Bon voyage Eric Legrand

Triste jour que celui où j’apprends, presque par hasard, la mort du comédien Eric Legrand. Alors la majorité des messages d’adieu de ses très nombreux aficionados a salué sa prestation en tant que doubleur de Végéta, le personnage de Dragon Ball Z, mais ce serait ignorer le véritable talent de ce comédien dont le timbre et le phrasé étaient tout simplement une forme de sublimation de la langue française.

Eric Legrand, c’était une voix de velours, une voix sublime, une musique noble et belle, pouvant rivaliser d’outrance comme de finesse. C’était pour moi une des plus belles voix du doublage, et j’ai l’immense regret de n’avoir pas pu assister à une prestation du comédien en dehors de cet art véritable, enfin reconnu, qu’est le doublage, bien que je l’ai identifié, très jeune, alors que j’avais 15 ou 16 ans dans un film avec Jugnot et Auteuil, alors qu’il jouait un employé de banque pris en otage. J’étais fasciné par le talent de cet acteur dont la voix, le phrasé, étaient pour moi l’incarnation de l’élégance et de la noblesse. Alors que je créais mes premiers personnages de fiction, j’avais décidé que cette voix serait celle de mon Odysseus, que j’imaginais intelligent, torturé, et très élégant. Une voix qui reflétait son panache et sa finesse, une voix mélodieuse, douce, toute de délicatesse et de caractère.

Comble de l’ironie, aujourd’hui je suis sorti avec mes gosses qui n’en sont plus, et sur la clé USB de ma voiture, j’ai eu la surprise de découvrir que j’y avais enregistré le générique de Capitaine Flam, avec la voix non moins sublime de Dominique Paturel récitant avec un talent inégalable la célèbre introduction. J’ai donc rendu hommage à Dominique Paturel, déclarant à mes gosses toute l’admiration que je ressens pour ces comédiens géniaux qui ont, par leur talent et leur générosité, conféré une part d’eux-mêmes à tous ces personnages de fiction, une étincelle d’âme à laquelle je suis et je reste profondément sensible. Et ce soir, découvrant le décès d’Eric Legrand, je ne peux que ressentir de la mélancolie en songeant à tous ces artistes qui nous ont récemment quitté.

Merci à vous tous, Eric Legrand portait si bien son nom, et j’espère un jour pouvoir vous témoigner, quand ce sera mon tour, toute ma gratitude pour ces moments de bonheur que j’ai vécu en votre compagnie. Vos voix résonnent en moi, j’entends la particularité de vos timbres mélodieux et bien que la mort soit une délivrance, je ressens de la tristesse à me dire que pour vous entendre à nouveau, je ne pourrais plus que m’en retourner à ce qui ne sera dès à présent que des archives. Je me ferai ce WE le duel entre Ikki et Shaka, alors que l’immense Henri Djanik rivalise de talent avec un jeune Legrand qui joue avec une justesse géniale celui qui incarne un ange terrible, infaillible, imperturbable, face à un homme bestial, faillible, désespéré. Parmi toutes ses prestations, c’est le Shaka de l’épisode animé par Araki qui à mes oreilles restera une magistrale démonstration de son immense talent, unanimement reconnu. Ou Seiya dans le troisième film avec Abel… Quand le personnage se révolte et dit « mais alors dites-moi, dites le moi… Pourquoi ce serait-on battu comme des fous ? Pourquoi ? »

Impossible de ne trouver qu’une pépite dans le parcours d’un être qui était par son talent un inépuisable filon… Bon voyage Eric Legrand, une prière pour toi, mais je sais que la beauté dont tu auras été prodigue toute ton existence aura sa récompense là où tu es parti.

Quelle connerie la guerre. Comme naguère, avec Prévert.

Pensées tristes pour tous ceux qui sont encore et toujours les victimes des guerres abominables dont nous avons le terrible secret. La belle poésie de Prévert dont je ne me suis jamais lassé. La vérité de ces conflits industrialisés qui ne sèment que morts et misère et abominations.

« Barbara »Jacques Prévert, Paroles, 1946

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, Paroles

Source : https://gallica.bnf.fr

La peine de mort

Quand j’étais gosse et que je partais en voyage avec mes parents, j’avais droit à la cassette de Julien Clerc qui m’a imprimé, le juste adjectif, les paroles et les mélodies dans le cortex. Ce qui pourrait sembler de l’ordre du traumatisme, mais qui est davantage de celui d’un bonheur tranquille. J’adore la période durant laquelle Etienne Roda-Gil fut le parolier du chanteur, et encore maintenant il m’arrive d’entonner à tue-tête les mélopées comme « Le coeur volcan », « C’est une andalouse », « Sertao », « Utile », etc. Pour être honnête, j’aime aussi la collaboration avec Jean-Loup Dabadie, et Luc Plamondon ; « Quand je joue » de ce dernier étant un hymne à la joie qui m’emporte très loin encore aujourd’hui.

Parmi toutes ces chansons, il y en a une qui m’a profondément marqué, c’est L’assassin assassiné. Elle n’était pas sur la cassette, très Roda-Gil, mais sur un 33 tours que j’écoutais à l’envi dans la salle à manger où se trouvait la platine dont j’ai appris, très tôt, à nettoyer le diamant. C’est un souvenir étrange, c’est une prise de conscience un peu triste, de me dire à quel point cette soif de culture, de musique, ne recevait pas vraiment d’écho au sein de ma famille. J’étais un enfant hyperactif, je suis resté un adulte hyperactif… du moment que j’ouvre les yeux, que je sors de la torpeur du sommeil, une machine dans ma tête, comme la fièvreusement chanté Axel Bauer, se met en marche et réclame son dû. L’information culturelle, l’information musicale furent celles qui m’apportent toujours un peu de paix et de quiétude, sachant que je passe trop de temps à présent à ingérer de l’information intellectuelle et/ou politique (sachant qu’il n’y a plus trop d’intellect dans la trop théâtrale scène française) . Je me suis toujours méfié de mon inclination à l’évasion, j’ai toujours voulu rester connecté à la réalité, aussi triste et déprimante soit-elle.

Mais alors que j’ai fêté mes 7 ans, après avoir brutalement pris conscience avec un certain désarroi de l’absurdité, cette chanson devient un peu un cri, une plainte, dont les dissonances me marquent et me touchent sans vraiment savoir pourquoi. J’écoute l’histoire de cet homme qui plongé dans les affres de son petit ego (« une femme que j’aime et qui m’aimait » – c’est quand même délicat et touchant) voit l’histoire fatale d’un autre l’envahir. La chanson est parfois maladroite, pour moi Dabadie n’est pas aussi orfèvre que Roda-Gil, mais il faut lui reconnaître la volonté d’une exaltation. Si les rimes et les mots perdent en poésie, ils gagnent parfois en exultation. Dans cette chanson, qui commence très doucement, très poétiquement, très tendrement, les dissonances, les ruptures de rythme, les accélérations, les outrances, la grandiloquence, et finalement les maladresses, font que ce plaidoyer contre la peine de mort fait mouche. Ce passage surtout :

Messieurs les assassins commencent
Oui, mais la société recommence
Le sang d’un condamné à mort
C’est du sang d’homme, c’en est encore
C’en est encore

Le respect incongru pour les assassins débute le propos, la société s’invite, et la question philosophique du droit à tuer s’induit brutalement. Très jeune, la question de tuer un autre s’est imposée à moi. De par la culture et la foi catholique de ma mère, j’avais l’impact du discours religieux et de l’interdit sacré. De par l’athéisme et l’anarchisme romantique de mon père j’avais l’influence de la liberté d’agir en mon nom et en mon désir particulier de me départir de toute influence moralisatrice. De ce conflit intérieur naissait encore une fois un paradoxe qui m’a tourmenté tranquillement, toute ma vie. J’ai toujours senti en moi une forme de pragmatisme étrange, une sorte d’instinct à la fois primal et antédiluvien. Je sais, et je le sais d’autant plus que je connais intimement ma part d’ombre qu’évoque Jung, que je ne suis pas un homme inoffensif. Je me rappellerai toujours mon sentiment profond alors que je regardais la fin du film 8 mm de Joel Schumacher avec Nicolas Cage. J’étais devenu père, et bien que jeune encore, je me suis dit, à la fin, quand le héros laisse partir le salaud qui le menace, que moi j’aurais tiré sans l’ombre d’un scrupule ou d’une hésitation. Je sais encore maintenant que je le ferai, car il y a en moi un chasseur froid et réaliste qui sait que tu ne peux pas permettre que quelque chose soit un péril pour toi et encore moins pour les tiens.

La vie ne m’a jamais mis dans une situation où se réifieraient les instances de ce moment, et j’ai toujours prié pour que ça n’arrive jamais. Mais je suis de ceux qui souhaiteraient obtenir le droit à avoir une arme, seule liberté que j’envie à nos amis américains. Encore maintenant, je fais souvent l’inventaire de ce qui peut me servir, chez moi, à me défendre ou à défendre les miens. Je n’invite donc jamais personne à s’introduire chez moi car autant ce blog peut sembler traduire une tendance à l’intellectualisation, autant dans la réalité je demeure un animal assez étrange et très territorial. Nous vivons dans une société qui a veillé à nous désarmer en nous promettant une juste protection et l’intimation de laisser les corps policiers et judiciaires faire ce qu’il faut. Sauf que dans la vie, parfois, vous êtes en danger, et qu’il faut agir, avec conscience et courage. Je suis père, donc ma lâcheté potentielle ne concerne pas que ma personne, elle oblige ceux qui par la force des choses sont sous ma protection. Et je ne suis pas suffisamment anesthésié, surtout après une existence à constater la couardise organisée, pour me vautrer dans la ouate molle des illusions. Je serai toujours un homme pacifiste qui déteste la violence… mais je sais que mon passager noir, référence à la fameuse personnalité homicide de Dexter, n’a jamais été banni de ma psyché. Il est là, et en cas de besoin, en cas de danger, en cas de menace, je n’aurai aucun scrupule à lui filer les commandes.

Heureusement, je n’ai jamais encore vécu la possibilité de ce pire scénario. Mais je n’ai jamais abandonné la possibilité de devoir agir pour me protéger ou protéger les miens, avant toute autre question légale ou même morale. J’ai conscience que même pour les meilleures raisons du monde, tu ne sors pas indemne d’un tel acte. C’est aussi ma part d’humilité, quand je voudrais m’imaginer plus que je ne suis. Qui fait l’ange fait la bête, proverbe que j’ai toujours en tête. Pour moi, ce propos de Pascal a un sens bien précis, celui de me rappeler que malgré toute ma prétention à vouloir intellectualiser les choses, je ne demeure qu’un animal mu par des instincts et des passions qui me domineront toujours car j’ai voulu conserver des réflexes de survie en ayant conscience du piège de ce que j’appellerai une domestication volontaire.

Une domestication volontaire qui évoque le projet de loi sur la fin de vie, d’une violence systémique et symbolique particulièrement sensible. Un parfum de « on achève bien les chevaux ». La sensation qu’un glissement de plus en plus perceptible dans une forme de totalitarisme soft, qui toujours use et abuse des mots pour légaliser l’inacceptable. L’ironie d’un système prétendument démocratique qui bombe le torse en montrant la grandeur de l’abolition de la peine de mort dans les cas judiciaires tout en l’introduisant dans la polémique sphère médicale. Il y a quelque chose de tristement funèbre à constater à quel point la morbidité s’installe dans tous les aspects de notre société française. Après la destruction du tissu économique, après le nivellement par le bas de l’éducation, après le défilé des vanités qui dure depuis trop longtemps, après des phases ubuesques qui ont vu des scandales se succéder sans jamais rien pour les forclore et surtout les sanctionner, maintenant c’est bien le trucidement par injection qui va être légalisé… pour notre plus grand bien, naturellement !

Paradoxalement, j’ai toujours prétendu que la liberté de mourir était fondamentalement la seule que nous avions existentiellement. Plus jeune, j’étais admiratif du suicide de Romain Gary, acte ultime d’un individu profondément humaniste et libertaire. A mon âge, connaissant un peu plus les détails de l’affaire, j’ai le doute qu’il n’ait pas fini par succomber à la peur d’affronter tout un système dont il voyait à la fois les failles abyssales, l’hypocrisie patente, et la violence encore une fois symbolique mais bien réelle. Pas que je retire à Romain Gary, que j’adore toujours, le panache qui était indubitablement le sien… mais je mesure l’invisible et pourtant bien tangible pression qu’il a vécu, de plus en plus seul, de moins en moins motivé à continuer le combat. Ce serait bien si chaque individu pouvait inscrire ses actes dans le cadre d’une individualité non parasitée par le contexte qui l’accueille. Mais ce n’est pas le cas. Nous sommes en contingence et cette contingence nous avive ou nous tue au gré des aléas qu’elle nous impose. Imaginer chacun d’entre nous comme des êtres pouvant arbitrer nos choix avec une sérénité telle qu’il ne puisse y avoir rien d’autre que notre volonté pure et parfaite pour nous accomplir est une blague. Comme celle de nous laisser le choix de mourir. Toujours la même blague du « qui ne dit mot consent ! ».

J’ai eu la chance d’être présent à la mort de mon grand-père paternel. Je dis bien « chance », j’aurais bu utiliser l’ironique « opportunité ». Mais si j’ai préféré le premier terme, c’est parce que par amour, je voulais être à ses cotés à la fin. Je voulais, s’il avait eu un doute, qu’il sache que je l’aimais vraiment, lui qui à peine deux mois avant m’avait demandé, alors qu’il recevait une légion d’honneur bien tardive, « si ça en valait vraiment la peine ». Je voulais donc qu’il sache qu’avoir été mon grand-père, à mes yeux, ça en valait vraiment la peine et que j’étais là pour en prendre mon lot. Qu’il ne serait pas seul, même si mon oncle et ma tante étaient là eux aussi. Je n’ai pas peur de la mort, pour moi ce n’est pas la fin. Mais je mesure la douleur de la disparition, la souffrance de l’absence, cette étape qui nous retire ceux que nous aimons dans ce prosaïque monde matériel et matérialiste. J’aurais voulu confier, à chaque fois, à ceux qui partaient et avec qui j’étais, tout ce que je sais et je sens. Impossible, je n’ai jamais pu me convaincre que mes convictions faisaient une certitude à vendre aveuglément aux autres. Je n’ai rien pu dire de valable, de sublime à mon grand-père. J’étais juste là, si infiniment désolé, si infiniment infime, si dérisoire, comme une dernière blague silencieuse.

Mais j’ai été témoin de son euthanasie, un souvenir troublant, un souvenir dérangeant. J’ai eu droit tout d’abord à l’arrivée du médecin, bourgeois rassasié de lui-même, affermi par un éthos de parvenu bien installé, accompagné d’un aéropage de jeunes femmes qui le suivaient avec une dévotion fébrile. Le médecin nous regarde à peine, mouches inopportunes dans son ciel divin du sachant puissant, intrus potentiels, petites fausses notes dans son moment qu’il rêve apparemment symphonique, grandiose. Là, il parle à mon grand-père, muet de par son état, juste capable d’acquiescer en jouant un peu de la tête et des yeux. « Alors, Monsieur Renard, nous sommes d’accord, hein ? C’est comme vous le voulez, nous en avons assez parlé ! ». Je tiens à dire que je ne peux attester de l’exactitude des propros. C’est cet esprit en tout cas. Un beau « vous voyez, il a signé son acte de mort, c’est pas moi, c’est lui, hein ? Vous êtes témoins ! ». Malgré tout, ça suinte un peu du mépris de classe, il y a ce petit dédain dégoûté du nanti dont l’ego lui susurre qu’il a un destin – pour le coup celui de mettre un coup d’arrêt à celui des autres, ou de l’achever, au choix. Cette triste condescendance, ce petit surplomb du petit harnaché sur son escabeau systémique dont chaque marche sont autant de privilèges et d’injustices précieusement conservés parce que vous voyez, « c’est comme ça, ça changera pas ». Surtout quand t’as pas envie que ça change Popaul.

L’aéropage contemple. Je ne sais pas trop ce qui se passe dans la tête de ces jeunes femmes. Dans la scène, il y a quelque chose de cocasse et de zoologique. Le vieux mâle dominant qui transactionne avec sa proie devant son cheptel de femelles. Et moi je suis là comme un con à me dire que je dois agir, ne pas laisser se dérouler cette farce. Et tu fermes ta gueule et tu ne dis rien parce qu’à la fin tu te demandes si ce n’est pas toi la farce. Si ce n’est pas toi l’anomalie. Tu ressens l’effet quand, lors de l’expérience quantique, la caméra modifie le résultat du phénomène. Je suis donc une caméra, débile, qui n’a pour objet, but, vocation, dessein, ambition, de voir et d’enregistrer. Combien de ses yeux invisibles ne sont finalement que des muets mesureurs de frustration ?

Quelques heures plus tard, retour du médecin. Injection, et hop, quelques trop longues secondes plus tard, mon grand-père s’en va. Je l’ai vu avoir mal, ce moment là, cette crispation, ces yeux qui s’ouvrent et qui crient la douleur, sont en moi telle une source de colère, cette infinie colère, qui m’a toujours miné en s’alimentant, au fil du temps, de toutes les ignominies dont j’ai été témoin. Je voudrais témoigner, en bon neuneu, que tout était bien ce jour là, dans l’ordre des choses. Non. Non. Non.

Je n’ai, pourtant, pas fait d’esclandre, pas fait de bruit. J’écris ces mots aujourd’hui car ce qui se trame me rappellent ces moments là. Toujours la même comédie. Toujours le même résultat.

J’ai fait la promesse à mes enfants, alors qu’ils étaient tout petits, de ne jamais leur peser. J’ai pris soin de ma santé et quand ils sont devenus grands, je leur ai répété bien des fois que je ferais ce qu’il faut si le besoin s’en faisait sentir. Mais je ne finirai pas dans un putain d’hôpital entouré de croque-morts consentants, usine à tuer que ces fous sont en train de mettre en place, consciencieusement, adverbe ironique et cependant parfaitement approprié. Ce projet de loi, motivé par une urgence qui laisse deviner un agenda mortifère, n’est qu’une étape d’un triste plan. Sous la clameur d’un humanisme vibrant, le cynisme et la psychopathie digérée laissent leurs sourires carnassiers dépasser du masque. C’est pour notre bien, toujours. Et notre apathie de leur donner raison. Tristesse de ce temps résolument malfaisant.

Alors j’écris ce billet, juste pour témoigner que je ne suis pas dans la collusion. J’ai à présent compris que pour un changement, il faut une révolution intérieure. La mienne s’est réalisée il y a très longtemps, je suis charrié par la masse comme une poussière par la tempête. Je sais que nous pourrions faire montagne et l’empêcher, ce foutu vent. Encore une fois, trop de monde s’en fout, tous ceux qui me diront que c’est à moi d’abord de bouger, de faire.

« Et toi tu fais quoi ? ».

Lis ce billet et arrête de me renvoyer ta soumission en pleine gueule, pour commencer. Manifester ce n’est pas défiler pour caricaturer les mouvements authentiques d’un peuple vivant. C’est tout d’abord construire en soi l’architecture d’une révolte, d’une insoumission. En rendant ce peuple inculte, analphabète, incapable de structurer sa pensée, les forces qui nous oppriment ont accompli une phase majeure dont tout cela n’est que le résultat, la conséquence, la continuité.

Mais bon WE quand même !

Just an illusion

Je demande pardon à Téléphone, le groupe mythique français des années 80, dont « Le jour s’est levé » demeure pour moi un des plus beaux fleurons au sein de la production musicale qui aura abordé, timidement, la question de l’éphémère. J’ai préféré prendre le titre de la chanson du groupe Imagination qui est aussi dans mon top du top, vieux con oblige. Mais « Juste une illusion » est aussi un très bon cru, que j’écoute souvent.

Je me demandais quoi écrire, et surtout, sur quoi écrire, m’étant rendu compte que je me répétais dans ma vision moraliste des choses et surtout des événements. Je me sens souvent bien seul avec mon obsession du bien et du mal, je me sens dinosaure parmi les mammifères, j’ai peur que la masse énorme de mes prétentions ne me fassent trop remarquer, et pas en bien, parmi les agiles primates qui m’environnent. Des consommateurs de bananes, des gros consommateurs, qui laissent pléthore de peaux derrière eux, vestiges glorieux de leurs féroces appétits… et ça glisse. Tu marches, de ci de là, et paf, une peau de banane, mais finalement c’est ta faute à toi si tu l’as pas vu, aussi.

Tu entends ce doux refrain ? C’est TA faute.

Et cette semaine, Bayrou et la rengaine des français qui ne travaillent pas assez, et qu’il faut avoir un discours de vérité, et vas-y que je t’enfume, encore et encore, même si tu portes un masque à gaz et une pancarte qui précise ce que tu penses, avec un gros « menteur ! » en lettre de feu. Quand tu as le monopole de la parole, tu fais ce que tu veux, avec le verbe créateur, réifiant, ce que tu dis devient vérité. Mais en fait non. C’est une invitation à participer à la comédie, et j’espère, oh oui j’espère, qu’une saine rétivité est en train de naître au sein de notre peuple atomisé par des décades d’illusions et de fausses certitudes.

Quand j’ai vu Bayrou, je me suis rappelé une anecdote personnelle. Je détestai l’école. C’est encore faible dans l’intention. Je haïssais l’école. Pour plusieurs raisons : je m’y emmerdais copieusement, je ne supportais pas la méchanceté et la violence qui y régnaient (alors que ça devait être presque paradisiaque au vu de la situation actuelle), et surtout je ne supportais pas d’être loin de ma mère. Ecris comme ça, je peux donner l’impression d’avoir été un gosse souffrant d’un violent complexe d’Oedipe et faible par nature. Non. Je voulais juste être avec elle car le sentiment d’amour que ma mère défunte m’a toujours témoigné était pour moi la nourriture suprême, essentielle. Je n’étais pas un enfant tactile, comme je ne suis pas devenu un père tactile. Ma fille, encore maintenant, me reproche la rareté de mes « câlins », ces étreintes qui vous font sentir l’autre de très près. J’ai toujours eu du mal avec ça, même avec mes parents, qui n’étaient absolument pas tactiles non plus. J’adorais vivre aux cotés de mes parents, qui étaient des gens calmes, doux, généreux, honnêtes. Quand je sortais de chez moi, j’allais dans un monde hostile et désordonné, violent et injuste. L’école pour moi c’était la corvée de m’emmerder en plus. A la maternelle, je faisais mes devoirs écrits au fur et à mesure où la maîtresse les donnait. J’avais raté le cours sur les divisions. J’ai appris en déduisant la méthode de l’opération. De l’école primaire jusqu’au bac, je n’ai clairement rien foutu. Et j’ai eu le bac du premier coup, ce qui pour moi revient de la puissance du karma plus que de mon véritable mérite. Certains diront que c’est la même chose, mais personnellement je sais quand j’ai droit à un miracle. J’en ai eu pas mal dans ma vie, des petits coups de pouce substantiels. Le bac en fut un, ce qui provoqua chez moi, durant de nombreuses années des rêves où je vivais une année de Terminale pour le repasser, comme j’avais prévu de le faire avec la belle Christina. Mais ça c’est une autre histoire.

En entendant Bayrou, une saynète de ma Terminale m’est revenue. Cette année là, durant l’été, j’avais vécu un sale chagrin d’amour ; mon meilleur ami m’ayant « piqué » la jeune fille de mes rêves d’ado, et j’étais salement touché. Blessé à mort, ne survivant qu’avec le farouche désir de ne plus être celui qui avait eu cet échec destructeur. A la rentrée, Christina était là, dans ma classe, et elle m’avait demandé à être ma colloc de table dans quelques matières. J’étais écorché et j’avais la plus belle infirmière qui me proposait de m’aider, sans le savoir. En Cyrano compliqué, voulant des obstacles au lieu de cueillir des roses, j’ai donc choisi la fuite en me convainquant que je trouverai mon bonheur dans une prudente distance. J’ai donc battu mon record d’absentéisme, surtout que j’avais conclu avec mes parents (en les mettant devant le fait accompli) qu’ils n’avaient plus droit à consulter mon bulletin scolaire. Par fierté, j’ai quand même concédé de leur faire voir le premier, qui était cataclystimement catastrophique. En cela, je ne dissimulais rien, comme ce que je faisais au lieu d’aller en cours. Régulièrement, je croisais les élèves de ma classe dans la rue, tandis que nos directions différaient. Eux allaient en cours, moi j’allais en ville. Je n’imaginais pas alors que ça provoquerait, déjà, une rancoeur tacite. Georges Brassens disait pourtant bien que « les braves gens n’aiment pas que/L’on suive une autre route qu’eux », sans que je ne comprenne l’analogie.

Mais j’allais parfois en cours, comme j’allais aux interrogations écrites, juste histoire de ne pas fuir l’ennemi non plus (fuir Christina était pour moi une forme de courage – je n’ai jamais dit que je n’étais pas très con non plus). Pour m’y planter. Ainsi, les devoirs de math, où je mettais mon nom/prénom, la classe, la date, et si j’étais inspiré les numéros des questions, suivis de blanc ou de propositions hypothétiques (j’ai toujours eu l’espoir qu’une inspiration divine m’infuse la connaissance mathématique, avec l’antériorité de mon exploit pour les divisions – en vain). Et donc au remise des-dits devoirs. Il faut un peu me comprendre, comme le chantait Berger, pour percevoir l’assurance, le sentiment de liberté, de se confronter à ce juge social qu’est le prof. Pour moi, l’école était une antre d’injustice, et l’affronter était important. Tout en convenant qu’il faudrait aller au bout du chemin et donc devoir y concéder. Mais pas cette année là, pas après l’été merdique où j’étais mort un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout.

Et là, j’ai vécu une fois une similarité d’impressions avec le discours de Bayrou. La prof me rend ma copie, un 0 ou un 1, que je réceptionne avec le mutisme romantique qui était le mien à l’époque, tandis que de très bonnes notes étaient saupoudrées autour de moi. Mais l’opprobre de ma situation ne me rendait pas non plus aveugle sur celle des autres. Quasiment tous les bons élèves trichaient, et j’avais juste un petit doute sur celle qui était la meilleure, car son sérieux et son calme silencieux, qui rivalisait presque avec le mien, m’inspirait un respect et une circonspection solidaire. J’ai toujours aimé passer pour un con auprès des imbéciles, acte libertaire invisible qui apparemment n’était pas aussi invisible que ça aux yeux des profs, vu les échos que certains m’en auront donné par la suite. Si j’avais voulu briller, j’aurais agi comme elle ; donc j’avais un doute, que son résultat au bac, par la suite, a tout de même amoindri. Car tous ces bons élèves se sont bien plantés, souvent plus que moi, à l’épreuve finale. Et elle aussi.

La prof rend les copies, et là, un grand dadais dont je ne me rappelle plus le nom, se fiche en face de moi et commence à se foutre de ma gueule. Je me souviens l’avoir regardé, toujours silencieux, avec ce sentiment de vide profond qui m’habitait souvent quand je constatais un comportement puéril à laquelle je ne savais pas répondre. Mais surtout, je voyais un imposteur qui oubliait que son mérite était à la fois factice et illusoire. J’étais timide à l’époque, et surtout je n’avais pas la capacité de structuration et d’analyse qui est la mienne à présent. Pour moi c’était un tricheur et un menteur. Qu’il ne puisse concevoir la beauté tragique de mon acte kamikaze ne me touchait pas. Et surtout, je m’interrogeais sur tous ces tricheurs. Je me demandais, car j’en avais l’intuition, s’ils ne s’étaient pas mis à croire à leurs propres mensonges. S’ils s’imaginaient bons en math. Autant l’étaient-ils, la triche ne représentait peut-être qu’une part infime de leurs bons résultats, juste de quoi gratter un point ou deux. J’étais indulgent à l’époque, vu la dévastation actuelle, je le suis beaucoup moins.

Les épreuves du bac sont arrivées, et par ailleurs celle en math. Je pensais rendre copie vierge, et là, nouveau miracle, je tombe sur un problème qui m’a donné loisir à barbouiller, pour une fois, du sens. Durant l’année, j’avais pris deux heures de cours particuliers avec une prof de math, qui au début désespérée, avait fini par me dire avec une franche admiration que j’avais l’esprit mathématique, que j’étais doué, etc. Ma vie sentimentale et intérieure accaparant alors ma psyché, ma mère ayant été réceptrice de la part de la prof de mon talent inexploité, je n’ai pourtant pas répété l’expérience. Mais j’avais effectivement compris le principe et la méthode, ce que j’ai reporté quelques mois plus tard à l’épreuve sacrificielle.

Je finis en rattrapage (déjà un miracle), et je finis par avoir ce bac dans un moment presque magique où j’ai été parfaitement éberlué. Dire que je ne m’y attendais pas est un euphémisme puissant. Mais surtout, record de redoublement cette année. Beaucoup de ces bons élèves étaient dans le panier, avec une note catastrophique en math. Nous étions tous allés au bout du karma, cette loi mystérieuse qui remet les choses dans l’ordre. Pour mon cas, ça tient du miracle, pur et simple, car une addition d’événements, d’interventions, ont sauvé ma peau. Je le dis encore avec humilité, je ne méritais pas ce bac. J’en avais les moyens, mais je n’avais rien foutu cette année là. Moi, je voulais redoubler avec Christina, et d’ailleurs, la seule chose qu’elle m’aura dit ce jour là, avec un dépit sensible, c’est « tu vois tu l’as eu », avant même que je n’aille voir par moi-même le résultat.

Je ne dirais pas que j’ai ressenti une joie quelconque à voir la déception de mes camarades. Voir ces cothurnes pleurer affadit ta joie. Mais j’avais été surpris, ébranlé, la stupéfaction m’avait rendu fébrile. La joie que j’ai manifestée, tellement imprévue, a provoqué un camarade avec qui j’entretenais une relation ambiguë. Petit harceleur et grand échalas, je ne m’étais pas décidé à le taper pour cause de magnanimité prudente. Là il vient m’agresser et me chercher, et je n’étais pas en état de contenir la bête. Un bon copain, me connaissant, intervient avec intelligence, le tempère, me soulage. Grâce lui soit rendue, je n’aurais pas voulu gâcher le boulot des forces qui m’auront bien aidé en me comportant comme un sale con d’être humain.

Cette année là, le taux d’échec en rattrapage fut un bug qui ne se renouvela pas les jours d’après. Je me rappelle d’amies, comme ma chère Frédérique, et d’autres dont je ne me rappelle plus le nom, qui décidèrent de ne pas renouveler l’affaire après deux échecs. Les bacs littéraires, économie et littérature, étaient des bacs complexes, pluridisciplinaires, qui exigeaient une réelle capacité à la fois d’assimilation mais surtout de structuration par l’écriture, chose pour laquelle j’ai toujours été doué… mais qui était déjà rare à l’époque. C’est grâce à ces capacités que beaucoup de profs me respectaient en ne comprenant pas vraiment pourquoi je ne faisais rien de ces prédispositions. Je ressemblais à un homme adulte au lycée, il n’était pas rare qu’on me prenne pour un pion… J’y étais malheureux, pas à ma place. Mais quand j’ai eu mon bac, c’est un peu comme si ma peine de prison s’achevait enfin. Et paradoxe facile, j’ai ensuite pris goût au travail comme à l’étude, j’ai enfin vécu mon épiphanie. J’étais sorti, enfin, de l’enclos de médiocrité dans lequel on m’avait confiné. Pour mes enfants, j’ai pourtant loué l’école, en répétant que c’est un lieu d’importance pour se cultiver, apprendre, s’améliorer. Bien que je considère que le principal de l’éducation se fait à la maison. C’est ce que j’ai fait avec mes enfants, et je suis fier du résultat, surtout que je n’ai guère été aidé dans la tâche, encore une fois.

Bayrou, cette semaine, m’a rappelé cette période. Je me suis demandé, comme pour mes camarades de classe, s’il avait conscience de sa perfidie ou s’il s’était mis à croire à ses propres mensonges. Avoir conscience de sa médiocrité nécessite une grande part d’humilité mais aussi de courage. Constater ses lacunes, ses manques, ses fuites, ses errances, ses erreurs, la réalité du résultat, te définit en tant qu’être humain. Nous sommes tous minables, exception faite de quelques uns qui nous sauvent et qui font le vrai boulot, le vrai taf. Je n’en suis pas, j’ai juste le courage de me savoir là où j’en suis, entre impuissance et lâcheté, entre désespoir et découragement. Je voudrais tellement faire plus mais je ne sais pas comment faire car je suis écrasé par tout ce qui pèse sur mes épaules… charge que j’ai acceptée mais qui me contraint. Je pourrais faire comme Bayrou, et tenter de manipuler les faits pour expliquer que je suis un superhéros, et que c’est votre faute, à vous, au système, à la terre entière. Nous ressentons tous, en ce moment, la conscience d’une injustice en marche, si j’ose l’allusion. Les illusions sont tenaces, nos vies terrestres et matérielles sont un piège de croyances et de certitudes, mais il n’est pas impossible que nos contempteurs, nos tyrans, ne soient pas moins dupes que nous le sommes.

Searching for a destiny that’s mine
There’s another place, another time
Touching many hearts along the way, yeah
Hoping that I’ll never have to say

It’s just an illusion (ooh, ooh, ooh, ooh, ah)
Illusion (ooh, ooh, ooh, ooh, ah)
Illusion

Follow your emotions anywhere
Is it building magic in the air?
Never let your feelings get you down
Open up your eyes and look around

It’s just an illusion (ooh, ooh, ooh, ooh, ah)
Illusion (ooh, ooh, ooh, ooh, ah)
Illusion

Could it be that… it’s just an illusion?
Putting me back in all this confusion?
Could it be that. it’s just an illusion, now?
Could it be that… it’s just an illusion?
Putting me back in all this confusion?
Could it be that. it’s just an illusion, now?

Could it be a picture in my mind?
Never sure exactly what I’ll find
Only in my dreams I turn you on
Here for just a moment then you’re gone

It’s just an illusion (ooh, ooh, ooh, ooh, ah)
Illusion (ooh, ooh, ooh, ooh, ah)
Illusion

Illusion
(Ooh, ooh, ooh, ooh, ah) Illusion
(Ooh, ooh, ooh, ooh, ah) Illusion
(Ooh, ooh, ooh, ooh, ah) Illusion

Could it be that… it’s just an illusion?
Putting me back in all this confusion?
Could it be that. it’s just an illusion, now?
Could it be that… it’s just an illusion?
Putting me back in all this confusion?
Could it be that… it’s just an illusion, now?

source : Imagination / 1982 / Album : In the Heat of the Night

L’escroquerie du consentement

Ce matin, pendant le boulot, j’écoutais l’interview de Francesca Gee par Alexis Poulin, sur son excellente chaîne Youtube du Monde Moderne, quand elle a abordé la question du consentement comme un processus visant non pas à procurer ce qui pourrait se définir comme un processus défensif contre certains abus notamment d’ordre sexuel (mais pas que) mais bien à couvrir les abus d’une couche plus ou moins opaque de permissivité involontaire.

J’ai déjà trop écrit sur ce blog cette semaine, mais l’actualité est surchargée, pour cause d’une corruption qui fait que les scandales à la fois se succèdent et à la fois perdurent. Pour le coup, j’ai trouvé cette interview, outre les informations qu’elle fournit sur le triste cas de la pédocriminalité, très intéressante pour cette réflexion sur l’aspect manipulatoire du consentement. Je suis déjà revenu sur ce blog sur le sujet d’un sophisme consciencieusement appliqué pour escroquer par la confusion du sens, notamment sur un billet qui dissertait sur la névrose « constitutionnelle » à mon sens nourrie par une vision romantique voire romanesque de la démocratie. J’ai insisté sur la duplicité, la tromperie, qui reposent en l’établissement d’un contrat pour prévaloir sur tous nos actes à la fois moraux mais également citoyens.

En bref, des lois ne peuvent qu’obliger alors qu’il faudrait que l’individu par lui-même adhère et participe pleinement à ce qui profiterait à tous. En désarmant l’individu de son libre-arbitre, en le rendant incapable par lui-même de formuler un but sociétal clair reposant sur une vision lucide et avertie du cadre systémique qui l’abrite, il n’est plus qu’un jouet, un simple individu consumériste, un idiot plus ou moins utile perméable à toutes les influences qui sauront se jouer à la fois de sa candeur et de ses illusions solidement entretenues. Penser que l’ordre et la loi sont des solutions, c’est volontairement ou non participer à transformer nos sociétés en tyrannies tristement organisées : la solution c’est veiller à une justice élémentaire, fondatrice de tous nos échanges tant publics que commerciaux. Ne pas concevoir, comprendre, que la misère organisée et volontaire est source de troubles profonds est une vilainie de plus. Hors, le consentement serait pour Madame Gee une énième escroquerie philosophique pour couvrir ceux qui sont en position de domination dans nos sociétés ploutocratiques. Et en y réfléchissant, ce qui semblerait une mesure salutaire se dévoile davantage comme une argumentation juridique de plus pour camoufler à la fois le crime et le problème.

A un moment, Alexis Poulin ne comprend pas le piège pour des adultes ; pourtant, le but d’un contrat, notamment, est bien d’ensevelir la sève du propos sous des couches bien sirupeuses et souvent malicieusement tarabiscotées pour tromper le souscripteur qui imagine simplement, trop simplement, que de toute manière tout est fait pour l’équilibre des parties. Tant de promesses merveilleuses pour qu’à la fin on vous renvoie au petit alinéa qui vous dit que non, y aura que dalle. Et encore, le principe devient de plus en plus à vous renvoyer à de longues relectures dudit contrat même si tout va bien. Je te dis non, et toi débrouille-toi pour revenir vers moi en structurant ton « mais j’insiste » en me disant par où je te suis obligé. Une loi salutaire ? Celle qui obligerait les abuseurs de paperasse à te payer le préjudice de ton temps inutilement sacrifié sur l’autel de l’odieuse roublardise.

L’esprit de contrat est pourtant dans notre démocratie française, à la base sur le principe d’équité entre les parties. Je ne suis pas un expert en droit pour connaître et comprendre tout ce qui a amené à cette volonté, mais oui, à la base un contrat établit un rapport d’égalité entre les deux parties dans un processus d’échange en veillant qu’il n’y ait pas un déséquilibre dans l’échange. Une petite pensée pour la Hollandie qui aura bien défoncé le droit du travail et couvert les abus des licenciements économiques en exemptant son plus grand ennemi des conséquences de tous les abus de la désindustrialisation frénétique que la France a connu les quinze premières années de ce nouveau millénaire.

Que cette volonté d’égalité, comme tout le reste, soit devenue accessoire, est le cas d’une faillite morale que nous devons tous constater. Je renvoie aux vidéos de Rémy Watremez sur sa chaîne Juste Milieu qui aborde la question du cas de Marine Le Pen avec une conscience des enjeux de cette affaire ; clairement, il dit bien que MLP est coupable, mais que le coeur du scandale réside dans l’impunité de tous ceux qui depuis des années ont fait pareil ou pire… et qu’ils sont légion. En bref, des lois, des contrats, s’ils ne sont que des leviers pour créer des injustices ou pire, couvrir des abus, dévoient leur fonction première. Ok pour condamner Marine Le Pen, mais quid de tous les autres, de notre cher premier ministre jusqu’aux abus des sociétés de conseil ? Nous avons même un exempté par prescription, cette horreur légale si pratique, à la tête du Conseil Constitutionnel. Cette corruption généralisée, à ciel ouvert, n’est permise que par notre impuissance organisée, par notre tacite… consentement.

Nous devrions tous être capables d’y voir clair, de comprendre, de discerner, de faire la part du bien et du mal. Mais dans une société où la confusion est à la fois entretenue et où les organismes formateurs ne veillent qu’à rendre les individus productifs, c’est compliqué d’avoir une pensée claire et structurée. Nous nous sommes tous habitués, au fil des ans, à cette corruption tacite et devenue par la force de choses plus que visible – tolérée, admise, autorisée, permise, fais ton choix. Nous avons tellement laissé les médias nous dire ce qui était bon ou mauvais, nous avons tellement laissé notre conscience au rythme des agendas et des lignes éditoriales des faiseurs d’opinion dont la voie est amplifiée, sur-capitalisée, faisant taire les grognements de la masse rendue invisible et monstrueuse (coucou les gilets jaunes), que sous couvert de « progrès » de nouveaux mécanismes de contrôle et de manipulation sont minutieusement mis en place.

Dans l’idéal, il faudrait que l’Etat soit le défenseur du citoyen qu’il représente. Mais dans nos sociétés libérales, nous en sommes tous remis à nous-mêmes pour assumer à la fois nos errances et nos erreurs personnelles, mais aussi celles que nos représentants prennent pour nous (de la damnation par la dette). L’adhésion, le consentement, l’élection, sont des processus qu’il faudrait entourer d’une claire vigilance, non pas pour circonvenir au manque de responsabilité de l’individu, car la question n’est pas non plus de pêcher par la défense de la désinvolture, mais bien pour ne pas rendre coupables des victimes par abus de candeur.

C’est un débat compliqué, car hier encore, j’écoutais Anouk Grinbert sur France Culture qui racontait la triste histoire de sa vie en prise à une société patriarcale qui a laissé des hommes abuser de celles dont leur devoir est de veiller et de respecter. Pour moi, c’est une logique de prédation, celle qui domine dans la nature, mais qui, dans le règne humain, devient en plus d’être une logique cruelle (devoir manger ce que nous dominons) devient une logique perverse (car dégagée du besoin de la pure survivance). Encore ce matin, j’écoutais des professeures sur Tocsin qui en revenaient encore à cette logique de l’ordre pour l’ordre, car ne comprenant pas que l’école ne pourra jamais se substituer parfaitement à l’éducation parentale élémentaire. Pourtant, il faut éduquer nos enfants, et par défaut, nous éduquer nous-même. J’explique souvent que mes parents ne m’ont pas éduqué, j’ai été réduit à moi-même, avec ce que ça représente de bon et de mauvais… mais j’ai eu la chance de profiter d’une saine exemplarité. Mes parents étaient des gens généreux, d’une bonté évidente et claire. Si les choses n’étaient pas formulées, elles étaient incarnées, et c’est ce qui m’a permis à la base d’avoir bon fond et à présent de pouvoir structurer mon propos par la sagesse qu’ils m’ont permis d’acquérir. Chez mes parents, il n’y avait ni consentement ni adhésion, il y avait juste à agir pour le mieux sans porter préjudice aux autres. Quoi qu’en disent les réfractaires à la morale élémentaire qui confondent souvent leur rejet de la religion et le besoin élémentaire d’une moralité comme ensemble de valeurs permettant de mieux vivre ensemble, nous avons plus que jamais, à l’heure d’aujourd’hui, besoin de retrouver la prégnance de l’identification de ce qui est bien ou mal dans tous nos échanges inter-relationnels (voire extra-relationnels, ne soyons pas économes de bonne volonté).

Je tenais à vous dire, Madame Grinberg, vous qui n’irez certainement jamais sur ce blog obscur, que j’ai personnellement arrêté de regarder « Mon homme » quand c’est très rapidement devenu un spectacle dégradant, du voyeurisme triste, comme tous ces tortures -porn qui sont à mes yeux l’accomplissement de cette triste jouissance à supporter la souffrance d’autrui comme un spectacle de plus parmi tous les spectacles. J’aimerai vous dire que non, tous les hommes ne sont pas des brutes, que ce n’est pas une affaire de sexe mais bien de conscience. Une conscience qui n’est pas une question de genre ou d’idéologie, juste un positionnement moral, existentiel, considérant chaque chose avec la volonté d’agir pour le mieux. J’ai beau, personnellement, remettre la question sur l’autel philosophique chaque jour, j’en reviens toujours à la nécessité d’une ambition personnelle de participer à l’avènement d’une société humaine plus juste et responsable, plus sage et noble. L’éducation ne peut se suffire de n’être qu’un dressage, qu’une domestication. Elle doit devenir une méthode propédeutique d’émancipation pour que chaque individu aie les moyens de faire pour lui comme pour les autres, les meilleurs choix.

Fait étrange, à la manière de la tolérance qui induit l’intolérance contenue, le consentement induit l’abus consenti. C’est cette triste vérité dont il était question ce matin, chez Alexis Poulin. C’est le piège qui nous menace tous, dans un monde de sophistes, quand tout devient sujet à escroqueries et manipulations par la nature foncièrement polysémique des mots. Accepter son sort, ce n’est pas admettre qu’il était souhaité. Attention à ne pas faire de la résignation un sacrifice volontaire.

Good bye Val Kilmer

Il y a des acteurs qui l’air de rien, vous touchent au-delà des rôles qu’ils jouent, des films qui démontrent leur art, du succès qu’ils reçoivent. Pour moi, Val Kilmer était particulier, car à l’aube de ma majorité, quand je me découvrais cinéphile, je dévorais un Kill Me Again, vivant la chaleur du sud que j’avais rejoins tout en goûtant l’âcreté des histoires un brin amorales de John Dahl, qui dans ma mémoire, se mêle avec ces instants bénis de ma jeunesse. Il va surtout jouer un rôle qui demeure pour moi une icône puissante de mon imagerie personnelle. Il est temps de parler de Tombstone, un de mes films honteux car je l’aime pour tellement de mauvaises raisons en oubliant que le film est à la fois très mal structuré et maladroit dans son propos. Tombstone ne réussit pas le miracle HIghlander qui voyait ses outrances devenir ses moments de gloire… les deux films partagent paradoxalement les mêmes qualités : un casting prestigieux, une belle image et une bonne musique (bien que la BO d’Highlander demeure grâce à la magie de Queen et de Michael Kamen une tuerie définitive, à mes oreilles inégalée voire inégalable), et une VF au top du top (je suis un fan, c’est le bon mot, des doubleurs d’antan)… mais Tombstone pêche par une superficialité au niveau de ses personnages, qui ne sont que des archétypes, et son montage brinquebalant (petite mention, à la fin, quand Doc Holliday laisse partir Wyatt à son duel, pour arriver bien avant lui sans que ne soit explicité ce miracle digne d’un ninja). Mais, mais, mais… Doc Holliday, quoi. Val Kilmer est pour moi la raison qui fait que j’adore ce film et que je ne l’ai pas honni malgré tous les défauts qui m’empêche d’aimer fièrement ce film. Il y a eu plein de versions/interprétations du personnage de Doc Holliday, et pas les moins admirables, au contraire. Mais Val Kilmer est juste parfait, à mes yeux toujours, dans ce personnage qu’il nous offre de cynique mourant, de solitaire amer, de vaincu superbe, d’ami tragique. La scène du saloon où il joue de la tasse en réponse à un pistolero qui joue du pistolet… bah j’adore… j’aime cette belle critique de la vanité, de la fatuité, venant d’un homme qui pour une fois ne rentre pas dans un duel de virilité à la con. J’aime quand il porte son long manteau sur les épaules, à même son vieux tee-shirt et ses bretelles visibles. J’aime quand il dit que Wyatt a été son seul ami et que c’est pour ça qu’il ne l’abandonne jamais. J’aime son teint cireux, ses yeux rougis, sa sale gueule de malade. Val Kilmer nous montre un agonisant qui ne sait que cramer/crâner sa vie car en lui quelque chose est définitivement brisée, qu’il y a une déception qui tranquillement mais sûrement l’a miné en broyant en lui la moindre idée du bonheur. J’aime voir cet homme sensible, fauve maussade parmi les fauves vulgaires et brutaux, en colère quand un comédien est sauvagement et surtout inutilement assassiné. J’aime ce dernier plan, qui frôle le ridicule, où le personnage meurt tandis que ses deux pieds nus dépassent du lit, voyant quelque chose d’un coup, qui semble enfin le surprendre.

J’ai depuis lors, toujours suivi la carrière de Val Kilmer, ne pouvant m’empêcher de l’apprécier, car discernant une belle sensibilité peu à peu étouffée par le temps et des intrigues qui ne lui permettaient pas d’offrir une aussi virtuose interprétation. Je me dis que d’autres jugeront au contraire sa prestation outrancière et cabotine. Je m’en tape, je joue de la tasse avec eux quand ils veulent, moi aussi je suis un tassolero de grand talent.

Bye Val Kilmer, la mort n’est rien mais le manque, lui, est bien réel.

Tant que le lien durera, la scène du saloon dans Tombstone :

Avril en France

J’ai énormément de brouillons qui dorment sur ce site, car j’écris depuis quelques semaines très régulièrement, mais parvenu à la conclusion ou parfois même en plein milieu du gué, je ne valide point l’expression de la pensée du jour. A vrai dire, j’ai l’impression de constamment me répéter dans ma vision très morale, et il faut l’avouer, très moraliste du monde, un peu comme le vieux con (que je suis) qui ne fait que ressasser, en marmonnant, ses petits griefs à un monde qui n’en a rien à foutre de ses frustrations et surtout de sa pathétique opinion.

Mais comment voulez-vous faire quand, dès le matin, on vous bassine avec l’IA ? Allez, vas-y de l’oracle d’un grand remplacement maintenant digital, numérique, qui menace nos vies et nos emplois précieux dans cette grande chaîne qu’est devenue la société consumériste moderne. Pire, certains font des IA des oracles vers lesquels vont se tourner servilement des petits humains en quête de sens. Tu me diras, dans des sociétés-prisons qui enferment ses citoyens dans des geôles symboliques et sémantiques, espérez que la machine soit un sauveur potentiel, c’est bien l’ultime expression d’une décadence programmée. Dis-moi, machine (avant on disait « machin » – mais ça c’était avant), quel espoir de liberté me reste-t-il dans un monde qui m’aliène (ne pas confondre avec « alien » dans le prompt) tous les jours davantage dans une logique non-sensique me réduisant à un simple atome productiviste à la valorisation estimée par ceux qui ont organisé mon exploitation ? Je serais tenté d’aller poser la question directement à certaines IA pour en constater la réponse, pour disséquer l’algorithme derrière le propos et surtout spéculer sur la base de données. Mais j’ai passé le cap de l’ironie facile. Ce qui me fascine et me rend très pessimiste, c’est de constater à quel point cette escroquerie de l’IA passe de partout et auprès de tout le monde.

Ce matin, sur Tocsin, un intervenant en est allé de son analogie du marteau. J’imagine donc, quand le marteau fut créé, l’objet puis le mot pour le désigner, puis l’usage, puis la fixation dans les mœurs, puis la réduction au rôle d’outil finalisant sa place dans la hiérarchie de valeurs dans notre préoccupation du monde. Et là, pour l’IA, on en est à « ça y est Terminator arrive… ». Je caricature, mais presque pas. Certains imaginent déjà l’esprit synthétique pointer son doigt digital sur le bouton rouge, d’autres projettent des esprits numériques traitant et charriant l’information, les services, dans un automatisme implacable et parfait. La société du rouage, dans laquelle l’humain affronte l’horreur de ne plus pouvoir trouver de sens à sa vie par la productivité, en sus de se voir priver de sa capacité à encaisser de la thune, si nécessaire à nos existences urbaines et artificielles.

Déjà, ça commence à me les broyer menus, mais bon, je passe l’apocalypse technologique qui font les beaux jours des prophètes dont le petit bagage technique trouve chaque jour sa clientèle fascinée. Et là, Marine Le Pen… Non, je ne commenterai pas ce que je pense du RN, mon opinion étant que la politique française n’est plus qu’une sinistre pièce de théâtre avec des comédiens plus ou moins amateurs, plus ou moins inspirés, plus ou moins doués pour le sophisme attendu, et même Mélenchon qui auparavant suscitait un poil de respect me déçoit par la continuité de certaines obsessions qui ne dissimulent plus l’oubli d’injustices de plus en plus flagrantes (je pense notamment aux suspensions de droits de certains travailleurs au moment de la « crise » Covid). La gauche, la droite, l’extrême droite, l’extrême gauche, sont des polarités bien pratiques pour nous piéger dans une vision duelle, manichéenne et divisionniste qui fait les beaux-jours des exploiteurs en chef. Donc Marine est condamnée ? Ce qui me choque ce n’est pas ça, c’est bien que d’une part on en vienne à trouver anormal qu’elle ne profite pas des largesses habituelles d’une Justice très sélective, et surtout que le débat ne soit pas à propos d’une Justice à l’équanimité parfaite mais bien adaptative à une certaine volonté politique. Les différents commentateurs ne discutent pas de la Justice pour ce qu’elle devrait être mais bien pour ce qu’elle devrait faire. En bref, c’est une bataille pour peser sur un des deux plateaux de la balance, parce que comme toujours, j’ai raison, le peuple a raison, ma mère a raison, mon chat a raison, en face ils sont méchants, nazis, fascistes, complotistes, antivax, intégristes, communautaristes, mets ton mot en « iste »… Et que c’est un complot, et que c’est l’état profond, et que c’est n’importe quoi, c’est un scandale, comme en Roumanie, en Ukraine, la faute des russes, de Trump et du méchant Musc, etc. Qu’on en vienne à voir l’éviction de Marine Le Pen, qui se sera bien faite escroquée de son très visible arrangement avec la pseudo majorité gouvernementale, comme un drame, est pour moi une faillite programmée. A l’évidence, l’idée c’est de parier sur les petits jeunes, Bardella en tête, Attal en embuscade, avec les briscards Edouard Philippe dont les médias de droite nous assènent régulièrement qu’on l’adore et qu’on le plébiscite (qu’il est con ce « on ») et Dominique de Villepin qui, outre son incarnation du bourgeois révolutionnaire fidèle aux idéaux d’antan, a le mérite tout de même de certaines positions courageuses. Du coté de la gauche on aura l’escroquerie Glucksmann, pour ceux qui se biberonnent au médias mainstream, si rassurant avec son éthos bobo et ses petites sorties comico-tragiques (j’ai l’impression de voir des gags de la série Friends quand je l’entends parler). Mélenchon viendra, solide sur ses fondations, et la question sera de savoir si nous en sommes encore à la prégnance des médias classiques ou si commence à émerger une nouvelle donne médiatique et donc un impact sur les urnes. Autre paramètre des futures présidentielles, la repolitisation des jeunes qui constatent, dans la douleur, l’escroquerie générale et notamment la faillite des promesses. Les nouvelles technologies étant un dédale sublime dont le chaos est proportionnel à la masse d’opinions outrageuses qui ne sont en grande partie que l’expression d’une émotion non contenue, ça votera encore en masse pour la punchline qui nous rappellera celle d’une star américaine dans toutes les productions qui nous ont habitué à coupler verve et verbe, malice et victoire. Quel drame de vivre dans la société du bon mot, et j’en connais une blinde, car dans ma vie j’aurais pas mal briller de ce coté là. Pour pas grand chose, car si j’ai de l’esprit, je n’aime pas le dévoyer à de sinistres fins…

Il y a peu, quelqu’un m’a demandé d’intervenir, verbalement, pour présenter et défendre son cas… j’ai poliment accepté la tâche, parce que l’expression orale est un exercice que mon extraversion naturelle permet avec facilité. Encore une fois, j’ai vécu ce moment terrible durant lequel je sens que mon interlocuteur s’interloque… Ce moment bizarre, alors que je finis ma diatribe, et là, un blanc, étrange, presque inattendu, un moment figé où tout le monde se regarde et le silence s’installe. Maintenant, je ris intérieurement. Une part de moi se dit que le gars en face n’en a certainement rien à foutre, peut-être même qu’il n’a rien compris. Ou alors il était en souffrance, attendant que je m’arrête vivant un martyr sensoriel en devant subir ma diarrhéique logorrhée. Ou pire, et c’est ça qui me fait marrer le plus, c’est parce que nous ne sommes plus dans la même réalité et qu’il a rencontré un dinosaure, un vrai, alors qu’il croyait que ça n’existait que dans les trucs de Balzac que des profs sadiques ont tenté de lui imposer il y a longtemps, très longtemps. Trop longtemps.

D’où l’intérêt de ce site, où je peux m’épancher à loisir de ma pensée complexe. Je m’amuse à présent à coucher mes longues phrases verbeuses, avec en tête la discipline de structurer le propos en petits fragments abondant tout de même d’un peu de sens et de hauteur. Des états d’âme où se mêlent un cynisme certain et une désespérance tranquille. J’ai été enfermé avec des fous et des ahuris, je tire ma peine mais je n’oublie tout de même pas de m’amuser et surtout d’apprendre. Cette matrice est un asile, un nid de coucous qui se disputent l’entonnoir, les Shadoks pour de vrai mais sans la voix si délicieusement cocasse de Claude Piéplu.

Et pour conclure, je ne résisterai donc pas à finir sur une devise Shadok que j’ai eu longtemps sur le mur de ma chambre d’adulescent :

Une saine constitution ?

Ce dimanche, j’ai vu sur le média avec l’excellent Julien Théry, une auteure venue parler de son dernier livre dénonçant la grosse manipulation de la Constitution. Diantre, j’aurais voulu le signifier avant, car ça fait un paquet de temps que ça m’agace l’escroquerie de cet énième objet symbolique de pouvoir qu’on tend à l’envi pour incanter l’idée d’une démocratie dont la perfection serait le fait d’un algorithme verbal plus ou moins sophistiqué.

Je suis un homme de mots, notamment mais pas que, et j’aime les manier comme j’aime les comprendre. Les textes légaux j’adore ça. Je dispose de l’outillage culturel et intellectuel pour me plonger en apnée dans les abysses verbeux et en ressortir une perle entre les dents. Paradoxalement, je suis devenu, au fil du temps, très méfiant et rétif à user des armes que ces talents procurent. Il y a peu, j’ai été gratté par des personnes qui ont voulu m’apprendre la loi en osant un pathétique abus de pouvoir. Des personnes pas très armées et très inconscientes, plus bêtes que méchantes. Comme toujours, l’adrénaline m’a fourni son petit shoot encourageant à faire un carnage… finalement, plus égratigné que blessé, j’ai rangé le katana en me disant que rajouter du mal au mal, encore une fois, ne serait pas faire preuve de sagesse. A la lettre rempli d’un règlement abscons et d’arguments fallacieux, j’aurais pu répondre par des textes de loi et la dénonciation d’une bien pathétique manipulation. Mais faire démonstration d’intelligence n’en est pas claire manifestation. Autant venir ici, déballer le cake à kéké sans que personne ne vienne le béqueter sans caqueter. J’ai donc laissé couler car il serait un peu ironique d’utiliser les mêmes armes que ceux qui me débectent (notez l’utilisation fine d’un verbe faisant le subtil écho sémantique à un qui le précède).

Donc la Constitution. Je regardais les états d’âme de Yohan du Canard réfractaire suite à son débat fort intéressant avec Idriss Aberkane et Etienne Chouard. J’aime chaque homme de ce trio pour des raisons différentes. Mais concernant la question de la Constitution, ça fait un paquet de temps maintenant que j’ai compris ce que Lauréline Fontaine expliquait donc à Julien Théry ce dimanche, ce qui lui fait une belle jambe car elle a écrit un livre sur le sujet qui me renvoie à la fatuité de mon propos. Personnellement, ça fait un paquet de temps que j’ai compris que les lois et autres règlements sont autant de mécanismes de contrôle et de manipulation qu’une société d’injustice peut en commettre. Finalement, il faut toujours en revenir, analytiquement, au préambule du projet : quelle est l’intention du truc ?

A quoi servent ces Constitutions, qui , telles des épisodes de Starwars, sont numérotées comme autant de chapitres d’une saga fantastique ? Quelle est leur intention à toutes ? Vous me répondrez, bien heureux que vous êtes, que c’est pour vivifier la démocratie en ajustant au fil du temps le propos aux prises de conscience humanistes qui animent nos sociétés bordéliques. Tout ça pour constater que les versions ne sont pas des améliorations mais des aménagements pour asseoir le pouvoir particulier sur les reins du bien général. Pour le bien de tous, bien entendu. Toujours créer des anax pour le bien de tous ces cons qui tels des poulets sans tête sont incapables de vivre ensemble sans se flinguer. C’est pour ça qu’on fait des guerres aussi, pour permettre aux poulets de se défouler un coup laissant un peu d’espace pour un petit coup de balai sanitaire au niveau du poulailler.

Maintenant, quand je vois un règlement, un codex, une loi, un document bien verbeux, je suis méfiant. Car plus c’est long et complexe, plus ça sent le mécanisme pervers de dégoûter par excès de gras. Il y a quelque chose de révélateur et de pervers à constater que tout ce bagage « démocratique » ressemble finalement à un contrat aux petites lignes innombrables, cachées et obscures. La raison pour laquelle je suis chrétien, ce n’est pas parce que j’ai hérité de la croyance par habitus ou parce que j’ai subi le prosélytisme dès ma prime jeunesse. Je suis chrétien car tout est limpide, sobre et clair dans l’héritage laissé par celui que l’histoire appelle Jésus. Par contre je ne suis pas catholique ou protestant, car je ne supporte absolument pas la religiosité dans quoi que ce soit. De la différence entre la croyance et la religion : la foi ne s’incarne pas de la même manière et ne se manifeste pas par les mêmes excès. Par exemple, je m’en fous que Jésus ait été le fils de Dieu. Je n’en sais rien, je n’y étais pas, et étant laïc, je n’ai ni l’envie ni le besoin de blesser ceux qui en sont ou veulent en être convaincus. Pareil pour toutes les autres religions, tant que ça ne me crée aucun souci dans ma vie quotidienne au sein de l’espace public, j’ai rien à dire, l’esprit de la laïcité étant à mon sens dans cette idée non pas d’une tolérance mais bien d’une ignorance. Une intimité spirituelle en sorte mais bon, je m’éloigne de mon sujet principal, qui, vous me voyez peut-être venir, est la simplicité versus la complexité perverse. Aimez-vous les uns les autres, ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse, etc., c’est clair net et précis. Surtout ça ne vend rien, ça te profite. Et bien l’esprit de nos Constitutions, c’est pas trop ça.

Quand tu fais le choix de rejeter l’idée liminale du Bien et du Mal, en arguant que le vecteur moral est dangereux en prenant comme argument les abus des religions dans l’enceinte des sociétés humaines, tu finis dans l’impasse du codex interminable des règles qui veulent absolument, tout prévoir, tout anticiper, à-priori. Non pour susciter chez l’individu une adhésion par la volonté profonde mais bien en le soumettant à l’intimation de la lettre. Ethos versus Kratos, on en revient toujours à ça. C’est comme ça, comme le rappelle le duo du Média ce dimanche, on en arrive à des Conseils constitutionnels, autoproclamés croisés de la vertu, qui te pondent des injustices bien crasses en les enrobant de petites et soyeuses réserves. Et toi, petit atome, petit individu qui témoigne d’une flemme bien compréhensible à devoir lire une bible indigeste légale pour commencer à vivre en société, bah tu te dis que c’est pas normal mais bon, c’est comme ça. C’est le but chouchou, c’est le but.

J’apprécie Etienne Chouard, mais je pense sincèrement que sa quête, pas forcément impossible, est tout de même bien compliquée. Fixer le bonheur dans nos sociétés par la confections de labyrinthes symboliques et éminemment politiques (au sens du « pouvoir » dans la cité) est à mon sens une perdition sophistique. C’est très difficile de déloger le sophisme quand il se pare des plus beaux oripeaux et surtout qu’il se targue des plus beaux oriflammes. L’intention doit nous servir de révélateur comme le jus de citron pour l’encre invisible. De belles lignes, une formulation savante et porteuse d’une non moins savante affectation tenant le démuni en dehors de l’enceinte bourgeoise (de « bourg », soit l’endroit où se crée des règles afin de fluidifier les flux de richesses) sont révélatrices d’une manipulation qui ne vise généralement pas le bien commun mais bien les intérêts particuliers. Vous me répondrez, un sourire narquois, « alors on fait comment ? ». La jungle ou la cité ? Quand la cité devient une jungle, et que des êtres humains se comportent comme des bêtes, il faut revenir à l’éthos, la volonté profonde de vouloir vivre ensemble. Il y a, au fond de ce problème, la triste constatation d’une nature humaine qui ne peut se manifester sans l’inévitable domination de l’égo prédateur dompté par un système auto-régulateur et surtout jugulateur.

Les sociétés humaines ne peuvent sans doute pas se passer de lois. Mais ce ne sont pas leur complexité qui proportionnellement les rendent justes. L’intention étant à l’évidence de se reposer sur la logique du contrat, qui par essence devrait créer un rapport d’égalité entre les deux parties… alors que sa forme impose immédiatement un différentiel entre celui qui la comprend et celui qui en abuse. Entre celui qui le conçoit avec moult chausse-trappes pour que le second découvre à l’usage qu’il a signé pour sa fin (faim ?).

De l’écart entre l’idée que le citoyen lambda se fait de la « démocratie » et celui qui en jouit comme d’un capital aménagé pour assurer son enrichissement et sa suprématie.

L’artificielle intelligence

De bon matin, avant de m’y mettre, je suis agressé, c’est le mot, par un flot de commentaires sur les IA, le buzz depuis un petit moment qui permet de parler d’autre chose que de ce qui est vraiment important tout en faisant croire que la France peut encore participer à cette énième course à l’échalote.

J’entends, de plus en plus régulièrement que les IA vont tous nous remplacer. Enfin, tous, je veux dire ceux qui s’abîment à vouloir gagner leur pain sans boursicoter ou profiter d’une petite rente tranquillement. Hier encore, j’entendais chez l’excellent Alexis Poulin qu’un seul « prompt engineer » allait remplacer 100 ou 1000 personnes, en résumé que les places seraient de plus en plus chères et des masses de chômeurs allaient bientôt alimenter les armées déjà dantesques de réserve.

Entre les voitures électriques et les data centers, bonjour pour la production électrique qui va très naturellement devoir s’adapter à tant d’exigence. C’est irréalisable, à moins de construire moult centrales nucléaires, à fusion bien entendu, et encore, je ne comprends pas le délire sur le sujet des IA si ce n’est, encore une fois, pour entretenir une spéculation toujours et encore névrotique.

Déjà pour le remplacement des gens, oui, ça va mettre un vent dans les métiers de service où viennent se nicher pas mal de professions concernées par la production « intellectuelle » voire « culturelle ». Mais ce qui est frappant c’est que ces IA ne sont que des brasseurs de données, très brutes, et qu’elles sont incapables de créer véritablement à partir de ces données. Une illusion du montage statistique qui ne vise pas à produire une « vérité » mais juste une illusion. Oui, c’est bluffant, par rapport aux images et les vidéos notamment, mais paradoxalement c’est qualitativement très faible et surtout ça n’a pas davantage de valeur qu’un coup de mousse sur une bière de bar. J’y ai cru au début, comme toujours avec ce foutu tempérament romantique, j’avais envie de croire à l’émergence d’une conscience informatique que je ne crains pas, au contraire, ayant beaucoup aimé la performance de Robin William dans l’Homme Bicentenaire et me voyant déjà échanger avec mon meilleur ami cybernétique sur tous les sujets philosophiques que dans ma sphère personnelle je suis le seul à vouloir creuser (de l’intense solitude du mineur de fond). Mes premiers émois avec ChatGpt furent un déniaisement décevant. Avec roublardise, l’IA me sortait connerie sur connerie, mais avec un aplomb que seul le pire des escroc peut assumer sans sourciller. Avec mon surplomb moral et intellectuel habituel, on ne se refait pas, je tentais paternellement de corriger le trublion. Finalement j’abandonnais, quand même bluffé par les capacités de structuration sémantique de mon virtuel interlocuteur. Mais de bluff il en était complètement question, et il en est toujours.

Quand on suit certains univers comme ma frénésie d’information me pousse à le faire, on se rend compte des torrents de licenciements qui se sont déroulés depuis plus de deux ans dans certaines industries comme par exemple l’information et le jeu vidéo. Oui, les IA permettent de générer du « contenu », c’est le bon terme, à moindre de coût. Mais avec une qualité nulle, avec surtout le défaut de ne reproduire que l’opinion de la doxa, soit statistiquement ce qui a le plus de chance de répondre aux exigences de l’opinion publique officielle. En bref, ça ne génère que ce qui va potentiellement convaincre ou plaire au questionneur. Et toute opinion fournie n’est que l’écho d’une donnée lointainement enregistrée un jour quelque part. Une opinion validée ce qui la rend très invalide pour le coup, comme le bilan de Valérie Pécresse cette semaine… Je suis entre le rire nerveux et la crise de grattage quand j’entends nos « élites » utiliser les « IA » (la relativité contrainte par l’usage du guillemet) comme des ultimes oracles… nous entrons dans une ère de technobscurantisme, avec l’abus de religiosité autour d’un dieu informatique dont les apôtres nous révèlent les desseins profonds en se vantant, en passant, de leur élévation, de leur validation, par la voix électronique. J’en rigole mais en même temps j’en pleure.

Personnellement, j’attends beaucoup des IA mais juste pour ce que c’est, pour être un outil pratique dans mes activités notamment artistiques. Mais vu que pour l’instant c’est un sujet de spéculation intense, on assiste à une compétition où les effets d’annonce font fluctuer les cours de bourse avec la masse des candides qui n’y comprennent rien et marchent à fond dans les délires de grand remplacement numérique. Après, y a plus débile, y a aussi les robots qui vont remplacer les caristes, l’angoisse de l’automatisation n’est pas nouvelle, tout ça n’est encore qu’une résurgence des bonnes vieilles thématiques d’un système qui ne pense qu’à exploiter autrui et à monopoliser la richesse produite. Je suis fatigué.

Nous sommes dans le bling bling world, avec des shows inspirés de la culture Las Vegas, néons et gros projecteurs, avec des aboyeurs plus ou moins talentueux qui te disent que demain ce sera encore la fête du slip mais cette fois y aura plus d’élastique, ça tiendra comme ça, sans les mains ni les bretelles. Il n’y a pourtant qu’une seule véritable richesse, c’est l’humain. Continuer à participer à ce délire techno-scientiste est un hubrys de plus, qui alors que je dois commencer ma journée, me fait perdre mon temps à taper cet article fiévreux tandis que mes chattes me tancent pour sortir enfin.

Ma fille hier me confiait qu’elle était en désaccord avec l’usage des IA car consciente de la consommation électrique et donc des dégâts écologiques que cet abus d’énergie entraine… je n’ai pas osé lui indiquer que de toute manière le train était en marche et comme le disait Fabrice Epelboin encore une fois chez Alexis Poulin et le Monde Moderne (oui, ça fait partie de mes écoutes quotidiennes et je vous recommande chaudement cette émission), se priver des IA c’est pour l’instant refuser la marche d’un progrès qui n’attend que ça pour se servir de notre personne comme trottoir. Il y a un choix sous-jacent à tout ça : continuer de profiter des largesses du monde technologique ou entrer en sécession. Personnellement, j’essaie depuis très longtemps d’être dans la voie du milieu mais dans une société d’excès, d’abus et de gaspillage, ce n’est pas très crédible. Pourtant, il faut parvenir à considérer les IA pour ce que c’est, un outil comme un autre qui en lui-même ne donnera pas davantage de sens à nos vies que tous ceux que l’Humanité à créer pour aménager le monde et améliorer son confort. Comme toujours, la surcapitalisation dans les data centers n’est que le signe d’une vision névrotique d’un avenir sous dépendance des flux d’informations digitaux. Mais la création de richesses essentielles ne se fera pas là, et c’est là que ce pari est dangereux. Réinvestir dans la création de médicaments ou tout ce que la chimie basique peut permettre à bas coût serait déjà pour notre pays un début de réindustrialisation et d’espoir. Revenir à une autonomie alimentaire en privilégiant un marché intérieur plutôt que vouloir participer à un monopoly mondial au détriment de nos petits et valeureux producteurs serait nous garantir une alimentation de qualité.

Les IA, ok, faites votre show et faites rêver ou cauchemarder les gens. Mais investir dans le réel ça serait un poil plus intéressant, avec des choix économiques et stratégiques qui (re)créeraient de l’emploi me semble quand même plus pertinent. Ah oui, le choix a été fait il y a un demi siècle de ça de sacrifier toute une strate de la population pour arriver au désastre actuel. Les mêmes qui vont se faire un malin plaisir à te répéter que les IA c’est génial avec une once de sadisme tranquille.

Des fois j’oublie le cynisme derrière tout ça.

Impuissance

J’ai parfois le sens du tragique le samedi matin après mon café, et après avoir longuement réfléchi à un titre sublime qui refléterait à la fois l’élégance et à la profondeur de ma pensée, j’ai fini par ployer devant la muse apothéotique. Ce blog est devenu au fil du temps une énième manifestation de la discipline que je m’impose depuis quelques années, en cherchant à organiser et structurer ma pensée avec la pratique de savoirs élémentaires. L’écriture demeure la manifestation profonde d’un soi que nous cherchons perpétuellement à camoufler derrière des couches plus ou moins grasses d’affectation et de comédie. Que tu le veuilles ou non, l’écriture te dévoile. Dans mon cas, il y a certainement de la prétention, de l’arrogance, de la vanité voire de la fatuité. Mais non. Le but c’est suer à aligner des mots pour essayer de donner à une pensée une forme plus ou moins aboutie. Pensée qui elle-même se nourrit en jetant son regard analytique sur les faits du réel. Des faits qui actuellement me mènent donc à ce titre terrible, car nous en sommes bien là, à l’expérience ô combien frustrante de l’impuissance.

Souvent, je déplore la sexualisation abusive qui teinte presque tous les aspects de nos sociétés prétendument modernes. Alors que la Saint Valentin, énième manifestation d’un certain cynisme marchand, s’apprête à nous inviter à la célébration du sentiment amoureux, j’ai été frappé par l’importance des lingeries plus ou moins affriolantes qui sont venues s’imposer à mon regard dans les magasins comme dans ma boite email. Non, je ne suis pas à ce point chaste et prude que l’évocation d’une cuisse jarretellée me pousse ainsi à m’indigner en faisant, peut-être, l’aveu de ma propre impuissance. Mais il y a quelque chose de révélateur à confondre les choses du désirs et celle de l’amour. Pas qu’elles soient antagonistes, elles seraient plutôt complémentaires, mais de là à les confondre crée le genre de chimère, de confusion, qui me grattent le cortex. Si la Saint Valentin est un soir de baise, il y a quelque chose de triste à se dire qu’il faut une intimation commerciale pour passer à l’acte.

Mais ce n’est pas de ce sujet d’importance que je cherche à évoquer par ce titre profond. Non, l’impuissance que j’évoque est celle que nous subissons tous dans cette comédie qu’est devenu la démocratie à la française. De scandales en scandales, d’affaires étouffées en affaires oubliées, de triste capitalisme de connivence en valetteries médiatiques, nous en sommes à subir une tragicomédie qui ressemble de plus en plus à une farce pathétique. Personnellement, je n’arrive plus à trouver de talent à ces comédiens qui nous servent de parterre politique. C’est triste, un tel dévoiement, c’est consternant. A l’image de ces commissions d’enquête qui mettent en scène une sorte de jugement moral sans conséquence pénal, le spectacle des marionnettes nous procurent des petits coups de matraque de chiffon dont les victimes ne parviennent même plus à en feindre une bien aimable contrition. D’indignités en indignations polies, en France tout est comme ça à présent. Le bateau coule et l’orchestre joue… le capitaine se saoule dans sa cabine en jouant négligemment avec l’élastique de la jarretelle de l’infirmière tandis que les bobos (dans tous les sens du terme) non soignés s’accumulent à l’infirmerie. Les pauvres se tassent dans les soutes en espérant que viennent l’espoir, mais ils ne savent pas que Pandore avait déjà, il y a très longtemps, refermé la boîte. Après la dette, l’austérité, deux belles jumelles d’un gros foutage de gueule dont le carburant est bien la bêtise de tous ceux qui ont fait le choix de ne rien comprendre, de tout accepter, petits enfants jamais devenus grands qui croient encore aux idoles faisandées d’un bonheur à présent enterré.

Depuis quelques jours, devant le nouveau budget qu’un fortement démocratique 49.3 va nous carrer bien profondément dans le fondement, certains s’insurgent de ce qui va advenir des quelques survivants qui subsistaient avec le régime de l’auto-entreprise. Eh ! Vous croyez quoi ? Actuellement, ce pays vit son record de faillite d’entreprise, pour cause d’une politique économique totalement délirante, à l’évidence une volonté de défoncer et finir de piller un pays qui fut dynamique et fier. Alors que va-t-il rester à ruiner si ce n’est la strate en dessous ? Le PS et le RN se défendent d’une posture qui invoque encore la belle et grande responsabilité devant ce désastre qui n’a jamais de responsables et encore moins de coupables. Les masques sont tombés, l’attache était certes bien fragile et les oreilles d’âne auraient dû en alerter certains. Quid de l’avenir électoral ? Y en aura-t-il encore pour voter pour ces deux crèmeries sans comprendre que le pis tordu est celui de notre poitrine de moins en moins forte et belle ? Le pari reste encore celui de l’impuissance. Mélenchon s’égosille à dénoncer les impostures diverses mais reste dans cette vision rance d’une France qu’il ne veut finalement changer qu’à la marge. Ce qui me fait tristement sourire, c’est qu’il reste le seul choix un tantinet viable pour une population réduite à l’état de colonie. Edouard Philippe, Gabriel Attal, Jordan Bardella, ou encore la dame Le Pen… La valetterie est prête à la saignée, les français vont-ils encore faire le choix de la maltraitance par la validation volontaire ou par le choix d’une abstention velléitaire ?

Je l’ai écrit tant de fois que j’en suis fatigué… jamais on ne fait sa richesse sur la pauvreté des autres… ou plutôt, les places sont chères, de plus en plus chères. De ce choix méprisable qui fut celui de s’accommoder de la misère des autres en acceptant les réalités et les choix politiques derrière le chômage de masse, le prix à payer, la triste facture, nous arrive enfin. Je ne suis pas de ceux qui vivent inconsciemment des larmes et des souffrances de tous ceux qui ont été plus qu’oubliés, mais bien sacrifiés par un système d’un cynisme absolu. Les peuples sont également des fictions, qui ne deviennent réalité que lorsque une idée, une grande idée, les rend à la fois réels et puissants. Nous n’en sommes plus là, en France. Faire peuple, faire société, au-delà des sordides questions d’identité et d’immigration qui ne traitent les sujets que pour nous perdre encore dans des impasses et des diversions bien utiles, c’est là que ça va se jouer. Ou pas. Liberté, Egalité, Fraternité… Cette trinité est morte en 2025. Pour qu’elle ressuscite, il va falloir agir par étape, car retrouver la première, l’aînée, conditionne le retour des deux cadettes. Mais tant que nous serons invités à réagir comme des bêtes, à aboyer et grogner à chaque nonosse méprisamment envoyé à coup de faits divers et autres scandales bien sélectionnés pour nous diviser encore et encore, il n’y aura pas d’espoir. Tant que nous ne comprendrons pas que nous ne sommes pas coupables de nos misères et que nous devons agir pour le retour d’une justice sociale, nous resterons dans une injustocratie qui sera notre perte.

Après… l’impuissance c’est bien se dire qu’il faut un kratos… Nous en sommes si loin de l’étape de l’éthos, manifestant que nous n’aurions plus besoin d’aristos et autres anax pour agir, individuellement, avec grandeur et justice. De ma propre impuissance je fais aussi le constat, car je sais que ce n’est pas de ce système que j’aurais voulu hériter, dans lequel j’aurais voulu naître. De cette masse, j’en suis à la fois l’atome et la victime. J’ai cru longtemps que j’étais libre, mais je suis également trop domestiqué pour ronger mon collier. Le prix a payé est très cher, avoir les moyens de payer les passeurs compliqué. Je sais le destin caché de ceux qui finissent en haute mer à vouloir atteindre l’autre rive. Si rive il y a encore, soit dit en passant.

J’espère et je souhaite pour les sociétés humaines qui survivront à tout ça, que la justice élémentaire soit leur fondement matriciel. La modernité est illusoire, depuis 12 000 ans, à minima, ce n’est toujours qu’un vieux modèle qui se déguise et se recycle en mettant à la mode des grands mots, toujours dans le but de mettre en place les mêmes jougs tout en cachant ses perpétuelles exactions. Tant que l’exploitation à des fins personnelles demeurera la réelle et seule condition pour une richesse pérenne, et que ça sera à la fois validé et perpétué par ceux qui font peuple, quelles que soient les révolutions et les hymnes sublimes, ça restera des mesures à la marge, au mieux.

Impuissance… Reste l’écriture pour témoigner de tout ça, alors que les imbéciles tombent en révération, en vénération, devant des intelligences artificielles qui dénoncent, toujours avec un certain cynisme, l’artificialité de notre propre intelligence. Qu’attendre d’êtres humains qui craignent que Terminator leur pique un boulot qui de toute manière n’existe plus ?

Bon samedi quand même 😉 !