Good bye Val Kilmer

Il y a des acteurs qui l’air de rien, vous touchent au-delà des rôles qu’ils jouent, des films qui démontrent leur art, du succès qu’ils reçoivent. Pour moi, Val Kilmer était particulier, car à l’aube de ma majorité, quand je me découvrais cinéphile, je dévorais un Kill Me Again, vivant la chaleur du sud que j’avais rejoins tout en goûtant l’âcreté des histoires un brin amorales de John Dahl, qui dans ma mémoire, se mêle avec ces instants bénis de ma jeunesse. Il va surtout jouer un rôle qui demeure pour moi une icône puissante de mon imagerie personnelle. Il est temps de parler de Tombstone, un de mes films honteux car je l’aime pour tellement de mauvaises raisons en oubliant que le film est à la fois très mal structuré et maladroit dans son propos. Tombstone ne réussit pas le miracle HIghlander qui voyait ses outrances devenir ses moments de gloire… les deux films partagent paradoxalement les mêmes qualités : un casting prestigieux, une belle image et une bonne musique (bien que la BO d’Highlander demeure grâce à la magie de Queen et de Michael Kamen une tuerie définitive, à mes oreilles inégalée voire inégalable), et une VF au top du top (je suis un fan, c’est le bon mot, des doubleurs d’antan)… mais Tombstone pêche par une superficialité au niveau de ses personnages, qui ne sont que des archétypes, et son montage brinquebalant (petite mention, à la fin, quand Doc Holliday laisse partir Wyatt à son duel, pour arriver bien avant lui sans que ne soit explicité ce miracle digne d’un ninja). Mais, mais, mais… Doc Holliday, quoi. Val Kilmer est pour moi la raison qui fait que j’adore ce film et que je ne l’ai pas honni malgré tous les défauts qui m’empêche d’aimer fièrement ce film. Il y a eu plein de versions/interprétations du personnage de Doc Holliday, et pas les moins admirables, au contraire. Mais Val Kilmer est juste parfait, à mes yeux toujours, dans ce personnage qu’il nous offre de cynique mourant, de solitaire amer, de vaincu superbe, d’ami tragique. La scène du saloon où il joue de la tasse en réponse à un pistolero qui joue du pistolet… bah j’adore… j’aime cette belle critique de la vanité, de la fatuité, venant d’un homme qui pour une fois ne rentre pas dans un duel de virilité à la con. J’aime quand il porte son long manteau sur les épaules, à même son vieux tee-shirt et ses bretelles visibles. J’aime quand il dit que Wyatt a été son seul ami et que c’est pour ça qu’il ne l’abandonne jamais. J’aime son teint cireux, ses yeux rougis, sa sale gueule de malade. Val Kilmer nous montre un agonisant qui ne sait que cramer/crâner sa vie car en lui quelque chose est définitivement brisée, qu’il y a une déception qui tranquillement mais sûrement l’a miné en broyant en lui la moindre idée du bonheur. J’aime voir cet homme sensible, fauve maussade parmi les fauves vulgaires et brutaux, en colère quand un comédien est sauvagement et surtout inutilement assassiné. J’aime ce dernier plan, qui frôle le ridicule, où le personnage meurt tandis que ses deux pieds nus dépassent du lit, voyant quelque chose d’un coup, qui semble enfin le surprendre.

J’ai depuis lors, toujours suivi la carrière de Val Kilmer, ne pouvant m’empêcher de l’apprécier, car discernant une belle sensibilité peu à peu étouffée par le temps et des intrigues qui ne lui permettaient pas d’offrir une aussi virtuose interprétation. Je me dis que d’autres jugeront au contraire sa prestation outrancière et cabotine. Je m’en tape, je joue de la tasse avec eux quand ils veulent, moi aussi je suis un tassolero de grand talent.

Bye Val Kilmer, la mort n’est rien mais le manque, lui, est bien réel.

Tant que le lien durera, la scène du saloon dans Tombstone :