Etant donné que je passe mon temps à ressasser le passé sur ce blog et m’interrogeant sur la thématique du jour (de pont donc je me suis dit que j’avais le droit d’écrire un peu des conneries), m’est venu à l’esprit ce souvenir qui quelque part témoigne d’une époque et surtout d’une vision du monde. Hyperactif non déclaré (ou non dénoncé, au choix), mes parents avaient leurs tactiques pour me gérer tranquillement. L’une d’entre elles consistait à me laisser regarder la télévision le soir en leur compagnie, me permettant ainsi d’avoir une certaine culture filmique en matière de production cinématographique des trois dernières décades du siècle dernier. Et s’il y avait bien une chose qui irritait mes parents, qui les faisaient condamner l’oeuvre fraîchement visionnée à la peine capitale du scepticisme poli, c’était quand ça se finissait « en queue de poisson ». En bref, ça voulait dire qu’il n’y avait pas vraiment de fin, pas vraiment de conclusion, les choses n’étaient pas résolues, rien n’était accompli, ils ne vécurent pas « forcément » heureux et n’eurent peut-être pas beaucoup d’enfants (en avoir alors était une très bonne chose).
Dans le cahier des charges des attentes culturelles de mes progéniteurs, il fallait que les choses soient fermes et réifiées. Impossible d’aller au dodo en devant imaginer une potentielle suite. De là, peut-être, la révélation qu’une production artistique ait finalement, liminalement, un rôle social, celui de rassurer et d’alimenter une vision du monde (où tout finit bien), celui d’illustrer la confirmation des idéologies fragiles qui sculptent nos sociétés et inspirent nos mœurs. Ou cette volonté tacite de s’en remettre au narrateur pour faire tout le boulot en nous imposant, avec notre entière complaisance, une fin qui nous rassure et nous émeuve tandis qu’en tant que spectateur complaisant nous nous abandonnons à la sublime catharsis. De là, ce matin, quand je cherche un titre en ayant en tête la fin de l’ère des Poissons, le bordel ambiant avec son parfum eschatologique, et toutes les impasses politiques et sociétales de nos sociétés très démocratiquement roublardes.
Si vous êtes quelque peu intéressé par les choses astrologiques, vous avez dû un jour entendre que nous sommes dans l’ère des Poissons (surtout début avril). Personnellement, très récemment, j’ai appris que j’avais en sus de mon natal et de mon ascendant, un signe lunaire. Un choc, une révélation, car Taureau ascendant Lion, j’avais là tout ce qui pouvait traduire à la fois ma nature tranquille et mon caractère fougueux (entre les cornes de l’un et les crocs de l’autre comme le disait un horoscope très inspiré). Mais, mais, stupéfaction et révélation, je suis Poissons (au pluriel) en signe lunaire. Et paf, la sensibilité, l’émotivité, la fragilité, pour me dire qu’il y a donc une petite midinette en moi qui susurrent aux deux bourrins qui se disputent le trône, des choses qui altèrent conséquemment l’expression de leur virilité grandiose (cornes comme crocs, c’est voué à s’enfoncer quelque part, en fin des fins, comme tout ce qui est vertical – nous parlons symbolisme, hein ?).
Pour aller plus loin, tu prends les éléments, la terre pour le Taureau, le feu pour le Lion, et donc l’eau pour les Poissons. Pas d’air pour dynamiser tout ça, c’est dense, au mieux ça cuit, ça se durcit, ça fait de la poterie. Et des R pourtant, je n’en manque pas dans ma dénomination légale et personnelle, comme si la confrontation avec le système qui nous abrite devait apporter sa petite étincelle dynamisante. Vous l’avez compris, j’adore tout ce qui touche au symbolisme, à l’analyse des symboles, et à force de mixer, au fil du temps, l’ensemble de mes connaissances, ça me permet parfois de déceler des occurrences ou des points de convergences qui ne cesseront jamais de me fasciner. Je pense notamment à Michel Deseille, historien prolixe sur la question ésotérique, toujours pertinent et fertile en anecdotes et connaissances d’initié, à écouter notamment quand il évoque son interprétation de l’Apocalypse de Saint Jean.
Il y a peu, car je travaille constamment sur la chose sémiologique, j’ai appris une nouvelle signification du mot « symbole », en lisant ou en regardant une vidéo, car à force de brasser de la donnée je dois avouer que je ne sais plus, comme un médium effaré, à quelle source me vouer. J’ai donc appris que le « symbole » était un objet, aux temps anciens et achéens, qui était divisé en deux et qui permettait à deux individus, en unifiant le tout, de se reconnaître. Le symbole est donc essentiellement une chose qui s’unit et qui réunit, ce que son antagoniste signifiait quelque part, le diabole, sans m’en donner vraiment la clé de compréhension. J’ai donc passé un peu de temps à me cultiver et j’ai par ailleurs découvert un article très instructif sur le site de l’académie française que je vous inviterai à consulter plutôt qu’à avoir à récupérer la sainte manne culturel en m’en faisant l’indigne propriétaire (https://www.academie-francaise.fr/le-discobole-la-diabole-et-le-symbole-la-parabole). Mais j’ai tiqué sur le sens du préfixe « dia » qui signifie, en bref, la division… il n’y a qu’un petit pas pour que mon esprit anarchiste retrouve dans le mot « dieu » quelque chose de chagrin. Dieu ou diable, ça me rappelle la belle affiche française du film Wolfen que j’ai eu longtemps sur mon mur adolescent (et qui m’a par ailleurs beaucoup inspiré, jusqu’à en avoir fait un gimmick graphique).
En ce moment, c’est l’effervescence avec l’idée de la fin de l’âge de fer pour les adeptes d’Hésiode, la fin du Kali Yuga pour ceux qui sont davantage dans la vibe hindou, ou les aficionados de l’apocalypse et son cortège de symboles qui personnellement me fascinent et me découragent. Je le sais, j’ai essayé de la relire, butant encore sur le coté trop religieux du bidule. De là, une réflexion : ce texte est-il le propos initial ou a-t-il encore été alimenté et modifié par tous ceux qui s’en sont fait les messagers, les intercesseurs et les traducteurs ? Il y a beaucoup de choses troublantes dans ce texte, la force des symboles étant comme le sont les mots, dans la polysémie induite. Je me documente beaucoup, en ce moment, sur la chose ésotérique, la politique m’écœurant par cette médiocrité, que dis-je, cette farce indigne qu’elle est devenue. Ce que j’ai écrit ici depuis quelques années sévit de pire en pire, et je n’ai aucun intérêt à dénoncer l’hypocrisie et la décadence ambiante. De là, l’intérêt du retour à l’Ethos qui était ma conclusion il y a quelques mois de cela. Et ben je vous le donne en mille, l’ère du Verseau (après le recto et son flot d’orthonormés dégénérés) c’est carrément ça.
Non, je ne suis pas dans une vibe new age, avec ses enfants indigos, ses auras de toutes les couleurs, et je ne brûle pas d’encens ni de sauge en m’intoxiquant au passage de fumée me projetant dans des transes révélatrices. Je brasse de la donnée, j’essaie d’en trouver des nouvelles, et force est de constater que ce faisant je ne fais que plonger davantage dans l’océan profond et insondable du sens. Il y a peu, j’étais par ailleurs, pour raisons professionnelles et artistiques, sur un site qui expliquait l’origine et la symbolique de l’alphabet grec. Passionnante excursion qui m’a encore davantage instruit sur l’archéologie nécessaire que nous devrions tous mener pour comprendre à quel point le langage, notamment notre magnifique langue française, nous asservit, nous conditionne, tout en nous fournissant avec malice les armes pour nous émanciper et nous élever. Je parlais de la lettre R tout à l’heure, en usant un peu de la fameuse langue des oiseaux, facétieuse méthode qui aura toujours le mérite de pousser le curieux à s’appesantir un instant sur la structure d’un mot. La lettre R vient de la lettre grecque Rho, qui à la forme d’un P, et pour la faire très courte, qui part de la base à la verticale, pour revenir une fois au sommet en son intérieur. Ce qui va devenir le R finit la course en revenant par une diagonale vers la base. Personnellement, je rajouterai qu’il y a donc un sens, gauche-droite, de cette énergie symbolique. Le R n’est donc pas une énergie qui n’alimente pas seulement l’intériorité (créativité) mais la repousse vers la terre, la base, le système, le monde pour la fertiliser, pour y ensemencer la petite graine du sens. L’air étant l’élément de l’intellect, tout me va, tout me parle.
Tout serait donc parfait, je ne manque pas d’R, si vous venez parfois ici pour le savez déjà, mais une fois l’euphorie de la jouissance intellectuelle que tout bon élève en mathématique aura plaisir à reproduire en résolvant un quelconque problème, force est de constater que le monde pour autant part toujours autant en couilles. Enfin, en ce moment, entre l’empoisonnement massif du vivant (les eaux amères de l’Apocalypse, donc), l’absurdité de l’artificialisation intégrale et névrotique de l’économie (quand l’argent devient une fin en dévoyant le réel), et la tentative de retour à la féodalisation la plus implacable (la France étant la dernière place forte, très violemment assiégée comme vous vous en rendez, je l’espère, un peu compte), ça se passe pas très bien. Mais bon, c’est l’ère du Verseau, et pour la faire une fois encore courte, le retour à l’authenticité. A l’Ethos (l’éthos étant, dans mon idée, l’expression d’une vérité personnelle souhaitant le bien en dénonçant l’idée qu’il faille une autorité pour s’y obliger – mais si, c’est simple !). J’ai peut-être raison, finalement, de penser qu’il ne faut plus attendre de révolution sociétale qui ne fait que maquiller l’ancien monde en revenant toujours à une triste logique despotique. Le changement doit s’effectuer de manière individuelle, au niveau de l’ego et de la conscience. J’allais parler de l’omphalos en pensant au nombril car pour faire dans la métaphore triviale, sortir enfin du nombril pour découvrir les autres et la réalité du vaste monde.
Cependant, une petite voix en moi me dit que ça risque de prendre pas mal de temps encore, surtout quand un simple match de football suffit à mettre dans les rues tout ce que devraient provoquer les scandales que nous subissons depuis des années. Après je n’ai rien contre la liesse sportive… juste que le même niveau d’engagement émotionnel serait souhaitable dans le fonctionnement de nos sociétés prétendument ultimes (la démocratie en tête). En réalité, un match de foot provoque un phénomène démocratique, là où des élections, dans un système ploutocratique, en est la caricature. Et ça me rend triste, parfois. Nous sommes traités comme des enfants turbulents, un peu neuneus, qu’on excite et qu’on exploite en jouant constamment sur la corde émotionnelle.
La fin en queue de poissons de l’ère des Poissons, c’est un peu ça. Tout va mal, mais y a pas vraiment de climax. Comme une impression de révolution lente, lente, lente… Une fin qui n’a pas de fin, une conclusion qui s’étire en nous laissant sur notre faim. La fin des temps ou le temps de la Fin, c’est pas du genre très pressé. C’est encore là que des phénomènes comme la révolution bourgeoise de 1789 nous ont malicieusement conditionnés. Dans cette idée d’une turbulence dynamisant et accélérant les choses, nous en sommes réduits à attendre un brasier qui n’arrivera peut-être jamais. Ce matin, je matais une vidéo de Vidgita, très intéressante chaîne sur Youtube, qui proposait une fiction très réussie qui voyait un astéroïde nous réduire à néant, tandis que plusieurs millénaires plus tard des archéologues mettaient à jour les cultes des dieux SNCF et EDF. C’était bien vu, marrant, avec un petit clin d’œil à ces cultures sans voyelles dont nous tentons encore de percer la clé pour comprendre les noms « secrets ». Mais il faudrait aussi proposer le scénario inverse : et si ça prenait des siècles pour que l’être humain change et comprenne la folie des systèmes qu’il crée ? Et si le temps long était vraiment long ? Et si l’on avait pour prison une terre dont le seul horizon est un désert ? Un désert ? La peine maximum comme le chantait si bien Pablo Villafranca ?
Petite lueur d’espoir : l’ère des Poissons, c’est vraiment la base, le pire. Donc le meilleur reste à venir. Le souci étant que nous ne le verrons peut-être pas, sauf si au hasard d’une ou plusieurs réincarnations nous sommes invités à refaire une partie ou deux. Et si la France survit à tout ça, pourvu que le personnel politique soit moins con que celui qui tout en nous offrant avec une générosité sublime les moyens de mourir en nous privant des moyens de nous soigner, qui valide et camoufle toutes les entreprises d’empoisonnement et de corruptions en nous faisant consciencieusement les poches. De ce vide, de cette fatuité organisée, de cette décadence absolue, pourvu qu’il ne reste que la volonté profonde de ne plus retomber aussi bas… même si cycle aidant, il y aura encore, un jour, une autre ère des Poissons (mais un peu moins nulle, spirale aidant – allez voir Michel Deseille pour comprendre le truc).
Et bon dimanche quand même.