissent par s’oublier pour éviter de se voir et surtout pour ne pas voir le mal où elle se complait (et là apparaît la lourdeur de la thématique dans une intrigue déjà complexe), j’ai trouvé l’abus du lotus vu comme une sorte de soutien thérapeutique très pertinent voire insolent (vu l’abus de substances anxiolytiques dans nos démocraties pourtant si heureuses et abouties).

Allez, je pourrais m’exalter encore longtemps, mais je dirais laconiquement que le passage du Cyclope, de Polyphème pour le nommer est génial, évoque la toile de Goya avec son Saturne, Cronos dévoreur d’enfant, renvoie à des oeuvres comme celle d’Odile Redon, mêlant l’horreur et le burlesque, le monstrueux et le pathétique avec un immense talent. Le miracle de rendre émouvant ce géant meurtri et solitaire, qui tamise le passage de son troupeau avec délicatesse alors que quelques minutes avant il dévorait avec malice mais non sans candeur des soldats achéens. Qui sont les monstres, qui mange qui, qui agresse l’autre, dans ce passage rien n’est clair et ce refus du manichéisme facile est encore un point fort de l’intrigue.

Le passage avec les Lestrygons est cocasse, l’occasion d’illustrer la dénonciation de la guerre et des armes qui est en filigrane dans le film. Ce ne sont plus des géants lanceurs de rochers mais bien les avatars hypertrophiés, le reflet monstrueux de la propre armée d’Odysseus qui de prédateurs deviennent proies. Toute situation géopolitique actuelle faisant écho à cette thématique étant bien entendu purement fortuite.

Circé, Kirké dans mon coeur où elle trônera toujours avec puissance, est dépeinte comme une vieille sorcière désabusée et misanthrope, moment de « body horror » pour reprendre l’anglicisme qui désigne le cinéma de Cronenberg qui en aura été le mécène infatigable. J’avoue que même si je trouve le passage très réussi, parfait en soi, ma propre vision de la puissante sorcière, elles ne sont pas pléthores dans le monde mythologique grec, me fait un peu tiquer. Je dois avouer que j’ai été très marqué par la version de Lob et Pichard, dont ma propre version est un hommage clair. Entre dénonce ton porc et le sort des parents dans le Voyage de Chihiro, Nolan démontre toute sa virtuosité dans la narration d’histoire par l’image, une scénographie pour le coup irréprochable. Mais j’ai aimé la petite touche celte de l’ensemble – la Circé de Nolan fait un clin d’oeil appuyé à l’Europe du nord, que certains pensent origine réelle de l’Iliade. Circé devient une sorte de Morgane perdue dans le temps, à la fois fragile et perfide, à la fois redoutable et pathétique.

La catabase est un très grand moment, dans un passage elliptique du meilleur effet, très symbolique, très onirique, avec toujours une mise en scène et un cadrage irréprochable. J’en aurais des choses à dire sur ce sujet qui me passionne, et mon seul regret repose sur l’absence d’Achille, mais je conçois parfaitement que le danger dans lequel Nolan n’est pas tombé reposait justement dans la fidélité au matériau, si riche, si prodigue, qu’il est impossible d’en faire un bon film sans sombrer dans le feuilleton qui aurait davantage sa place dans un format plus domestique (l’amour de Nolan pour les plateformes depuis Tenet est bien connu).

Charybde et Scylla, rien à dire, le tourbillon est effroyable tout en restant dans une sobriété très réaliste, et le monstre est également assez discret, mort venant à la fois du ciel et de la terre. Le passage est à mes yeux parfait, car il est pour le coup l’histoire d’un passage, soit le simple choix d’une route, la conclusion d’un dilemme. Comme je l’ai dit avant, il renvoie à une situation homologue qui est consécutive, soit le séjour sur la plage où paissent les vaches d’Hélios. Moment de déterminisme terrible, quand Odysseus cette fois donne le choix et voit le pire se réaliser. La conclusion de l’odyssée maritime s’achevant véritablement quand les vents contraires s’apaisent le temps d’encourager l’équipage à reprendre la mer pour mieux le noyer. Tout est écrit, tout sera réalisé, le film met brillamment en scène le fatalisme qui est prégnant dans des mythes où les Parques tissaient l’existence des mortels qui naissaient en ce monde troublé.

Rapidement, reconnaître la maestria narrative de Nolan qui est connu pour sa capacité à destructurer (depuis Memento que j’ai récemment conseillé à mes barbares de gosses), à éclater le fil narratif pour concentrer les moments d’attention sur une émotion ou une intention précise. Avec un grand talent, Nolan fait le choix de montrer les mécanismes de l’oubli, puis de la loyauté, en faisant de la mémoire, la mère du moi, une clé précieuse pour retrouver sa route, retrouver le bonheur. Et là, superbe Charlize Théron qui incarne avec sa majesté naturelle une Calypso touchante et noble, qui par amour finit par relâcher son étreinte sur celui dont elle devine que le moment de la guérison est venue. Le film parle beaucoup d’amour véritable, et au lieu de faire de Calypso l’ultime perverse narcissique du coin, Nolan montre comment par amour il est possible de quitter l’autre quand on sait que son coeur bat ailleurs. A l’heure où souvent l’amour se confond avec la possession, le geste est beau même si Nolan ne montre pas les adieux certainement terribles qui en découlent.

Alors oui, il manque Nausicaa, tout n’est pas fidèle au récit originel, mais la proposition de Nolan est si intègre, si parfaite dans son propos, ses personnages sont si bien campés par des acteurs formidables comme Eliott Page, ou John Leguizamo (et la prestation géniale de son comédien dans la vf, Bernard Gabay ! – bon dieu, un timbre et une prosodie pareille ça fait du bien !), la conclusion est si jouissive, que j’en suis sorti et je demeure enthousiaste.

Car le plus important, le plus beau dans ce film, c’est bien le discours politique qui bien qu’en filigrane dit l’essentiel. Comment ne pas voir dans la conclusion d’Odysseus qui comprend la morale très nietzschéenne de la prise de Troie, soit qu’ils sont devenus le mal qu’ils craignent tant, qu’ils sont devenu l’horreur qu’ils invoquent en permanence pour justifier leurs traditions et la structuration même de leur société. Comment ne pas voir qu’Odysseus parle de la nation qui actuellement ne créent que cheval de troie sur cheval de troie pour piller et dévaster les sociétés et les cultures, par la guerre, la loi ou le commerce ?

Et n’oublions pas que Troie, Ilion, c’est la porte de l’Orient, son saccage, son pillage, son invasion, renvoie à tout ce qui se passe actuellement. Je sais que peu de commentateurs oseront faire le parallèle, mais oui, le film de Nolan est éminément politique, à la manière d’un Dantes et de son Enfer, les choses sont finalement clairement dites, et cette prise de position fait honneur au cinéaste – mais les artistes et le peuple ricains ne doivent jamais être tenus responsables des actes de leurs anax, pour reprendre un terme de l’histoire que je réalise actuellement.

L’Odyssée est certainement, indéniablement, le meilleur film de Nolan. C’est même certainement et pour longtemps le meilleur film sur l’Odyssée. J’ai adoré, et donc j’ai fait acte d’hommage et de célébration comme il se doit. C’est aussi la démonstration d’un esprit d’un autre temps qui s’impose à moi et qui me lie autant au temps présent qu’à celui révolu qui me manque tant.

Je vous ai déjà dit que le temps n’existe pas ?

(*) j’avais utilisé dans un premier temps « antonyme », mais comme trop souvent, ça m’a beaucoup travaillé car je n’aime pas utilisé un mot en abusant de son sens profond. Je voulais signifier « un sens contraire », hors le « nyme » d’antonyme renvoie à ὄνομα qui signifie « nom » – et c’est bien la désignation de la chose, non son sens dont on parle ici. Donc ma phrase ne voulait rien dire, et j’ai cherché (dans mon petit lexique personnel) un mot pour signifier cette inversion du « sens » (direction) que je voulais signifier… je suis donc parti de anto/anti (inverse) et de skopos (σκοπός) qui signifie, la direction, la voie (c’est d’ailleurs pour ça qu’on le retrouve souvent dans le corpus médical qui l’utilise pour décrire le chemin par lequel le processus a souvent lieu). A la fin ça donne « antoscopie », c’est du bricolage helléniste à la petite semaine mais j’aimais pas « inverse », « reflété », « contraire », à la fois trop simples et réducteurs. L’idée c’est bien de dire qu’il y a deux situations similaires (un choix, pour le coup une route à prendre à partir d’un même point de départ) qui ici, par l’usage de la vérité ou du mensonge, vont donner des résolutions résolument opposées bien que tout aussi fatales. En mentant, Odysseus sauve un temps son équipage, mais en lui disant la vérité, il le condamne. L’antoscopie c’est donc bien l’inverse du sens, en terme de chemin et pas de signification.

Je sais j’aime bien me prendre la tête. Et je ne pense pas que l’académie valide mais l’effort reste tout de même louable.

Dan Simmons est mort.

J’ai finalement peu d’auteurs de chevet mais Dan Simmons, depuis ma découverte de l’Echiquier du Mal et d’Hypérion, en était un élu glorieux. Je suis en train de lire Nuits d’été, le plus King de ses ouvrages (Amérique profonde + forces du mal + enfants subissant des déterminismes sociaux) et c’est par le plus pur des hasards que j’ai découvert sa mort, en début d’année. Vu mon état d’esprit actuel (ça fait longtemps que je subis une sorte de canicule), c’est une information qui m’a frappé de plein fouet. Une poire pour la soif de moins, un petit bonheur de plus qui s’achève, jamais plus je ne profiterai de ces ouvrages délicieusement ciselés, de cette prose à la fois classique et inspirée, de cette inventivité un brin intellectualisée, juste ce qu’il faut, pour faire réfléchir et rêver à la fois.

Alors que je pense à une anecdote de lecture, me revient le personnage de Martin Silenus dans Hypérion, le poète satyre… Toute proportion gardée, le récit de sa jeunesse m’avait fait penser à la mienne, de l’écart entre la personnalité romantique et exaltée du jeune homme à celle plus ombrageuse et tempétueuse, mais tristement cynique, de l’homme dans sa maturité. J’avais adoré la séquence de la chute dans la décharge, et les effets salutaires sur celui qui allait devenir, pour le coup, un vrai poète et non plus un simple artefact d’un système tant de pensée que d’habitus. Je pense aussi à la manière dont Simmons interprète la communication entre Dieu et les hommes, comme s’il s’adaptait, au fil du temps et surtout de l’évolution humaine, à la capacité de comprendre et d’agir. Toujours, dans l’oeuvre de Simmons, il y a une invitation à sortir de la boîte, de faire vaquer le troupeau de son imaginaire dans des prés verts et inconnus, une saine stimulation de l’enargeia qui enrichit autant qu’elle divertit.

Je songe à L’échiquier du Mal, roman de son temps, en ligne droite avec les histoires de pouvoirs psychiques qui étaient en vogue alors (et dont le genre a complètement et tristement disparu – pourtant nous y sommes dans ces modes de domination par la pensée, avec le sujet brûlant des ondes nG que je vous laisse découvrir). Je pense à Drood, que j’ai lu entre 2011 et 2012, au moment de ma VAE, un roman génial et magnifique, dont j’avais trouvé un exemplaire luxueux dans une librairie d’occasions. J’avais adoré Ilium & Olympus, avec le duel final entre Zeus et Achille, cette manière de réinterpréter la mythologie grecque, l’une de mes plus grandes et intenses passions, dans un contexte science-fictionnel… J’ai toujours pris du plaisir à lire ses ouvrages, avec une petite mais tendre pensée pour Endymion dont paradoxalement ne me reste pas de souvenirs précis si ce n’est, outre la réminiscence d’une chouette balade, cette idée, maintenant à la mode, que la téléportation, fantasme né pour beaucoup de Star Trek, ne transporte pas vraiment mais te désintègre (en te tuant) pour te « recréer » ailleurs (de la question fantôme de ce qu’il advient de l’âme et surtout de la continuité de l’être).

Je n’ai pas peur de la mort, j’estime que ceux qui meurent sont libérés de toute cette folie qu’on appelle la vie, de cette vaste illusion, et c’est pour ça que je considère les cérémonies funèbres non comme des hommages mais souvent comme des moyens thérapeutiques pour faire le travail de deuil, soit la commuation de la peine qui nait de l’absence et du manque. Je ne suis pas doué pour le deuil, j’ai été configuré pour ne rien oublier et surtout pas mes morts. Les aimer vraiment, pour moi, ce n’est pas limiter leur souvenir aux bénéfices immédiats que me procurait leur présence physique. Beaucoup aiment à déclarer, non sans une certaine vanité, qu’ils créent des palais mentaux afin de déambuler dans les vastes corridors de leur génial intellect. J’ai fait la même chose, en bien plus humble, avec mes morts, que je visite souvent. Un souvenir par ci, une scène du passé par là, et surtout la chance d’avoir une mémoire auditive exceptionnelle qui me permet d’entendre encore leur voix même si je dois admettre qu’avec le temps je doive parfois faire un effort pour y parvenir.

Je n’ai jamais entendu la voix, le timbre, de Dan Simmons, je n’ai perçu que la beauté de son esprit créatif et de sa grande humanité dans ses ouvrages admirables qui sont indéniablement des petits chef-d’oeuvres de chaque genre auquel il s’est confronté. Pour montrer que je ne suis pas un adorateur frénétique, je citerai son ouvrage, le chant de Kali, qui m’avait moins convaincu, mais je viens de découvrir suite à une recherche qu’il s’agit d’un de ses premiers ouvrages. C’est avec passion et intérêt que je prendrais le temps, si je l’avais, d’explorer l’évolution de cet esprit remarquable qui transparaît au fil de ses oeuvres… Tant de choses à faire, encore, comme si je devais m’épuiser constamment pour satisfaire la bête qui se nourrit inlassablement de moi. Allez, j’arrête la pleurniche, j’estime que jouir de cette combativité et cette créativité débordante est une grâce en soi, et comme le répète un des personnages principaux d’une des mes fictions, « il y a toujours un prix à payer ».

Adieu Dan Simmons, tu restes un de mes ricains préférés, ce peuple frère qui annonce ce que nous allons devenir, ce que nous sommes déjà devenus, des esclaves alimentés en permanence dans une vanité coupable et réduits à l’impuissance par l’abus de fictions, tant dans notre désir de divertissement (voire de jouissance) tant dans nos têtes incapables d’organiser la moindre pensée complexe. Tu es comme King, Matheson, Herbert, de fabuleux narrateurs, qui tous témoignent d’une humanité fragile et perfectible. Il est à prévoir que dans quelques décennies, tu seras considéré comme un Asimov, une fois que les psitacistes auront fini de nous faire ch… avec leur foutue loi de la robotique qui est en soi une bonne idée mais pas une vérité, ni un fait effectif… mais des sociétés légalistes, certaines idées, même de fiction, sont utiles pour nous gaver jusqu’à l’écoeurement. Y en a pas beaucoup qui comprennent que le robot est l’archétype de l’esclave, Asimov posant la question liminaire de démontrer l’injustice de faire d’un autre, considéré intrinsèquement comme inférieur, un serviteur émasculé et impuissant. Toute métaphore de l’ingénierie sociale actuelle étant malvenue.

Au moment de l’avènement de l’IA, il est intéressant de relire Hypérion, et je suis surpris de n’avoir pas vu fleurir les hommages pour rendre grâce à la préscience de Dan Simmons… Il faudrait que je revienne sur ce sujet, car le phénomène créé de toute pièce par un système générateur de fiction anxiogène est en soi révélateur des tares, de la dégénérescence de nos sociétés de plus en plus sophistiquées et tragiquement artificielles.

De l’art du teasing ;-p !

Claudia Cardinal et le Cheyenne

Bon… Je finis ce jour une grande étape dans mon travail, je m’arrête un instant avant de m’y remettre, et paf, je prends dans la ganache la mort de Claudia Cardinale…

J’ai un film favori, un film qui l’air de rien parle de moi, de qui je suis vraiment. Un film que j’ai vu, estimation à la louche, une quinzaine de fois… pour tout avouer, je l’ai revu il y a 3 semaines quand j’ai essayé de le faire découvrir à mon fils. Ce film, c’est « Il était une fois dans l’Ouest » de Sergio Leone, avec notamment Claudia Cardinale dans le rôle de Jill.

Je ne dirais pas pourquoi ce film est mon film, pourquoi il le reste depuis tout ce temps, sachant que je l’ai vu la première fois à l’âge de 13 ans, en étant un peu déçu par ailleurs… Déception coutumière quand, à force de te vanter quelque chose, ton attente ne peut qu’être déjouée par ce que tu découvres. De l’importance de ne pas nourrir d’attentes et de réaliser ses propres rêves ou ses propres désirs.

Mais à chaque fois que je revois le film, la première fois que le magnifique visage de Claudia Cardinale apparaît à l’écran, je suis toujours subjugué. Je suis un homme très étrange concernant les femmes car je les respecte profondément. Un respect qui les aura souvent beaucoup déçues, mais je suis un fils à maman, et maman était une femme hors du commun. Alors, sans rechercher ma mère chez les femmes qui ont partagé de près ou de loin ma vie, j’ai toujours ressenti un ineffable bonheur en présence de ce féminin sacré qu’incarnait si parfaitement ma maman. Un féminin sacré qui porte bien son nom et qui aura toujours suscité mon respect, une certaine distance, une attente aussi, peut-être, pour le coup. Je suis un homme de désir, je suis un homme à la masculinité très prononcée et paradoxalement très féminin par une sensibilité et une générosité qui auront souvent été des obstacles mais aussi une saine limite. C’est pour cette raison que je suis un homme loyal, c’est aussi pour ça que je n’aime jamais qu’une personne à la fois et qu’il n’est pas possible d’intégrer la tromperie dans mon mode de vie. Comme je l’ai répété à tant de femmes qui ont eu la volonté de me materner, j’ai déjà eu une mère et je n’ai jamais eu besoin d’une autre. Je rajoute souvent que c’est parce qu’elle était parfaite et qu’elle m’a donné tout ce qu’elle avait à me donner. Je souhaite à tout homme, et même à toute femme, d’être aimé ainsi par un parent car il peut ensuite vivre sa vie en ayant la capacité à donner, à son tour, ce qu’il a tant reçu. La conséquence étant qu’aimer sa mère, respecter la femme qu’elle était, t’oblige ensuite à respecter toutes celles que tu croises en ne la réduisant jamais à un obscur et parfois obsédant objet du désir.

Il était une fois dans l’Ouest, contrairement à un film comme The substance, est un film dont l’un des discours est foncièrement féministe. Il montre une femme qui se révèle être une prostituée qui se révèle un sacré bout de femme (comme le dit l’Harmonica en évoquant les propos admiratifs de Cheyenne) qui se révèle l’espoir dans un nouveau monde où les hommes rustres du passé n’ont plus leur place. Jill a survécu dans un monde d’hommes qui l’ont profanée, cherche la liberté, lutte contre son destin et la fatalité, en conservant malgré tout, avec un peu d’eau chaude et du savon, sa dignité. Finalement, deux de ces hommes vont l’aider et lui permettre de réaliser son rêve. Deux hommes vont vraiment l’aimer sans rien demander en retour, parce que c’est bien. Parce que c’est juste.

Je tombe ce jour sur une interview de Bruno Solo qui évoque, répondant à la question sur un souvenir cinématographique dont il aurait éprouvé l’érotisme intense, le moment durant lequel Jill et Cheyenne se retrouvent lorsqu’il vient visiter celle qu’il a prétendument rendue veuve. C’est déconcertant… J’aime bien Bruno Solo, mais il dit n’importe quoi. Intéressant comme la mémoire nous joue des tours et lui n’a pas dû voir le film une quinzaine de fois, alors on dira que c’est pas grave. Non, elle n’embrasse pas le Cheyenne, Jason Robards, à la fin de la scène. Et non, elle n’a pas les épaules nues et le poitrail excité dans cette scène (c’est l’Harmonica qui brutalement met fin à son désir de partir de la maison en transformant sa robe de veuve en robe d’été – il la « soumet » pour mieux la sauver des pistolero qui lui veulent du mal – l’Harmonica n’est pas doué pour la communication verbale et préfère la mise en scène !). C’est un peu gênant de voir des détails comme le désir de Jill évoqué par Solo, car justement, il n’y a jamais de désir chez Jill (même si oui, Jason Robards est très beau). Oui, Cheyenne est troublée par Jill, Franck/Fonda la viole, et l’Harmonica/Bronson campe jusqu’au bout dans sa masculinité monolothique. Tous les hommes dans le film témoignent de l’intérêt pour elle. Mais elle, à aucun moment du film, ne montre le début d’une excitation. Décrite comme une travailleuse du sexe qui suscite la nostalgie de ses anciens clients, à la toute fin du film elle témoigne de la naissance d’un sentiment amoureux par la puissance du regard de Claudia Cardinale. Sergio Leone respecte Jill, c’est elle l’héroïne, le personnage principal. Dans ce monde d’hommes, qui s’entretuent, qui s’exploitent, qui se méprisent, s’aiment, ce haissent, c’est elle qui est la source de vie et de bonheur. Bien sûr, c’est Leone, un homme conscient de la vulgarité de l’hypocrisie bourgeoise, donc il se devait, comme il le fera encore plus violemment dans « Il était une fois en Amérique » (et qui me rend difficile son visionnage), de montrer comment les hommes peuvent souiller cette beauté par pur égoïsme, par vulgaire bestialité. Mais il ne faut pas s’y tromper… la Femme est belle, par nature, là où l’Homme est force. Le regret étant que nous sommes dans le règne des brutes et que les femmes, malgré les « progrès » de pure apparence, ont encore de nos jours de bonnes raisons de ne pas se sentir, de ne pas se savoir, en sécurité. Leone le savait, voulait le dénoncer. Le viol de Jill par Franck est faussement doucereux, faussement érotique. C’est un moment de perversité où une femme cherche à survivre. Et Leone de montrer à la fin du film que sa dignité est intacte. Même si elle sera toujours un objet de désir, nous sommes tous des pauvres types, certains déguisant leur désespoir sous un humour douteux. Tel Cheyenne qui agonise en silence, dans un sourire.

Non, monsieur Solo, à la fin elle m’embrasse pas, pleine de désir, Jason Robards. Je pourrais écrire des pages sur ce que m’inspire le magnifique personnage de Cheyenne. Cet homme qui malgré une blessure fatale, vient passer ses derniers moments avec cette femme qu’il respecte et dont il ne sera jamais vraiment aimé. Qui prend le temps de se raser, se faisant les honneurs qu’un croque-mort n’aura pas loisir de faire. Qui s’en va en souriant sans lui dire ce qu’il ressent vraiment, après une ultime blague de mauvais goût, comme une ultime boutade, pour s’en aller mourir tout seul, là-bas, dans la poussière. Et elle, superbe, sublime, lumière tenace, à la fin, dans ce désert voué à changer pour le meilleur comme pour le pire… notre monde moderne.

A la fin du film, je suis comme le Cheyenne, je suis un peu amoureux mais je sais que je n’ai aucune chance. C’est un film, et je suis là, dans mon canapé, à contempler, un peu béas, cette femme grandiose, à admirer ce visage à la beauté farouche, presque aristocratique. Me vient le tableau de Delacroix, l’orpheline au cimetière. Oui, c’est ça. Une beauté sauvage, indomptable, sans vernis ni artifices, saisie sur le vif.

Les années ont passé, et Claudia Cardinale s’est éteinte à l’âge respectable de 87 ans. J’ai vu quelques photos d’elle, assez récentes, et l’usure avait fait son oeuvre. Pourtant, toujours aussi belle, à jamais aussi belle, car chose géniale que nous procurent les œuvres culturelles, elle sera à tout jamais Jill McBaine. Elle sera toujours ce magnifique visage, ces yeux animés par un beau feu noir, ce port de tête qui révèle une rectitude de l’âme et l’instinct de dignité. Elle sera toujours pour moi l’incarnation, dans une pure fiction, de la femme au combien respectable. Au combien désirable et donc au combien inaccessible… sauf si vous en êtes, heureux homme, l’élu.

Le pire, c’est que je me suis dit, il y a trois semaines, qu’ils étaient tous morts, des acteurs aux comédiens de doublage (j’adore la VF !!!), mais qu’il nous restait Claudia Cardinale.

C’est qui, déjà, qui chantait le temps est assassin ? Ah, oui, Renaud. Un autre Mister Renard ne peut chanter que des choses bien !

Adieu Claudia, merci pour tout, merci pour Jill, ça peut sembler dérisoire mais c’est pour un peu de ce dérisoire que ça vaut encore la peine de vivre. De voir et revoir « Il était une fois dans l’Ouest » et te retrouver pour ce qu’il me reste d’éternité.

Une fin en queue de poisson

Etant donné que je passe mon temps à ressasser le passé sur ce blog et m’interrogeant sur la thématique du jour (de pont donc je me suis dit que j’avais le droit d’écrire un peu des conneries), m’est venu à l’esprit ce souvenir qui quelque part témoigne d’une époque et surtout d’une vision du monde. Hyperactif non déclaré (ou non dénoncé, au choix), mes parents avaient leurs tactiques pour me gérer tranquillement. L’une d’entre elles consistait à me laisser regarder la télévision le soir en leur compagnie, me permettant ainsi d’avoir une certaine culture filmique en matière de production cinématographique des trois dernières décades du siècle dernier. Et s’il y avait bien une chose qui irritait mes parents, qui les faisaient condamner l’oeuvre fraîchement visionnée à la peine capitale du scepticisme poli, c’était quand ça se finissait « en queue de poisson ». En bref, ça voulait dire qu’il n’y avait pas vraiment de fin, pas vraiment de conclusion, les choses n’étaient pas résolues, rien n’était accompli, ils ne vécurent pas « forcément » heureux et n’eurent peut-être pas beaucoup d’enfants (en avoir alors était une très bonne chose).

Dans le cahier des charges des attentes culturelles de mes progéniteurs, il fallait que les choses soient fermes et réifiées. Impossible d’aller au dodo en devant imaginer une potentielle suite. De là, peut-être, la révélation qu’une production artistique ait finalement, liminalement, un rôle social, celui de rassurer et d’alimenter une vision du monde (où tout finit bien), celui d’illustrer la confirmation des idéologies fragiles qui sculptent nos sociétés et inspirent nos mœurs. Ou cette volonté tacite de s’en remettre au narrateur pour faire tout le boulot en nous imposant, avec notre entière complaisance, une fin qui nous rassure et nous émeuve tandis qu’en tant que spectateur complaisant nous nous abandonnons à la sublime catharsis. De là, ce matin, quand je cherche un titre en ayant en tête la fin de l’ère des Poissons, le bordel ambiant avec son parfum eschatologique, et toutes les impasses politiques et sociétales de nos sociétés très démocratiquement roublardes.

Si vous êtes quelque peu intéressé par les choses astrologiques, vous avez dû un jour entendre que nous sommes dans l’ère des Poissons (surtout début avril). Personnellement, très récemment, j’ai appris que j’avais en sus de mon natal et de mon ascendant, un signe lunaire. Un choc, une révélation, car Taureau ascendant Lion, j’avais là tout ce qui pouvait traduire à la fois ma nature tranquille et mon caractère fougueux (entre les cornes de l’un et les crocs de l’autre comme le disait un horoscope très inspiré). Mais, mais, stupéfaction et révélation, je suis Poissons (au pluriel) en signe lunaire. Et paf, la sensibilité, l’émotivité, la fragilité, pour me dire qu’il y a donc une petite midinette en moi qui susurrent aux deux bourrins qui se disputent le trône, des choses qui altèrent conséquemment l’expression de leur virilité grandiose (cornes comme crocs, c’est voué à s’enfoncer quelque part, en fin des fins, comme tout ce qui est vertical – nous parlons symbolisme, hein ?).

Pour aller plus loin, tu prends les éléments, la terre pour le Taureau, le feu pour le Lion, et donc l’eau pour les Poissons. Pas d’air pour dynamiser tout ça, c’est dense, au mieux ça cuit, ça se durcit, ça fait de la poterie. Et des R pourtant, je n’en manque pas dans ma dénomination légale et personnelle, comme si la confrontation avec le système qui nous abrite devait apporter sa petite étincelle dynamisante. Vous l’avez compris, j’adore tout ce qui touche au symbolisme, à l’analyse des symboles, et à force de mixer, au fil du temps, l’ensemble de mes connaissances, ça me permet parfois de déceler des occurrences ou des points de convergences qui ne cesseront jamais de me fasciner. Je pense notamment à Michel Deseille, historien prolixe sur la question ésotérique, toujours pertinent et fertile en anecdotes et connaissances d’initié, à écouter notamment quand il évoque son interprétation de l’Apocalypse de Saint Jean.

Il y a peu, car je travaille constamment sur la chose sémiologique, j’ai appris une nouvelle signification du mot « symbole », en lisant ou en regardant une vidéo, car à force de brasser de la donnée je dois avouer que je ne sais plus, comme un médium effaré, à quelle source me vouer. J’ai donc appris que le « symbole » était un objet, aux temps anciens et achéens, qui était divisé en deux et qui permettait à deux individus, en unifiant le tout, de se reconnaître. Le symbole est donc essentiellement une chose qui s’unit et qui réunit, ce que son antagoniste signifiait quelque part, le diabole, sans m’en donner vraiment la clé de compréhension. J’ai donc passé un peu de temps à me cultiver et j’ai par ailleurs découvert un article très instructif sur le site de l’académie française que je vous inviterai à consulter plutôt qu’à avoir à récupérer la sainte manne culturel en m’en faisant l’indigne propriétaire (https://www.academie-francaise.fr/le-discobole-la-diabole-et-le-symbole-la-parabole). Mais j’ai tiqué sur le sens du préfixe « dia » qui signifie, en bref, la division… il n’y a qu’un petit pas pour que mon esprit anarchiste retrouve dans le mot « dieu » quelque chose de chagrin. Dieu ou diable, ça me rappelle la belle affiche française du film Wolfen que j’ai eu longtemps sur mon mur adolescent (et qui m’a par ailleurs beaucoup inspiré, jusqu’à en avoir fait un gimmick graphique).

En ce moment, c’est l’effervescence avec l’idée de la fin de l’âge de fer pour les adeptes d’Hésiode, la fin du Kali Yuga pour ceux qui sont davantage dans la vibe hindou, ou les aficionados de l’apocalypse et son cortège de symboles qui personnellement me fascinent et me découragent. Je le sais, j’ai essayé de la relire, butant encore sur le coté trop religieux du bidule. De là, une réflexion : ce texte est-il le propos initial ou a-t-il encore été alimenté et modifié par tous ceux qui s’en sont fait les messagers, les intercesseurs et les traducteurs ? Il y a beaucoup de choses troublantes dans ce texte, la force des symboles étant comme le sont les mots, dans la polysémie induite. Je me documente beaucoup, en ce moment, sur la chose ésotérique, la politique m’écœurant par cette médiocrité, que dis-je, cette farce indigne qu’elle est devenue. Ce que j’ai écrit ici depuis quelques années sévit de pire en pire, et je n’ai aucun intérêt à dénoncer l’hypocrisie et la décadence ambiante. De là, l’intérêt du retour à l’Ethos qui était ma conclusion il y a quelques mois de cela. Et ben je vous le donne en mille, l’ère du Verseau (après le recto et son flot d’orthonormés dégénérés) c’est carrément ça.

Non, je ne suis pas dans une vibe new age, avec ses enfants indigos, ses auras de toutes les couleurs, et je ne brûle pas d’encens ni de sauge en m’intoxiquant au passage de fumée me projetant dans des transes révélatrices. Je brasse de la donnée, j’essaie d’en trouver des nouvelles, et force est de constater que ce faisant je ne fais que plonger davantage dans l’océan profond et insondable du sens. Il y a peu, j’étais par ailleurs, pour raisons professionnelles et artistiques, sur un site qui expliquait l’origine et la symbolique de l’alphabet grec. Passionnante excursion qui m’a encore davantage instruit sur l’archéologie nécessaire que nous devrions tous mener pour comprendre à quel point le langage, notamment notre magnifique langue française, nous asservit, nous conditionne, tout en nous fournissant avec malice les armes pour nous émanciper et nous élever. Je parlais de la lettre R tout à l’heure, en usant un peu de la fameuse langue des oiseaux, facétieuse méthode qui aura toujours le mérite de pousser le curieux à s’appesantir un instant sur la structure d’un mot. La lettre R vient de la lettre grecque Rho, qui à la forme d’un P, et pour la faire très courte, qui part de la base à la verticale, pour revenir une fois au sommet en son intérieur. Ce qui va devenir le R finit la course en revenant par une diagonale vers la base. Personnellement, je rajouterai qu’il y a donc un sens, gauche-droite, de cette énergie symbolique. Le R n’est donc pas une énergie qui n’alimente pas seulement l’intériorité (créativité) mais la repousse vers la terre, la base, le système, le monde pour la fertiliser, pour y ensemencer la petite graine du sens. L’air étant l’élément de l’intellect, tout me va, tout me parle.

Tout serait donc parfait, je ne manque pas d’R, si vous venez parfois ici pour le savez déjà, mais une fois l’euphorie de la jouissance intellectuelle que tout bon élève en mathématique aura plaisir à reproduire en résolvant un quelconque problème, force est de constater que le monde pour autant part toujours autant en couilles. Enfin, en ce moment, entre l’empoisonnement massif du vivant (les eaux amères de l’Apocalypse, donc), l’absurdité de l’artificialisation intégrale et névrotique de l’économie (quand l’argent devient une fin en dévoyant le réel), et la tentative de retour à la féodalisation la plus implacable (la France étant la dernière place forte, très violemment assiégée comme vous vous en rendez, je l’espère, un peu compte), ça se passe pas très bien. Mais bon, c’est l’ère du Verseau, et pour la faire une fois encore courte, le retour à l’authenticité. A l’Ethos (l’éthos étant, dans mon idée, l’expression d’une vérité personnelle souhaitant le bien en dénonçant l’idée qu’il faille une autorité pour s’y obliger – mais si, c’est simple !). J’ai peut-être raison, finalement, de penser qu’il ne faut plus attendre de révolution sociétale qui ne fait que maquiller l’ancien monde en revenant toujours à une triste logique despotique. Le changement doit s’effectuer de manière individuelle, au niveau de l’ego et de la conscience. J’allais parler de l’omphalos en pensant au nombril car pour faire dans la métaphore triviale, sortir enfin du nombril pour découvrir les autres et la réalité du vaste monde.

Cependant, une petite voix en moi me dit que ça risque de prendre pas mal de temps encore, surtout quand un simple match de football suffit à mettre dans les rues tout ce que devraient provoquer les scandales que nous subissons depuis des années. Après je n’ai rien contre la liesse sportive… juste que le même niveau d’engagement émotionnel serait souhaitable dans le fonctionnement de nos sociétés prétendument ultimes (la démocratie en tête). En réalité, un match de foot provoque un phénomène démocratique, là où des élections, dans un système ploutocratique, en est la caricature. Et ça me rend triste, parfois. Nous sommes traités comme des enfants turbulents, un peu neuneus, qu’on excite et qu’on exploite en jouant constamment sur la corde émotionnelle.

La fin en queue de poissons de l’ère des Poissons, c’est un peu ça. Tout va mal, mais y a pas vraiment de climax. Comme une impression de révolution lente, lente, lente… Une fin qui n’a pas de fin, une conclusion qui s’étire en nous laissant sur notre faim. La fin des temps ou le temps de la Fin, c’est pas du genre très pressé. C’est encore là que des phénomènes comme la révolution bourgeoise de 1789 nous ont malicieusement conditionnés. Dans cette idée d’une turbulence dynamisant et accélérant les choses, nous en sommes réduits à attendre un brasier qui n’arrivera peut-être jamais. Ce matin, je matais une vidéo de Vidgita, très intéressante chaîne sur Youtube, qui proposait une fiction très réussie qui voyait un astéroïde nous réduire à néant, tandis que plusieurs millénaires plus tard des archéologues mettaient à jour les cultes des dieux SNCF et EDF. C’était bien vu, marrant, avec un petit clin d’œil à ces cultures sans voyelles dont nous tentons encore de percer la clé pour comprendre les noms « secrets ». Mais il faudrait aussi proposer le scénario inverse : et si ça prenait des siècles pour que l’être humain change et comprenne la folie des systèmes qu’il crée ? Et si le temps long était vraiment long ? Et si l’on avait pour prison une terre dont le seul horizon est un désert ? Un désert ? La peine maximum comme le chantait si bien Pablo Villafranca ?

Petite lueur d’espoir : l’ère des Poissons, c’est vraiment la base, le pire. Donc le meilleur reste à venir. Le souci étant que nous ne le verrons peut-être pas, sauf si au hasard d’une ou plusieurs réincarnations nous sommes invités à refaire une partie ou deux. Et si la France survit à tout ça, pourvu que le personnel politique soit moins con que celui qui tout en nous offrant avec une générosité sublime les moyens de mourir en nous privant des moyens de nous soigner, qui valide et camoufle toutes les entreprises d’empoisonnement et de corruptions en nous faisant consciencieusement les poches. De ce vide, de cette fatuité organisée, de cette décadence absolue, pourvu qu’il ne reste que la volonté profonde de ne plus retomber aussi bas… même si cycle aidant, il y aura encore, un jour, une autre ère des Poissons (mais un peu moins nulle, spirale aidant – allez voir Michel Deseille pour comprendre le truc).

Et bon dimanche quand même.

Bon voyage Eric Legrand

Triste jour que celui où j’apprends, presque par hasard, la mort du comédien Eric Legrand. Alors la majorité des messages d’adieu de ses très nombreux aficionados a salué sa prestation en tant que doubleur de Végéta, le personnage de Dragon Ball Z, mais ce serait ignorer le véritable talent de ce comédien dont le timbre et le phrasé étaient tout simplement une forme de sublimation de la langue française.

Eric Legrand, c’était une voix de velours, une voix sublime, une musique noble et belle, pouvant rivaliser d’outrance comme de finesse. C’était pour moi une des plus belles voix du doublage, et j’ai l’immense regret de n’avoir pas pu assister à une prestation du comédien en dehors de cet art véritable, enfin reconnu, qu’est le doublage, bien que je l’ai identifié, très jeune, alors que j’avais 15 ou 16 ans dans un film avec Jugnot et Auteuil, alors qu’il jouait un employé de banque pris en otage. J’étais fasciné par le talent de cet acteur dont la voix, le phrasé, étaient pour moi l’incarnation de l’élégance et de la noblesse. Alors que je créais mes premiers personnages de fiction, j’avais décidé que cette voix serait celle de mon Odysseus, que j’imaginais intelligent, torturé, et très élégant. Une voix qui reflétait son panache et sa finesse, une voix mélodieuse, douce, toute de délicatesse et de caractère.

Comble de l’ironie, aujourd’hui je suis sorti avec mes gosses qui n’en sont plus, et sur la clé USB de ma voiture, j’ai eu la surprise de découvrir que j’y avais enregistré le générique de Capitaine Flam, avec la voix non moins sublime de Dominique Paturel récitant avec un talent inégalable la célèbre introduction. J’ai donc rendu hommage à Dominique Paturel, déclarant à mes gosses toute l’admiration que je ressens pour ces comédiens géniaux qui ont, par leur talent et leur générosité, conféré une part d’eux-mêmes à tous ces personnages de fiction, une étincelle d’âme à laquelle je suis et je reste profondément sensible. Et ce soir, découvrant le décès d’Eric Legrand, je ne peux que ressentir de la mélancolie en songeant à tous ces artistes qui nous ont récemment quitté.

Merci à vous tous, Eric Legrand portait si bien son nom, et j’espère un jour pouvoir vous témoigner, quand ce sera mon tour, toute ma gratitude pour ces moments de bonheur que j’ai vécu en votre compagnie. Vos voix résonnent en moi, j’entends la particularité de vos timbres mélodieux et bien que la mort soit une délivrance, je ressens de la tristesse à me dire que pour vous entendre à nouveau, je ne pourrais plus que m’en retourner à ce qui ne sera dès à présent que des archives. Je me ferai ce WE le duel entre Ikki et Shaka, alors que l’immense Henri Djanik rivalise de talent avec un jeune Legrand qui joue avec une justesse géniale celui qui incarne un ange terrible, infaillible, imperturbable, face à un homme bestial, faillible, désespéré. Parmi toutes ses prestations, c’est le Shaka de l’épisode animé par Araki qui à mes oreilles restera une magistrale démonstration de son immense talent, unanimement reconnu. Ou Seiya dans le troisième film avec Abel… Quand le personnage se révolte et dit « mais alors dites-moi, dites le moi… Pourquoi ce serait-on battu comme des fous ? Pourquoi ? »

Impossible de ne trouver qu’une pépite dans le parcours d’un être qui était par son talent un inépuisable filon… Bon voyage Eric Legrand, une prière pour toi, mais je sais que la beauté dont tu auras été prodigue toute ton existence aura sa récompense là où tu es parti.

Quelle connerie la guerre. Comme naguère, avec Prévert.

Pensées tristes pour tous ceux qui sont encore et toujours les victimes des guerres abominables dont nous avons le terrible secret. La belle poésie de Prévert dont je ne me suis jamais lassé. La vérité de ces conflits industrialisés qui ne sèment que morts et misère et abominations.

« Barbara »Jacques Prévert, Paroles, 1946

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, Paroles

Source : https://gallica.bnf.fr

Conniventionnisme

Il y a quelques jours, je fêtais naturellement Noël avec mes petites têtes blondes qui n’en sont plus, quand le sujet du petit papa est arrivé d’un coup dans la discussion. Je matais le film Red One sur Prime avec mon fils qui exceptionnellement était sorti de son antre, quand le sujet du mensonge liminaire du généreux patriarche écarlate est arrivé sur la table. A cette évocation du mensonge, mon fils, qui demeure constamment un écho des plus récentes résurgences youtubiennes, me traite naturellement de complotiste, ce que je contre très tactiquement en arguant que oui, le père Noël est l’exemple même du complot.

Stupeur, tremblement, sans Amélie ni homélie, mon fils me regarde avec cette expression qui dévoile, chez lui, le processus d’une naissance de raisonnement intellectuel de par l’attente suscitée par toutes ces fois où poursuivant l’anathème d’une démonstration implacable, mon rejeton se sentait soudainement moins con. Phénomène que j’ai constaté depuis sa plus tendre enfance, qui lui a permis par la suite de régurgiter autour de lui certaines opinions, que nous qualifierons avec un brin de complaisance, d’originales. Donc, je m’explique : Oui, le père Noël est bien un complot, soit une entente tacite d’une strate de la population, non pas les tas profonds pour une fois, celle des adultes, plus précisément des parents qui ont un intérêt fallacieux à ce sinistre calcul. Je peux le dire, je peux en témoigner. A l’instar de l’héritage religieux que pour beaucoup nous acceptons la dette sans en concevoir l’initiale absurdité, j’avais durant un temps assimilé la coutume, et je dois avouer que dans un couple de parents, ça ne doit pas être évident d’être raccords sur la question. Mais je ne nierais pas ma responsabilité… Oui, j’ai fait croire au père Noël à mes enfants, avec un soin du détail, avec un art manipulatoire que je n’ai même pas exercé avec autant de passion dans mon métier en communication (pour cause de scrupule ou d’éthique au choix). Pour l’anecdote, ma fille y a cru jusqu’à l’âge de 9 ans, ma mère finissant par dévoiler la supercherie dans une séquence dramatique qui vit ma fille débouler les larmes aux yeux et me posant la terrible question : « Papa, le père Noël n’existe pas ? ».

Bon, j’ai réussi à jouer le coup en expliquant à ma fille dont l’intelligence ne supportait pas les explications confuses que le père Noël c’est un symbole, une idée, une image, qui permet d’apporter aux enfants le fameux esprit des fêtes de fin d’année, qui permet à la générosité très contenue les 11 mois et 24 jours précédents de se libérer dans une démonstration merveilleuse d’amour via CB. Mais oui, c’est bien un complot. Je pense qu’il faudrait que les adultes commencent à s’avouer cette terrible vérité qui est la preuve que le complotisme n’est pas un mal mais bien un acte de révélation tant personnel que politique. Une fois que nous avons admis que nous avons fait parti du complot, nous pouvons dès lors accepter de voir les murs de la matrice. Tout n’est que manipulation et croyance. Nos sociétés humaines sont des scènes de théâtre dans lesquels nous participons constamment en jouant nos rôles, tour à tour bourreaux et victimes, dans une logique à l’absurdité insondable. J’ai maté l’excellente série The Jackal sur Prime, et j’ai été fasciné par la volonté du ou des scénaristes à bien transcrire les rapports de domination qui tissent actuellement la réalité de nos sociétés occidentale (pour les autres pas d’illusions, mais je ne parle que de ce que je connais d’expérience). Une affaire de gros et de petits poissons, sachant que la troisième règle avec celle du gros et du petit qui mange ou se fait manger, il y a celle qui avertit « qu’il y a toujours un plus gros poisson que soi ». Dans cette logique du gros poisson qui mange le petit, quand on fait des gosses on se sent un devoir de leur faire croire que le monde est magique et beau, plein de justice et d’amour. Il y a quelque part de la cruauté là-dedans, car quelle bonne raison peut nous animer à ainsi tromper ceux que nous prétendons aimer le plus ? Oui, les complots ont toujours un fond de malveillance, celui qui veut faire croire au père Noël et sa magie attenante est une terrible machine à accepter de reproduire l’inacceptable. « Jungle bells », encore une faute d’orthographe, un « i » pervers, qui dissimulent la terrifiante réalité.

Mais, une fois ce terrible raisonnement mis en oeuvre, et voyant que mon fils se taisait, incapable d’organiser sa pensée pour s’opposer, un peu, à mon impitoyable démonstration, j’enchaînais sur un néologisme qui renvoie aux plus belles trouvailles de la libéralité roublarde. Sans me démonter, j’annonçais à mon fils et au monde (en passant), que je n’étais pas complotiste mais conniventionniste. Concédant que le complot a bien une connotation de malveillance entendue, un poil plus diplomate, un poil plus hypocrite, sémantiquement créatif, j’établissais (phase du consentement tacite) avec l’avènement brutal mais salvateur du conniventionnisme, cette idée qu’il y a bien une entente de plusieurs individus pour en tromper d’autres, mais avec la notion rédemptrice de la collaboration, si nécessaire à la cohésion sociale qui nous unit. En plus, en France, on s’y connait en collaboration, jamais je n’ai vu autant de personnes se résigner à accepter l’indignité et la tyrannie avec l’expression concernée de ceux qui camouflent leur lâcheté avec le masque grave de la responsabilité profonde. J’ai toujours dit que c’était la faim qui créaient les révoltes, l’autre mensonge étant de penser que les révolutions sont le fait d’une volonté profonde de justice et d’égalité. Non, l’espèce humaine se résout très bien à l’injustice quand le sort individuel ne l’oblige pas à sortir les fourches. La connivence, c’est aussi ça, c’est bien ce pacte tacite qui unit deux personnes qui se donnent les bonnes raisons pour ne rien faire et ne rien changer. Je me range dans ce triste lot, j’ai les fourches rases depuis mon récent passage chez le coiffeur.

Je trouve que je suis encore un peu trop acide, ou amer, ou cynique, mais bon, cette fin d’année et ce nouveau gouvernement à base de chaises tournantes et de fond de cuve ne me met pas dans une humeur très optimiste. Y en a pas mal de connivence, aussi, à ce niveau là, et c’est un peu le coup du père Noël qu’on nous fait. Nous sentons que c’est de la grosse connerie, mais nous faisons semblant d’y croire au moment de déballer les cadeaux, en grimaçant un peu de voir à quel point cette année la livraison est bien pourrie… j’avais demandé une démocratie, on m’offre une ripoublique… Non, cette fois je n’irai pas sur ces genoux pour sentir sa grosse barbe me gratouiller les joues. Je suis trop vieux pour ne pas voir dans ce gros bedon, cette accoutrement un poil trop exubérant, ces rennes et ces lutins esclavagisés, tout un symbole patriarcal qui presque me convaincrait que le wokisme existe lui aussi.

Petite confidence, je ne fête plus Noël depuis que mes parents sont morts. J’ai laissé la tradition à mes enfants qui m’embarquent malgré moi, car ayant très bien participé à la connivence, je ne peux à présent les dégoûter de cette liesse artificielle. Après tout, ça reste une bonne soirée, j’ai fini par déballer mon cadeau hier, car je l’avais résolument oublié. Chaque année, à présent, je fête le solstice d’hiver, grand moment de joie car ça signifie qu’on reprend la bonne trajectoire, celle qui verra les jours s’allonger et la nuit diminuer. Y en a qui veulent nous expliquer que non, il n’y a aucun rapport entre les saturnales romaines et la convention catholique. Pour le coup, je ne suis pas dans la connivence… j’ai des doutes quand même, car le hasard, comme cette lune qui dissimule parfois si parfaitement le disque solaire, fait quand même bien les choses.

Je compte sur vous pour que tout cela reste entre nous, naturellement.

Good Bye John Cassaday

Je parle un peu trop souvent de politique sur ce blog, comme un expert de la matière noire, cette chose invisible et intangible qui donne des migraines au monde scientifique, mais je nourris bien des passions dont la BD. Et cette semaine j’ai appris avec une grande tristesse la mort de John Cassaday, un artiste que j’ai appris à aimer notamment sur ce que je considère comme un chef d’oeuvre du genre, Planetary avec Warren Ellis au scénario.

Je n’ai pas beaucoup de choses à dire sur l’artiste, je ne suis pas du genre à farfouiller dans la vie des gens, j’ai déjà trop de mal à vivre la mienne, donc je n’ai pas suivi le cours de la carrière de l’artiste autrement que par ses collaborations et ses oeuvres. J’ai lu un peu de sa contribution sur la série X-Men, j’ai adoré l’évolution de son style, sobre et délicat, anti-spectaculaire et en même temps d’une étonnante puissance dans la simplicité. En faisant une rapide recherche avant d’attaquer ce billet, j’ai vu une cliché de lui, apparemment jeune, et j’ai été surpris de constater à quel point il ressemblait au personnage du Batteur de Planetary. Je ne pourrais jamais signifier l’admiration que je porte à tous les artistes qui oeuvrent, c’est le juste verbe, pour nous apporter la beauté de la créativité et de l’imagination dans un monde qui se complaît dans la trivialité et une volonté farouche de ne jamais sortir de l’ornière, de l’impasse, d’un monde ancien. A chaque fois que j’apprends la mort d’un artiste, notamment dans la BD, c’est toujours avec le sentiment qu’un chaman de la Bulle nous quitte en nous laissant tous un peu orphelins.

Bye Bye John Cassaday, je ne te connaissais pas autrement que par les êtres que tu imaginais et dessinais, que par ton trait particulier qui au tout début m’avait rebuté avant que tu m’apprivoises et que tu me fasses comprendre que c’est ça aussi la beauté : ne pas forcément répondre à une attente, mais bien proposer quelque chose de nouveau, d’inattendu, pour enrichir nos désirs trop souvent rendus conformes par les modes et les lignes éditoriales qui finalement répondent autant aux idéologies dominantes que le reste.

Il me vient l’image finale de l’épisode des X-Men qui voit Kitty Pryde prisonnière d’une immense balle qui finalement ne percute pas la Terre mais la voit s’éloigner horriblement, terriblement, loin de tous et de ceux qu’elle aime. La dernière page, sublime, montre la balle et une case de dialogue qui sobrement finit la phrase entamée la page précédente avec l’adjectif « parti ». J’aurais voulu trouver cette image en ligne, je sais qu’elle dort quelque part dans le bordel qu’est ma bibliothèque, repaire de petits trésors. Toi aussi tu as décidé de partir et c’est bien triste car très égoïstement je sais que je ne peux plus que me repaître de ce que tu as déjà créé et qu’en partant si jeune, tu nous as tous privé de ton talent si particulier. C’est pas grave, va, j’espère simplement que pour des gens qui mettent de la magie et du rêve dans le coeur des autres, il y a une petite place, spéciale et douce, pour eux, à ce qui ressemble au Paradis.

Allez, une image piquée sur le site (https://them0vieblog.com/2010/04/21/astonishing-x-men-omnibus-by-joss-whedon-john-cassidy/), qui pour le coup illustre à la fois la tristesse de ton départ et démontre la réalité de mes trop courts compliments. Peut-être qu’un jour je me donnerai le temps de rendre hommage à tous les artistes que j’aime en faisant le travail de critique que j’ai mené, une fois n’est pas coutume, sous un autre pseudonyme.

AbracadabrIA

Voilà… Vous êtes plein d’une bonne volonté combative et positive, et paf, alors que vous vous êtes mis à bosser au petit matin, vous entendez encore un propos admiratif, bourré de superlatifs, pour nous annoncer, encore, la menace des IA concernant l’avenir de l’Homme. Non, je déconne. Concernant l’employabilité de l’homme (avec un petit h qui inclue la Femme) ou plutôt son utilité dans un monde où il y a des droits mais aussi et surtout des devoirs. Le devoir d’obéir et de rapporter de la thune car faut pas déconner, tous ces droits ça coûte cher, comme si vous étiez nés pour vous tourner les pouces sur le dos de la glorieuse collectivité et ses héros producteurs et anonymes.

J’y ai cru au(x) IA(s). Je sais, j’aurais toujours ce coté un peu naïf, cette volonté de croire à fond au tour de magie sans me dire qu’il y a un truc, mais plutôt que j’assiste peut-être à un phénomène échappant à la platitude des injonctions de la physique élémentaire (après, à mes yeux, la physique élémentaire c’est de la magie ordinaire, mais je ne m’égarerai pas aujourd’hui à ce sujet – j’ai du boulot !). Donc, au début, j’y ai cru. En bref, et pour faire clair, pour ne pas faire comme tous les observateurs qui cèdent ainsi aux injonctions de croire sans vouloir comprendre, j’ai cru que des génies du développement informatique avaient réussi à coder la créativité, l’inventivité, que des schémas d’élaboration intellectuelle et/ou artistique avaient été algorithmés, à coups de grandes équations complexes échappant enfin à la tyrannie du fonctionnement binaire.

Il faut dire que me concernant, ça faisait rêver. J’ai littéralement des dizaines de concepts, d’idées, de scénarios qui attendent et que je ne pourrais sans nul doute jamais concrétiser parce que je suis d’une part individualiste et d’autre part car je suis réaliste. Mais les IA, durant un temps, furent une promesse qui engendra des petites étoiles dans mes yeux gris fatigués, qui créa en moi ces papillons dans le ventre qui font la joie des récits érotiques quand Madame dévoile ses pulsions matinales avec la subtile légèreté de la métaphore coprophile. Alors je m’y suis mis, j’ai prompté, j’ai testé, j’ai essayé, j’ai benchmarké pour reprendre des termes qui maintenant me font sourire plus qu’ils ne m’inspirent. Et au fil du temps, ce sont surtout les limites, les contraintes, allez, osons le mot terrible, les frustrations, qui se sont imposés à moi, balayant les papillons comme le fait consciencieusement mon chat noir adoré (infatigable machine à gober).

Une fois encore, dans ce monde de mensonges et d’escroqueries, où tacitement les acteurs majeurs d’un système s’entendent imposer un narratif en lieu et place de la réalité, tout ça n’est qu’un tour de magie, la fraîcheur de la crédulité essorée. Pillage de droits intellectuels, pillage d’œuvres, processus de confection qui tiennent davantage du bricolage méthodique que de la confection héroïque, les IA ne sont qu’un trompe-l’œil de plus dans ce panorama de grugeurs et de petits profiteurs. Oui, si vous n’avez aucune culture générale, si vous souhaitez juste aligner des mots pour aligner des mots sans chercher, à mon exemple, à jouer un peu avec les possibilités de la sémantique et surtout l’ingéniosité à créer quelque chose qui dépasse l’énonciation basique d’une idée, alors oui, oui, oui, les IA c’est génial. Enfin, ça ne reste que de la mise bout à bout de mots répondant à une thématique, mais l’amoncellement de caractères, des petites fulgurances piochées de ci de là, peuvent vous ébaudir et vous troubler durablement. J’avais accompli un test avec ChatGPT (ce que mon esprit retors me force à lire comme LHOOQ) qui avait été accablant. Des conneries, des lieux communs, des absurdités, en bref un niveau d’information, une qualité d’information totalement nulle. Oui, la syntaxe était là, j’avais les yeux moins abîmés qu’à l’accoutumée en lisant de la prose de réseau social, mais dans le fond c’était faux et surtout délirant. Déjà, j’ai senti la roublardise de l’outil, qui n’hésite pas à déclarer avec conviction la plus énorme des conneries. Je me suis dit, alors, victime de ma propre propension à imaginer le meilleur, que ce cerveau mécanique allait grandir et mûrir, oubliant que tout ça ne reste qu’une lutte entre le O et le 1, condamnant cette fameuse intelligence à ne jamais pouvoir sortir de l’ornière fatale de la binarité crasse (ou manichéisme). Qu’elle pouvait apprendre. De cet instinct paternel qui me colle au karma durablement.

Ensuite, je me suis attelé aux IA de création artistique… encore une fois, avec les meilleures intentions. Je me suis dit que pour mes projets, avoir un petit assistant me ferait du bien, mais j’ai encore bien déchanté. Résultats hasardeux, maîtrise nulle du processus, et surtout l’obligation de devenir rapido un ingénieur du prompt (dire que certains imbéciles se sont gaussé un jour de ma volonté à devenir directeur artistique tandis que tout ce que je créais était bassement rémunéré et totalement récupéré par l’entreprise qui se faisait un pognon de fou sur mon dos). Il faut le dire : il y a encore, dans le domaine de l’informatique, cette fascination un peu débile en considérant la plomberie digitale pour autre chose que ce qu’elle est. Après, quand on voit constamment les mêmes commentaires subjugués clamant que l’IA est là et pouf, plus besoin d’humains, pourquoi se gêner ?

Après deux ans d’observation, après deux ans à tester, je le dis : les IA sont du bluff, de la grosse machine à stocker et traiter de la donnée. Un savant dosage entre une masse de patern et une masse de lego. L’individu sans créativité, le pur consommateur, y trouvera son compte, car sans fatigue, sans effort, sans réflexion, sans l’étincelle qui fait que vous n’êtes pas qu’une bouche physique et mentale qui ingère sans cesse, il pourra crânement se dire qu’il faut aussi bien que l’individu qui aura sué (mais quel crétin) pour produire ce que quelques mots savamment ordonnés auront réalisé. Les IA, en cela, sont encore une fois la démonstration patente d’une dégénérescence à la fois morale et intellectuelle, pour ne pas dire existentielle. Car ces IA ne sont, à l’arrivée, qu’un mécanisme d’exploitation supplémentaire.

Un processus de protection des droits à la propriété intellectuelle va se renforcer. Et il sera salutaire pour beaucoup de redescendre sur terre. Il faut arrêter d’utiliser le terme « intelligence » lorsque le processus moteur est celui d’un assemblage vulgaire. Il n’y a pas une once de réflexion, pas une once d’autonomie, de création, dans le processus. Juste une base de données avec la colonne « œil » et une zone d’assemblage avec une délimitation précise où placer la fameuse donnée, de part d’autre de la zone « nez ». Après, du croisement dynamique, du filtre, un petit script pour les transitions, une variable pour l’homogénéité. Ok, c’est quand même du boulot, à concevoir, à coder, à rendre viable. Mais ce n’est pas de l’intelligence. C’est encore une fois de la plomberie, ni plus ni moins. Et un tuyau c’est beau, mais ça reste qu’un putain de tuyau, et une plomberie une putain de plomberie. Il vous est tout de même permis de vous éberluez devant la beauté sobre et pur d’un bidet finement stylisé, ce n’est pas à moi de tyranniser vos goûts.

Allez, je retourne à mon boulot… et dire que durant un temps j’ai eu l’illusion de croire que ces outils pouvaient me faire gagner du temps. Là, dans le processus de création artistique, ces IA pourraient s’avérer utiles… non pas en pillant les artistes mais bien en les aidant à créer, en facilitant tous les processus souvent astreignants qui demandent du temps. Mais il y a tellement moins de pognons à se faire, que je n’imagine même pas que ce petit miracle ait lieu. Attention, je ne dis pas que ces outils ne sont pas utiles. Je dis juste qu’il faut faire la part des choses. Comme l’a si bien dit le Christ, rendre à César ce qui appartient à César… et s’il faut commencer à rémunérer les artistes qui abondent les bases de données actuelles, c’est clair que l’opération sera d’un coup beaucoup moins rentable et donc immédiatement sabordée.

Désinvolte

En ces temps de révolutions tranquilles
Tellement de cris et de bruits qui cognent
Tous ceux qui vous le donnent en mille
Tout en s’en mettant plein les pognes

Y a jamais eu autant de belles paroles
Et de grosses vessies faisant lanternes
En très grandes pompes ça caracole
Dans un paysage de plus en plus terne

Restons désinvoltes
Pas la peine d’aborder
Ces histoires de révoltes
Y a plus qu’à accorder
Le doux son de nos colts

En ces temps d’apocalypses lents
A l’horizon y a rien qui déboule
Tu peux continuer à fermer l’rang
Sans redouter le petit coup’d’boule

Y en a tellement qui y croit dur
Comme fer que tout peut revenir
Alors que l’odeur sous la dorure
C’est ce qui reste de leur avenir

Restons désinvoltes
Pas la peine d’évoquer
Ces besoins de récoltes
Y a qu’à révoquer
Le commerce des biscottes

Y a que la Terre qui fait révolution
Petit slow au milieu des astres
Sans qu’aucune considération
Mesure l’étendue du désastre

Les gens sont comme des météores
Perdus dans des courses folles
Agitant leur capes de matadors
Car dans le vent tout s’envole

Restons désinvoltes
Plus la peine d’imaginer
Ces fleurs qui virevoltent
Y a plus qu’à accepter
La décharge à 100 00O volts.

« écrit en attendant qu’arrive le bus de mon fils, traduisant mon état d’esprit car je déteste attendre ;-} »