L’Odyssée de Nolan, Alone in a sea

Ceux qui me connaissent, peu à vrai dire, savent ma passion, le mot est très faible, pour la mythologie grecque. J’ai compris assez récemment que cette passion est d’ordre existentielle, karmique pour ainsi dire. C’est un monde que j’ai connu, c’est une pensée, une manière de pensée qui est revenue, qui s’est imposée tranquillement avec le temps, que j’ai d’abord laissée m’infuser avant de m’y plonger avec le dessein d’y aller des abysses aux abîmes. Etrangement, mon corps, même à mon âge de maturité, reste grec, et la nature, cette farceuse, m’a lotie d’un pied, le droit, parfaitement et clairement grec (ou alors mon pied fait un orteil d’honneur, au choix).

Avec le temps j’ai appris qui était ma déesse, ou mon ange gardien selon le nom qu’on veut donner à cet être supérieur dont nous ne sommes qu’une petite étincelle pétillante, j’ai compris certains choix, certaines inclinations, certaines positions, et si vous êtes un peu sagace en lisant ces lignes et que vous aussi votre mémoire vous démange, vous comprendrez de quoi je parle. Je continue de dire et de penser que les mots nous révèlent, la manière de dire, de parler, de signifier, nous montre comme nous sommes. Je suis un homme verbeux et complexe car il y a toujours eu en moi quelque chose qui me dépasse et me submerge, que j’ai toujours accueilli avec joie et reconnaissance, une énergie, une passion, une exaltation, une exultation que mon verbe clarifie et expose. En conclusion de cette petite incise facétieuse et truculente, comme à mon habitude, je préciserai que j’ai compris ou du moins j’admets la possibilité d’avoir été davantage phénicien que grec. Car il me reste à déchiffrer une énigme qui m’a été donné par des moyens occultes et dont le sens profond m’échappe encore. Une phrase aux consonnances orientales, presque arabisantes, qui ne correspond pas à un langage connu, ou du moins que j’ai pu reconnaître.

Donc, quand je vais voir l’Odyssée de Nolan, j’y vais avec ferveur et calme, enthousiaste à l’idée de voir les ombres d’un monde que je continue d’aimer et appréhendant les déformations, les défigurations notamment idéologiques que tout cinéma hollywoodien commet en permanence. Dans le domaine des arts, à chaque époque, à chaque société, la mythologie a servi de cosplay pathétique pour ne parler que de soi et surtout se mettre en scène ou mettre en scène des mythes pour célébrer les conventions d’un présent de jouissance matériel et bien éphémère. Petite pensée à la naissance de Vénus de Cabanel que vous pourrez découvrir dans le sublime musée d’Orsay, qui me fera toujours sourire avec sa nymphe alanguie sur sa vague en rouleau, comme on s’allonge sur un canapé, escortée par son petit aéropage d’angelots musiciens – s’il y a bien un boulot à faire, c’est sortir Aphrodite, la déesse sublime, de ce carcan niaiseux où l’on rangé une armée de libidineux limitant l’amour à un corps nu de femme

Et si on échappe pas, film ricain, film friqué, film à moyens, film pompier par excellence à la petite dimension tic et toc, bling bling, du genre, le constat ne peut être que laudateur. J’ai adoré le film, et pour tout dire la seule faute de goût, à mon sens, est la musique finale, celle du générique de fin, véritablement abominable (incompréhensible en soi – à se demander si un producteur n’a pas imposé ce délire). Enfin, tout est affaire de goût, je me devais d’indiquer la seule véritable dissonance que j’ai ressentie lors de mon expérience.

Je pourrais commettre une analyse alambiquée, précise et bavarde, mais en ce moment j’aime aller à l’essentiel. J’adore le personnage d’Ulysse/Odysseus pour tant de raisons qu’il me serait fastidieux de les énumérer. J’ai par ailleurs réalisé une peinture abstraite, la seule de mon existence, à l’âge de 23 ans, qui est l’illustration de l’Odyssée, ou du moins une de ses possibles illustrations dont je n’ai par ailleurs jamais vu la manifestation (mais dans le monde foisonnant des idées humaines, je me méfie de la prétention à l’exclusivité). Dans le cadre de mon travail actuel, j’ai créé il y a maintenant plus de 35 ans ma propre version d’Odysseus, que j’ai conservé plus ou moins dans les formes et le fond avec le temps.

Au moment de mon adolescence, quand je commence à lire et vraiment m’informer sur la mythologie grecque, je découvre à quel point Odysseus (on l’appellera comme ça car Ulysse est une latinisation et je déteste les « latins », ces vrais barbares voleurs et menteurs) est une fieffé salopard. Je venais d’Ulysse 31, avec son super Papa au sourire si doux (et sa voix magnifique, regretté Claude Giraud, un acteur dont je vous invite à redécouvrir la beauté magnétique dans la série des Rois Maudits) et donc subir violemment un retour de réalité, en découvrant les récits mythologiques originels, me fut très pénible alors (à présent vu que c’est mon quotidien, mon lot permanent, je suis maintenant plus qu’habitué). Comment ça, Ulysse, un salaud, un enfoiré de première ? Et les grecs l’adoraient, ils adulaient sa Métis, ce talent lui permettant de tromper, duper, trahir, mentir, pour toujours l’emporter ? Ce champion du Malin (et de la malice) serait la vérité de ce héros à la sagesse « athénienne » (ou athénéenne, au choix) ? Fort de cette vérité paradoxale, c’est toujours avec curiosité et un brin de défiance que j’aime à découvrir à quelle sauce mon cher Odysseus me sera servi, et pour le coup celle de Nolan, à défaut d’être irrévérencieuse, est d’une exquise saveur.

Le véritable protagoniste de l’Odyssée : le temps (oui j’ai osé un titre pour une fois – mais rien qu’une fois, faut pas déconner).

Enfin, la question du temps, celui qui a passé, celui qui a tout dévasté, blanchi, grisé, sali, meurtri, est posée et montrée. Oui, il y a 20 putains d’années entre le moment du départ pour Troie et le retour. 20 ans, ça fait des rides, ça fait du bide, ça fait de l’amertume amassée comme l’écume des vagues qui inlassablement caressent la plage inerte de l’esprit… Et j’ai adoré ce qu’en fait Nolan, non un constat de tristesse et de regrets, mais bien au contraire un moment de joie dans la chance qui est donné à deux êtres de vivre enfin un bonheur qu’ils ont toujours eu le talent de garder, de conserver, de protéger, alors que tout un monde les poussait à s’abandonner. D’ailleurs, la fin du film m’a évoqué une autre oeuvre/histoire que j’adore, celle du Comte de Monte Cristo. Notamment la vieille série de Denys de la Patelière, avec un Jacques Weber très jeune et émouvant d’une fragilité contenue – à l’évidence, la stature de son rôle l’ébranle parfois, ce qui rend sa prestation encore plus magnifique. A la toute fin du récit de Dumas, le Comte redevenu Dantès (le damné) constate avec dépit mais lucidité que son histoire avec Mercedès s’est achevée, pour cause de la trahison, même justifiable, qui a marqué leur histoire. Et chacun s’en va de son coté, même si la providence fait que l’homme soit accompagné d’une douce et jeune compagne (sacré Dumas !) dont il accepte avec une noble désinvolture la compagnie (sacré Edmond !). Dans le film de Nolan, pas de résignation, pas d’abandon, pas de regret, un couple qui se retrouve car l’amour n’a que faire du temps et des erreurs. Rien que pour ça, j’aime ce film car il dit tout de ce qu’est le véritable amour. L’Odyssée de Nolan célèbre l’amour véritable et ça fait du bien dans une société où les gens se consomment à présent bien plus qu’ils ne savent aimer.

L’attente et la loyauté, ces choses désuètes.

Oui, le film de Nolan parle de l’attente, mais aussi de la loyauté, celle du coeur, tellement loin de ce renoncement, de cette facilité, de cette petitesse auxquels ce monde court-termiste nous invite en permanence à préférer. Odysseus et Pénélope se gardent, se préfèrent, et c’est un sacrifice qui devient une torture, qui devient un supplice, et Nolan montre en permanence à quel point c’est un combat, empli de doutes, empli d’angoisse, l’incertitude toujours planant comme un rapace affamé au-dessus de deux êtres qui se sont reconnus et qui luttent pour ne jamais laissé personne s’immiscer dans leur bonheur d’un couple parfait car parfaitement dans l’idée de se rester l’un à l’autre. Et je n’écrirai pas ici pourquoi tout cela me parle et m’enivre, mais je sais parfaitement de quoi il en retourne.

Mon verdict car j’ai dit que j’écrirai pas des tonnes et je doute d’en être capable…

Alors oui, les toujours aussi chiants intégristes du texte, qui par ailleurs n’ont pas compris à quel point l’Odyssée est un récit alchimique, symbolique, ésotérique, stéganographique, vont se faire un plaisir à énumérer les différences, les abandons, les trahisons, les concessions, avec le récit initial. Pas d’Eole, mais le choix de Nolan que je trouve personnellement formidable, aura bien été de laisser le monde divin dans l’enclos d’un ailleurs dont la présence est ressentie, crainte, espérée ou niée, sans sombrer ni dans le mysticisme ostentatoire ni dans l’agnosticisme facile. Les dieux sont des forces, des forgeurs ou des influenceurs de destin, mais c’est bien l’idée de dynameis, que j’adore, qui est au coeur du récit. Ils ne sont pas ou plus des tourmenteurs cruels mais bien des puissances qui sont là pour faire de l’épreuve des preuve, laissant l’être humain faire un choix d’être ou de surêtre. Odysseus est ici celui qui suscite la curiosité divine, car comme le révèle Tirésias au moment très réussi de la catabase, Odysseus est celui qui a vraiment le choix, qui saura vraiment en comprendre la réalité et la tragédie. C’est d’ailleurs magnifique ce qu’en fait Nolan et ses scénaristes, soit le choix du mensonge, de la manipulation, non par dessein égoïste et fallacieux, mais bien dans l’idée de sauver cet autre qui fera nécessairement le mauvais choix si tu lui donnes. Le passage de Charybde et Scylla et son antoscopie (pour sa résolution inverse – c’est un néologisme*) avec le troupeau d’Hélios, démontre justement la tristesse, l’échec, l’impuissance, qui est le lot d’un Odysseus qui est incapable de sauver ceux qu’il aime et dont il se sent responsable. Car Nolan rend son héros sublime en montrant le choix d’une intelligence qui au fur et à mesure est mise au service d’une noblesse de coeur et réduite à néant devant la réalité implacable du libre-arbitre de tous ces autres qui ont le seul tort de n’être que simplement humains.

Et l’air de rien, Nolan donne corps à une idée qui fait partie des miennes, celle de la théodicée ; en bref, notre vie est déjà écrite, et souvent les choix ne sont que des routes dont nous voyons les possibilités, non pour les choisir mais pour en mesurer les différences par l’expérience (l’important n’est pas l’étape en soi, mais la manière dont elle est vécue, appréhendée, ce qu’elle génère et ce qu’elle provoque en soi). Dans le film de Nolan, j’ai retrouvé la même notion que j’ai développée dans ma propre version, soit montrer que l’échec, l’épreuve, le combat, révèle la personne dans sa grandeur et l’aide à se dépouiller, à accomplir une pèlerinage (perte des peaux) intérieur qui à la fin mène au soi véritable (le Roi). J’ai trouvé émouvant et brillant le choix du scénario d’inclure le lotus, cette fleur amnésiphore (ne cherchez pas, c’est un néologisme greco-centré), dans le processus qui suit le naufrage final. Même si je regrette que soit éludé l’épisode avec les lotophages qui renvoie à notre propre société, à toutes celles qui finissent par s’oublier pour éviter de se voir et surtout pour ne pas voir le mal où elle se complait (et là apparaît la lourdeur de la thématique dans une intrigue déjà complexe), j’ai trouvé l’abus du lotus vu comme une sorte de soutien thérapeutique très pertinent voire insolent (vu l’abus de substances anxiolytiques dans nos démocraties pourtant si heureuses et abouties).

Allez, je pourrais m’exalter encore longtemps, mais je dirais laconiquement que le passage du Cyclope, de Polyphème pour le nommer est génial, évoque la toile de Goya avec son Saturne, Cronos dévoreur d’enfant, renvoie à des oeuvres comme celle d’Odile Redon, mêlant l’horreur et le burlesque, le monstrueux et le pathétique avec un immense talent. Le miracle de rendre émouvant ce géant meurtri et solitaire, qui tamise le passage de son troupeau avec délicatesse alors que quelques minutes avant il dévorait avec malice mais non sans candeur des soldats achéens. Qui sont les monstres, qui mange qui, qui agresse l’autre, dans ce passage rien n’est clair et ce refus du manichéisme facile est encore un point fort de l’intrigue.

Le passage avec les Lestrygons est cocasse, l’occasion d’illustrer la dénonciation de la guerre et des armes qui est en filigrane dans le film. Ce ne sont plus des géants lanceurs de rochers mais bien les avatars hypertrophiés, le reflet monstrueux de la propre armée d’Odysseus qui de prédateurs deviennent proies. Toute situation géopolitique actuelle faisant écho à cette thématique étant bien entendu purement fortuite.

Circé, Kirké dans mon coeur où elle trônera toujours avec puissance, est dépeinte comme une vieille sorcière désabusée et misanthrope, moment de « body horror » pour reprendre l’anglicisme qui désigne le cinéma de Cronenberg qui en aura été le mécène infatigable. J’avoue que même si je trouve le passage très réussi, parfait en soi, ma propre vision de la puissante sorcière, elles ne sont pas pléthores dans le monde mythologique grec, me fait un peu tiquer. Je dois avouer que j’ai été très marqué par la version de Lob et Pichard, dont ma propre version est un hommage clair. Entre dénonce ton porc et le sort des parents dans le Voyage de Chihiro, Nolan démontre toute sa virtuosité dans la narration d’histoire par l’image, une scénographie pour le coup irréprochable. Mais j’ai aimé la petite touche celte de l’ensemble – la Circé de Nolan fait un clin d’oeil appuyé à l’Europe du nord, que certains pensent origine réelle de l’Iliade. Circé devient une sorte de Morgane perdue dans le temps, à la fois fragile et perfide, à la fois redoutable et pathétique.

La catabase est un très grand moment, dans un passage elliptique du meilleur effet, très symbolique, très onirique, avec toujours une mise en scène et un cadrage irréprochable. J’en aurais des choses à dire sur ce sujet qui me passionne, et mon seul regret repose sur l’absence d’Achille, mais je conçois parfaitement que le danger dans lequel Nolan n’est pas tombé reposait justement dans la fidélité au matériau, si riche, si prodigue, qu’il est impossible d’en faire un bon film sans sombrer dans le feuilleton qui aurait davantage sa place dans un format plus domestique (l’amour de Nolan pour les plateformes depuis Tenet est bien connu).

Charybde et Scylla, rien à dire, le tourbillon est effroyable tout en restant dans une sobriété très réaliste, et le monstre est également assez discret, mort venant à la fois du ciel et de la terre. Le passage est à mes yeux parfait, car il est pour le coup l’histoire d’un passage, soit le simple choix d’une route, la conclusion d’un dilemme. Comme je l’ai dit avant, il renvoie à une situation homologue qui est consécutive, soit le séjour sur la plage où paissent les vaches d’Hélios. Moment de déterminisme terrible, quand Odysseus cette fois donne le choix et voit le pire se réaliser. La conclusion de l’odyssée maritime s’achevant véritablement quand les vents contraires s’apaisent le temps d’encourager l’équipage à reprendre la mer pour mieux le noyer. Tout est écrit, tout sera réalisé, le film met brillamment en scène le fatalisme qui est prégnant dans des mythes où les Parques tissaient l’existence des mortels qui naissaient en ce monde troublé.

Rapidement, reconnaître la maestria narrative de Nolan qui est connu pour sa capacité à destructurer (depuis Memento que j’ai récemment conseillé à mes barbares de gosses), à éclater le fil narratif pour concentrer les moments d’attention sur une émotion ou une intention précise. Avec un grand talent, Nolan fait le choix de montrer les mécanismes de l’oubli, puis de la loyauté, en faisant de la mémoire, la mère du moi, une clé précieuse pour retrouver sa route, retrouver le bonheur. Et là, superbe Charlize Théron qui incarne avec sa majesté naturelle une Calypso touchante et noble, qui par amour finit par relâcher son étreinte sur celui dont elle devine que le moment de la guérison est venue. Le film parle beaucoup d’amour véritable, et au lieu de faire de Calypso l’ultime perverse narcissique du coin, Nolan montre comment par amour il est possible de quitter l’autre quand on sait que son coeur bat ailleurs. A l’heure où souvent l’amour se confond avec la possession, le geste est beau même si Nolan ne montre pas les adieux certainement terribles qui en découlent.

Alors oui, il manque Nausicaa, tout n’est pas fidèle au récit originel, mais la proposition de Nolan est si intègre, si parfaite dans son propos, ses personnages sont si bien campés par des acteurs formidables comme Eliott Page, ou John Leguizamo (et la prestation géniale de son comédien dans la vf, Bernard Gabay ! – bon dieu, un timbre et une prosodie pareille ça fait du bien !), la conclusion est si jouissive, que j’en suis sorti et je demeure enthousiaste.

Car le plus important, le plus beau dans ce film, c’est bien le discours politique qui bien qu’en filigrane dit l’essentiel. Comment ne pas voir dans la conclusion d’Odysseus qui comprend la morale très nietzschéenne de la prise de Troie, soit qu’ils sont devenus le mal qu’ils craignent tant, qu’ils sont devenu l’horreur qu’ils invoquent en permanence pour justifier leurs traditions et la structuration même de leur société. Comment ne pas voir qu’Odysseus parle de la nation qui actuellement ne créent que cheval de troie sur cheval de troie pour piller et dévaster les sociétés et les cultures, par la guerre, la loi ou le commerce ?

Et n’oublions pas que Troie, Ilion, c’est la porte de l’Orient, son saccage, son pillage, son invasion, renvoie à tout ce qui se passe actuellement. Je sais que peu de commentateurs oseront faire le parallèle, mais oui, le film de Nolan est éminément politique, à la manière d’un Dantes et de son Enfer, les choses sont finalement clairement dites, et cette prise de position fait honneur au cinéaste – mais les artistes et le peuple ricains ne doivent jamais être tenus responsables des actes de leurs anax, pour reprendre un terme de l’histoire que je réalise actuellement.

L’Odyssée est certainement, indéniablement, le meilleur film de Nolan. C’est même certainement et pour longtemps le meilleur film sur l’Odyssée. J’ai adoré, et donc j’ai fait acte d’hommage et de célébration comme il se doit. C’est aussi la démonstration d’un esprit d’un autre temps qui s’impose à moi et qui me lie autant au temps présent qu’à celui révolu qui me manque tant.

Je vous ai déjà dit que le temps n’existe pas ?

(*) j’avais utilisé dans un premier temps « antonyme », mais comme trop souvent, ça m’a beaucoup travaillé car je n’aime pas utilisé un mot en abusant de son sens profond. Je voulais signifier « un sens contraire », hors le « nyme » d’antonyme renvoie à ὄνομα qui signifie « nom » – et c’est bien la désignation de la chose, non son sens dont on parle ici. Donc ma phrase ne voulait rien dire, et j’ai cherché (dans mon petit lexique personnel) un mot pour signifier cette inversion du « sens » (direction) que je voulais signifier… je suis donc parti de anto/anti (inverse) et de skopos (σκοπός) qui signifie, la direction, la voie (c’est d’ailleurs pour ça qu’on le retrouve souvent dans le corpus médical qui l’utilise pour décrire le chemin par lequel le processus a souvent lieu). A la fin ça donne « antoscopie », c’est du bricolage helléniste à la petite semaine mais j’aimais pas « inverse », « reflété », « contraire », à la fois trop simples et réducteurs. L’idée c’est bien de dire qu’il y a deux situations similaires (un choix, pour le coup une route à prendre à partir d’un même point de départ) qui ici, par l’usage de la vérité ou du mensonge, vont donner des résolutions résolument opposées bien que tout aussi fatales. En mentant, Odysseus sauve un temps son équipage, mais en lui disant la vérité, il le condamne. L’antoscopie c’est donc bien l’inverse du sens, en terme de chemin et pas de signification.

Je sais j’aime bien me prendre la tête. Et je ne pense pas que l’académie valide mais l’effort reste tout de même louable.

Le règne de Cronos

Depuis quelques temps, la question du temps tempère mes humeurs littéraires. Tandis que dans des médias ésotérico-mystiques la révélation d’un culte à Saturne se fait jour (alors qu’il devrait davantage faire nuit), j’ai passé un cap sur la question de mon implication à cette réalité qui est davantage le fait/fruit d’une convention collective que d’une manifestation ontologique. En bref, je me situe entre la volonté d’y participer et le rêve fragile de pouvoir en échapper, voir d’éviter d’alimenter cet égrégore qu’est ce monde humain fait de camps et de positions autant stériles que dérisoires.

Comme toujours, c’est ma nature, j’écris ces mots avec un brin de facétie. A présent (retour soudain de Cronos, toujours tapis à chaque coin de nos conventions langagières), je suis très circonspect avec l’idiome. Je ne peux plus m’empêcher d’analyser, d’interroger, pour chaque élément d’une phrase, la pertinence et le sens de ces idéogrammes que sont les mots. Dans certaines cultures très anciennes, le verbe était considéré comme incantatoire, et j’en suis presque à le penser. Si l’énergie n’est pas une notion qui se réduit à la production d’un courant électrique pour alimenter un réseau ou un moteur, alors tout est énergie et de manière subtile, mot clé, chacun de mes mots est donc chargé de quelque chose qui alimente la folie ambiante, celle qui dégouline à présent dans la moindre information que les médias et les réseaux produisent. Donc, je ne participe que mesurément à tout ça, j’aimerais n’être que vecteur du Bien, mais comment faire le Bien quand même animé des meilleures intentions nous ne faisons qu’alimenter, qu’animer, le règne de Cronos ? Ne rien faire est criminel, mais faire est contre-productif. Je guette désespéramment chez mes contemporains une trace de cette étrange lucidité qui est à présent la mienne, mais en vain. Chaque spécimen m’invite à rejoindre ce labyrinthe inexorable que certains dénoncent comme un système, un paradigme, ou autre manifestation d’un raisonnement scientifique qui veut décoder l’existence à coups de neutrons ou de charivari quantique. Et là, je chouine mais en écrivant ce billet sarcastique je les rejoins implacablement. A la manière d’un élastique, plus je force plus ça me ramène dans la matrice. Plus je me réserve et plus je stagne en son centre. Une toile d’araignée que sa prédatrice a abandonné ou peut-être que cette toile n’a pas besoin d’un agent extérieur pour sucer la moelle de notre être.

Cronos règne, c’est comme ça, et le culte premier n’est pas celui de l’argent comme je l’ai longtemps cru… mais c’est ça vivre, finalement, s’entêter dans des croyances qui font notre réalité le temps que l’entropie finisse son oeuvre. Non, le culte premier est bien celui du temps, qui est partout, avec ce tic tac entêtant qu chaque horloge nous chuchote cruellement pour nous imposer un rythme, une dictature, qui ne dit jamais vraiment son nom. Croire en Dieu est secondaire, car c’est un acte de foi, alors que rendre ce temps réel en le réifiant dans un mécanisme omniprésent est une tyrannie sublime à laquelle nous adhérons tous, sans discussion, sans révolte, en permanence. Tic tac. Toc.

Quand j’étais petit garçon, je savais de manière incontestable que le temps n’existait pas. Dans ma pauvre petite caboche, l’idée que le passé, le présent et le futur étaient simultanés était une obsession que ne parvenait pas à clarifier. Je le savais mais sans parvenir à en produire le raisonnement. Maintenant, je laisse beaucoup faire mon intuition. J’évite de raisonner avec excès, j’agis d’instinct. Jamais je n’ai été aussi inventif, productif, efficace, qu’à l’âge (encore un piège de Cronos, attention !) quelque peu avancé qui est le mien. Constamment je déborde de sagacité, car j’ai fini de croire en l’intelligence, cette farce, et en toute forme de vanité. J’ai saisi, enfin, le sens réel du mot « don », et j’y ai trouvé une forme de liberté, de soulagement. Toujours avoir à prouver, à montrer, à démontrer même, est encore une forme de manipulation cronique (ce n’est pas une faute, c’est un néologisme symbolique) qui ne m’amuse plus.

J’ai tellement de choses à faire que je n’ai pas à m’inquiéter sur la question d’animer ma vie. Mais je ne rêve plus de changement, de révolution, de révolte, car tant que Cronos, ou Saturne au choix, règnera, il n’y en aura pas. Il paraît que les puissants désirent son retour et l’âge d’or décrit dans les écrits notamment d’Hésiode. Ils y sont, comme quoi produire de la propagande ne nous en immunise jamais. En langage des oiseaux, dont beaucoup abusent, là je dors. Oui, nous ne sommes que des dormeurs, et moi qui dort très peu, je fais partie de ceux qui s’imposent le plus cette folie qu’est la densité, la matérialité. C’est peu dire que révéler que je n’en comprends absolument pas le but. Oui, théodicée, mais plus le plan est alambiqué, plus le chemin est tordu.

Quelle réalité fantasque… Que sont ces êtres humains qui imaginent que les machines puissent atteindre la fameuse singularité qui leur échappe de plus en plus ? De la certitude que les pensées et la conscience naissent d’un mécanisme (encore !) biologique produit ce fantasme d’une nouvelle humanité de fer et d’électricité. Nous avons tellement été biberonnés à cette vision mécaniste de notre être que nous en venons à croire tout et n’importe quoi. Ce frère, ou cette soeur, siamois(e) qu’est l’extension technologique sans laquelle nos vies semblent à présent impossibles. Car le règne de Cronos, c’est avant celui de la semblance. S’en contenter, c’est vivre dans le rance de l’illusion, cette arrière goût un peu âcre qui vient dénoncer la vérité de ce que nous expérimentons quand on y cède.

J’espère que je t’aurais rassuré, toi qui t’inquiétais de mon silence. Je ne suis pas défait, je suis juste expectatif, je guette ce qui va surgir de cette étrange chrysalide qu’est devenue ma psyché paranoïaque mais toujours autant résolue à la liberté la plus intransigeante, la plus exigeante. Le mauvais choix c’est croire que tout s’arrête à cette matérialité, c’est s’inquiéter de la mort, c’est nier l’autre et son importance primordiale. Le joug de Cronos fait ainsi des êtres veules et vains qui ne veulent qu’en eux la résignation vainque. Pardon de finir ainsi ce billet mais comme l’a si bien chanté Cabrel, est-ce que ce monde est sérieux ?

Non.

2026 : Une guerre déclarée entre deux empires

Je réagis à chaud à l’enlèvement, l’exfiltration pour reprendre l’euphémisme encore une fois involontairement comique des ravisseurs, du président vénézuélien et de son épouse. Une accélération, du fait de l’agenda électoral ricain, et en filigrane une situation mondiale qui quelque part se simplifie. Il y a actuellement deux empires, le vieux ricain, à bout de souffle et qui ne peut que piller et voler pour durer, tandis qu’en face il y a la Chine, vieil empire renaissant qui a su profiter des vices et tares de ses prédateurs pour reprendre l’ascendant.

Sur ce blog, j’ai très souvent évoqué ce vieux monde, qui ne songe qu’à survivre, à durer, et ce sur le dos des peuples qu’il esclavagise à coup de fouet, de lois, de tromperies et duperies et manipulations aussi variées que peut le commettre en turpitude l’esprit humain. En ce moment, dans notre bon et beau pays, ça y va de la révolte 2.0 qui se met en scène à coup de vidéos youtube, sans comprendre ou avoir conscience qu’agir ainsi c’est affermir la cage. Car ceux qui ont réalisé cette prison mentale ont tout à fait compris que tout changement ne peut naître que dans l’esprit de celui qui la souhaite profondément. Fournir une subsistance, fournir une compensation, de plus en plus maigre, c’est le petit prix à payer pour l’asservissement et tant que nous le paierons tous avec cette résignation molle qui nous caractérise, ça ne changera pas. Après, le réel dans sa définition la plus ontologique, est aussi ce qui va changer les choses. Créer de l’artificiel pour suppléer au manque concret n’est qu’une panacée précaire et nous sommes en train de la vivre.

Les Etats-Unis sont aux abois, la faillite est patente et bien réelle, et tout ce que fait Trump depuis son arrivée au pouvoir consiste à éviter le pire, et s’il est facile de critiquer et contester son action, il a le mérite de faire fi de l’hypocrisie et d’agir comme nos sociétés occidentales l’ont toujours fait, soit avec violence et injustice. Condamner Trump, c’est nous juger aussi, et si nous avons à revoir notre facilité à détourner les yeux et accréditer les pires mensonges, il faut faire des choix sociétaux qui nous impacterons durablement. Ceux qui parlent de révolution ne veulent que des ajustements à la marge, qui finalement ne changerons que la situation particulière de quelques uns. Car si tu leur évoques l’idée de tout détruire pour tout reconstruire, alors non, c’est impossible, pour cause du petit bas de laine qu’il ne faudrait pas quand même trouer avec l’excuse d’un vrai changement.

Mystère en ce qui concerne la Chine, pays trop loin de nous, mais c’est l’adversaire bien concret des Etats-Unis, le seul qui leur reste. Mais quel adversaire. L’ironie demeure sur la compétition idéologique entre le modèle de la démocratie occidentale, une ploutocratie sous couverture, et le modèle chinois avec un contrôle presque total de l’Etat sur tous les sujets à minima économique. Ce qui est à noté, c’est la guerre contre la corruption qui a fait les rares gros titres de nos médias ces dernières années. Car ce qui caractérise les ploutocraties occidentales, c’est bien la corruption qui par ailleurs ne peut que nécroser tous les corps qu’elle touche. La corruption est peut-être inévitable, ces deux empires qui sont des vieux empires (les Etats-Unis ne sont que les héritiers d’un esprit dont les racines sont très anciennes) ne peuvent que subir le destin de tous les empires dans le temps. Sans bonheur et justice, les territoires seront perdus, après avoir été bien pillés comme ce que nous vivons actuellement dans notre beau pays. Nous vivons la fin d’une hypocrisie généralisée, cette belle histoire d’un camp du bien qui se présente toujours comme tel alors qu’en réalité sa richesse n’est acquise que sur la sueur et le sang d’autrui.

Mais la Chine n’a pas encore commis les horreurs que nos sociétés occidentales ont perpétrés tout en ayant l’orgueil de s’en exonérer. Quelle sera la réaction de la Chine par rapport au Vénézuela ? Les prochains jours, les prochaines semaines seront pour le coup très intéressantes car ce qui est certain c’est que nous n’en sommes qu’au tout début de cette guerre. Quid de l’Ukraine, quid de l’Europe, quid de la France ?

Bonne année !

Pétition pour sauver 60 millions de consommateurs

De scandales en scandales, d’infamies en infamies, la dernière à encaisser est l’exécution de 60 millions de consommateurs, juste avant que débute la grande escroquerie sanitaire du Mercosur… Quel organisme va nous informer sur ce que nous consommons, qui va pousser l’alerte, la créer, pour prévenir avant de subir la malfaisance naturelle des semeurs de poisons qui pour leurs sacro-saints bénéfices ne reculeront jamais à tuer à court ou long terme leurs consommateurs ?

Le lien de la pétition, dans l’espoir que ça puisse avoir un effet quelconque…

Le projet mortifère se dévoile de plus en plus dans toute son horrifique splendeur, alors qu’on va sauver les fesses d’associations ou d’organismes aux vocations nébuleuses ou contestables, pas d’arguments pour celles qui ont vraiment pour mission le bien général. Nous souffrons tous à présent de l’apathie généralisée, de cette acceptation tacite ou non d’une trop grande partie de la population qui s’est perdue dans un matérialisme vain et surtout une réalité tronquée qui fait que nous vivons en temps réel ce désastre national.

Tandis que certains attendent l’homélie, d’autres le messie, encore d’autres l’être élu à élire, le rouleau compresseur est là et fait son job. J’ai écrit il y a très longtemps qu’on ne fait pas son bonheur sur le malheur des autres, et il y aura un prix à cette inconscience de moins en moins excusable. La faillite de la démocratie représentative et la trahison de nos élites qui n’en méritent absolument pas le terme font qu’il faut à présent agir et réagir, ne pas se réduire, justement, à n’être qu’un consommateur stupide. Il faut redevenir un citoyen d’un monde proche qui est le nôtre, ne plus se perdre dans des combats dans l’Empire, si loin de nous, se réancrer dans la réalité de nos villes et villages en refusant cette gestion impériale qui a fait de la France une sous-colonie à piller et à liquider.

Chaque jour, ce vieux monde qui malgré toute sa nocivité, toute son illégitimité, souhaite s’imposer à nous en profitant de l’effet de sidération et du sucre fielleux d’une logique démocratique instillé durant des décennies pour littéralement nous abêtir.

Ce n’est pas une fatalité, mais qu’il est déplorable de constater combien les parents auront trahi leurs enfants dans cette société auto-satisfaite, où le profit à court terme, la cupidité la plus méprisable, auront agi comme un poison puissant et inexorable. Honte à tous ces notables qui se pavanent comme une aristocratie décadente et vaniteuse, se servant du logos pour le réduire à sa plus vile expression, usant, créant ou modifiant des lois, réduites à n’être que des armes rhétoriques, comme instrument de domination et non plus de justice liminaire.

Nous vivons la fin de la révolution Française débutée en 1789, avec la victoire d’un corps sur un autre, pas celle du peuple, et c’est le même sinistre constat. Celui d’une médiocrité bien française qu’il convient d’identifier et de corriger pour ne plus jamais la supporter, ne plus jamais la voir éclore et s’épanouir. Cette mentalité minable de rentier du peuple qui fait que tout finit par un défilé d’égocentrismes disposant du monopole de la parole publique pour justifier sa bien pathétique décadence. La cour des comptes, en son titre même, est l’exemple typique de cette ironie mordante, avec son arsenal d’empéruqués et de poudrés, marquis et barons 2.0, qui viennent nous expliquer par la science comptable ce qui est bien ou mal, bon ou néfaste, escroquerie organisée de petits créanciers et trésoriers qui trient avant tout leurs chiffres et leurs calculs selon leurs intérêts ou ceux de leurs mécènes. Des rentiers de la dette perpétuelle qui chargent la mule sans complexe, car sans dents, car coupable de croire aux sornettes que le récit national nous a poussé à adoré bien malgré nous.

Tandis que le vol des avoirs russes s’organise, que l’agriculture française prend en pleine gueule la volonté europocratique, que nos provinces sont dépouillées de leurs industries et de leur corps entrepreunarial, que nos sols sont volés et nos cheptels sacrifiés, que nous sommes pillés, volés, spoliés constamment avec notamment le scandale du sacrifice de notre énergie sur l’autel d’un courtage indéfendable, la fin d’année 2025 est juste le tableau final d’un massacre organisé et planifié qui fait de chacun d’entre nous est soit un complice soit un résistant.

J’ai choisi mon camps depuis longtemps, mais quelle tristesse de voir encore les mous et les tièdes, les idiots et les inconscients défendre un tel désastre. La résistance débute déjà dans la conscience et le refus de toute cette triste pantomime, y participer fera de celui qui l’accepte un marqué par la bête, un individu qui aura accepté de n’être réduit qu’à une marchandise, achetable et soldable à merci. Une société qui nous condamne à n’être, selon la situation, qu’une pute ou un proxénète, sans plus aucune volonté de la générosité et de l’échange libre et consenti, juste par désir du bien et ce souci de cet autre qui n’est pas nous. Il faut comprendre, réapprendre ce que signifie faire société, car maintenant nous ne faisons que marchander absolument tout ce que nous pouvons, entretenant cette malfaisance avec une complète inconscience de la damnation qu’elle induit perfidement.

Bonne journée et joyeuses fêtes, bonne pilule bleue mais attention au réveil.

Soutien à tous nos agriculteurs, éleveurs, paysans.

Incroyable journée sur le média Tocsin, à suivre les événements dans l’Ariège, et maintenant, 21h49 pétantes, sur le média CLPRESS… Enorme soutien à tous les éleveurs victimes d’une politique délirante qui voit des élevages entiers exécutés alors que rien ne le justifie sinon des normes, des lois, une volonté inique qui veut toujours et encore détruire notre pays.

L’heure est grave, l’ancien monde charge de plus belle, à l’évidence il y a une volonté farouche de tout casser, tout balayer, de détruire et de tout piller avant une grande révolte qui ne vient pas. Une fin d’année terrible, tant au niveau politique avec la faillite finale de la démocratie représentative, arnaque de plus en plus pathétique, et une fin de règne qui tourne au despotisme décomplexé avec aux commandes des traîtres patentés, médiocres sublimes qui profitent du monopole de la parole publique pour balancer leurs mensonges et leur fiel savamment élaboré par d’obscurs communicants.

Quel silence médiatique terrible, quelle horreur de voir les politiques de tout bord si loin de ces champs et de ces hommes (et femmes) qui souffrent et attendent un soutien, une aide, une résistance, qui ne vient pas. Honte, honte à tous ceux qui jasent encore et encore sur des questions écologiques en prenant des airs pénétrés tandis que des existences, des espoirs, des rêves, sont laminés pour que des éoliennes scandaleuses et inefficaces défigurent nos beaux paysages, pour quelques décimales de pourcentage en moins de CO² dans l’atmosphère qui ne s’est jamais aussi bien porté. Quelle folie, quelle décadence, quelle indignité dans ce pays dont le peuple est trahi, moqué, cocufié,torturé par des pseudo élites qui un jour devront rendre des comptes, que ce soit ici bas ou ailleurs.

Philippe de Villiers s’est apparemment exprimé ce soir sur LCI, dénonçant le scandale qui ne fait pas mouche dans les courtisaneries médiatiques… J’ai vu Virginie Joron sur Tocsin, Philippot sur sa chaîne, et par ailleurs pas grand chose. Quelle tristesse de voir la déconsidération du monde paysan dans un pays dont ce corps a toujours été le sang liminaire, celui dont tout part, la source de vie et de bonheur. Que va-t-il advenir de nos terres, de notre patrimoine, alors qu’ils sont livrés en pâture aux immondes créanciers qui organisent ce massacre en toute quiétude ?

Français, réveillez-vous ! Sortez de cette sinistre torpeur, arrêtez de vivre dans cette cage d’artificialité qu’on vous a vendu comme un paradis et qui n’est qu’un enfer dont les flammes sont de plus en plus voraces. Quelle tristesse en cette fin d’année de voir tant de souffrances, tant de frustrations, tant de renoncement chez tous ceux que je croise et avec qui je discute.

Il va falloir s’unir, il va falloir faire corps. Cette grande liquidation n’est pas une fatalité si nous la refusons tous collectivement. 2026 sera à l’évidence une année de luttes et de combats qui fera plus tard que nous saurons ce que nous sommes vraiment.

L’insignifiance

Avec ma chère fille, je suis allé voir « L’homme qui rétrécit » de Jan Kounen avec dans le rôle titre le grand Dujardin. J’adore cet acteur depuis ses débuts, d’une part car il incarne une animalité qui me rappelle celle de mon défunt père et d’autre part car il a simplement un immense talent, qui peut irriter ou ravir, indéniable et admirable quoi qu’il en soit de votre avis sur la question. Oui, il y a un peu d’autoritarisme dans ce refus de la discussion sur le sujet du sieur Dujardin car personnellement j’estime que nous n’avons plus beaucoup de gueules à nous mettre sous la dent avec cette société du jeunisme sans aspérité. Jean Dujardin c’est une présence, un regard, une voix, une sensibilité, une générosité qui me poussent à lui dire, lui qui ne me lira jamais, « Monsieur je vous aime car il n’est pas possible de ne pas vous aimer ». Et il aura pesé dans la balance au moment d’aller voir ce film, car je dois avouer, bien que je sois un amateur de Richard Matheson, il y a un billet sur ce site écrit au moment de sa mort, je n’ai pas vu le précédent film américain ni lu le roman. Mais du coup j’ai envie de corriger ces méfaits car le film de Kounen est pour le coup un petit chef d’oeuvre immédiat, imprévisible, petit moment de respiration dans une atmosphère d’étouffement généralisé. L’insignifiance n’est donc pas le verdict de mon opinion, bien au contraire, c’est un coup de maître et vu l’unanimité des critiques sur la question je ne fais que me ranger tranquillement dans la cohorte positive qui a salué le film.

Quelle belle thématique, quel beau sujet que l’insignifiance… Dans nos sociétés de vanité, c’est un film qui l’air de rien, pointe nos travers et une terrible vérité, celle de l’éphémère, du dérisoire, de l’inutile. Nos sociétés fiévreusement matérialistes sont entrées en collision avec le sophisme de gouvernance qui use de la fiction pour nous spolier et nous voler au bénéfice d’une petite caste de super parasites. Nous vivons un moment terrible, celui de la prise de conscience, au moment où la douleur se fait trop vive pour être encore ignorée, encore déniée. L’auteur de ses lignes n’est pas trop concerné car ça fait déjà un paquet de temps que je tente, en vain, d’alerter mes congénères. Je dois avouer que ces derniers temps j’ai perdu un peu la fougue de la rébellion, fatigué d’entendre des poussifs passifs me tancer en me répondant « que je fais quoi moi dans mon salon ? ». Les mêmes qui se lamentent après de la charge fiscale, de la facture d’énergie, du vide politique, des files d’attentes aux urgences. Le pire, c’est qu’ayant, il y a peu, eu affaire avec les urgences, je n’ai pas constaté les dérives pourtant partout dénoncées. J’y ai trouvé beaucoup d’humanité, beaucoup de douceur et d’organisation. Ce qui m’a rappelé qu’il ne faut pas non plus sombrer dans la désespérance tragique… Derrière cette faillite organisée, il y a aussi la volonté de nous voir nous entre-déchirer et il faut résister à cette pulsion malicieusement encouragée. Oui, il y a des problèmes à régler, car cette même semaine j’ai eu affaire à des chauffards qui lançaient sur la voie publique des pétards, provoquant chez ma fille une réaction d’agressivité et de violence que j’ai tenté d’apaiser, non en l’encourageant dans la peur mais bien en lui montrant comment canaliser et organiser sa juste colère. Il y a de l’indignité à se comporter comme une bête, et c’est bien cela qui est attendu de nous. Ce qui me permet de rebondir filmographiquement sur le formidable « Seules les bêtes » que j’ai découvert tardivement cette année. Encore un film qui parle d’insignifiance, ou d’humanité, au choix, les mots pouvant être paradoxalement synonymes, selon ce que vous en faîtes.

Je dois avouer que j’ai un plaisir un brin coupable dans l’insignifiance. Car toujours se vouloir au centre du monde, tenir la position de nombril, est chose très fatigante. Il y a quelques années, quand j’ai découvert le premier volet de la saga Hunger Games j’ai détesté pour l’emprunt du thème que Battle Royal avait initié une bonne décennie auparavant. J’y voyais encore le pillage bien ricain d’une oeuvre nippone, à la manière de ce qui avait été fait avec le roi Léo, pardon de ne pas me fatiguer à retrouver le véritable nom de l’oeuvre du grand Osamu Tezuka. Mais maintenant, je trouve le film précurseur et fine métaphore de la réalité d’une centralisation pratiquée comme méthode de gouvernance pour une néo-féodalité qui ne dit jamais vraiment son nom. Il y a, dans Hunger games, cette même frivolité ridicule à s’abîmer dans des travers d’une élégance qui n’est que le fruit pourri d’une vanité friquée. J’avais trouvé le film excessif et caricatural, mais en 2025, je constate qu’on y est. Je ne peux plus regarder un plateau de TV de nos chaînes publiques sans y voir la même valse de petits marquis et autres duchesses au rabais qui s’ébattent dans un monde clos de convenances débiles tout en relayant une fiction limitant le réel à leur dernière réservation AirbnB. Bien laqués, bien sappés, bien embourgeoisés, bien engoncés dans une médiocrité morale et intellectuelle qui reste l’oeillère ultime pour vivre sa meilleure vie. Qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas d’envie dans mes propos, encore moins de jalousie. De manière très chrétienne, je plains ces gens là, car à mes yeux nos vies ici bas ne sont qu’une épreuve, un terrain de jeu, un test, un laboratoire, un athanor, pour révéler qui nous sommes vraiment.

Je souris en écrivant ces mots car c’est un de mes sujets existentiels obsessionnels que de déterminer, que d’identifier la réponse à cette grande question. Et plus je m’y contrains, plus je pousse la réflexion, et plus j’en arrive au titre de ce billet, l’insignifiance. Pas une insignifiance qui fâche ou qui frustre, une insignifiance qui rend sage et qui apaise. Nous sommes tous, toujours, tout le temps, dans cette éprouvante compétition que sont nos sociétés occidentales et par trop libérales, que nous perdons de vue l’essentiel, pourtant là, écrit et si bien écrit par le petit renard dans le Petit Prince de Saint Exupéry. Toujours, il faut résister à la tentation de haïr pour haïr, d’avoir peur pour avoir peur, de se trouver un bouc émissaire, une bonne raison, une grande excuse. L’insignifiance te protège de tout ça, car de cette vanité qui ne sera jamais qu’une immense, insondable source de déceptions, elle t’en immunise et t’en sauve. C’est ça que j’ai aimé dans le film de Kounen et dans la prestation de Dujardin. Peut-être parce que j’ai l’âge du héros, peut-être parce que j’ai combattu aussi mon araignée jusqu’à la regarder dans les huit yeux pour lui dire à la fin que tout ça n’a pas d’importance. Parce que le dérisoire n’a d’importance que celle que tu lui donnes. Qu’il y a tellement de faux choix, de questions fallacieuses, d’errances stériles. La vie ne se résume pas à être une pute ou un proxénète, voire les deux, selon ta position. La vie c’est se dire que le temps n’existe pas, que tout se joue, là et maintenant, tout le temps et jamais, que les véritables notes de la partition ne viennent que dans les moments de choix que nous colorons de notre intention. C’est peut être ça la réponse existentielle : l’intention. Il est possible de s’interroger constamment en se demandant ce qui est bien et ce qui est mal, la vérité se cache comme une fleur à naître dans l’intention de nos actions. Reconnaître le dérisoire, la fragilité de nos rêves et de nos désirs, la vanité de nos ambitions et de nos constructions, nous renvoie à cette fin qui nous attend tous, crainte ou non, attendue ou cauchemardesque.

Le plus grand crime de notre société, à l’heur(e) d’aujourd’hui, c’est de nous avoir mis en cage en nous ramenant à l’état de bêtes. J’ai écrit, très jeune, un poème que j’avais appelé « les paons » et que je devrais retrouver, à l’occasion, pour jauger à présent de ce qu’il était de mon moi d’alors. « Etre quelqu’un » c’est être dans la matérialité la plus basse et la plus dense. N’être personne, c’est juste être humain. Un grand monarque, un jour, a dit en désignant son peuple que tout se limitait « à ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». Les deux pourtant se confondent, les deux sont un même, révélation ironique de celui qui incarne pleinement ce paradoxe. Etre tout et rien à la fois, c’est ça l’expérience de l’humanité. Le problème étant de céder à l’illusion d’ignorer l’un ou l’autre pour se perdre dans une illusion tenace.

En octobre ça balance… et bon voyage Jackie Berger !

Petite pensée et grande émotion pour mes parents défunts qui étaient tous les deux sous le signe de la Balance, avec des similarités troublantes, malgré toutes leurs différences, dans leur personnalité, et certains détails comme la première lettre de leur prénom. Je n’ai jamais connu de véritable deuil, parce que je ne crois pas en la fable de la mort sauf en tant que statut, comme je ne considère le temps que comme une simple convention sans aucune réalité ontologique. Il y a quelques temps mon fils me parlait de Gordon Ramsay et j’en ai profité pour tenter de lui expliquer la réalité de l’idéologie, inévitable, dans l’oeuvre culturelle, qu’elle soit film, émission, chanson, BD, roman, etc. En bref, j’ai tenté de lui démontrer que le raisonnement initial dans les émissions de Ramsay qui le voyait débarquer dans des restaurants en difficulté, et tout résoudre par les arcanes mystiques d’un marketing implacable et une optimisation des process chez les culs-terreux du royaume culinaire, reposait sur un diagnostic pré-établi du problème stigmatisant l’amateurisme non reconnu/avoué des tenanciers. C’est un peu comme en France quand on dit que si tout va mal c’est à cause de toi qui gaspille tout cet argent que tu n’as pas, et que ça va mal se passer si ça peut pas continuer. Dans notre pays, piller et ravager en invitant les gens à se détester et se jalouser pour des pinailleries est devenu une manière de gouverner, et c’est bien le fait d’une société prospère de faire son gras sur celui des autres, même si on en arrive à l’os (généralement tomber sur un os n’est pas très bon signe).

Je ne suis pas très favorable à l’utilisation du terme « gueux » qu’Alexandre Jardin a remis au goût du jour car il y a quelque chose, encore, d’incantatoire. Toujours, quand tu évoques quelque chose, quand tu le nommes, tu le réifies aussi, et il faut se méfier du pas à ne pas faire en passant (ah, cette manie de l’allitération…) de l’allégorie à la dénomination catégorielle. Mais il faut reconnaître que le mot ramène surtout à une féodalité qui induit une injustice systémique validée. En cela nous y sommes, actuellement et pour longtemps, va se dérouler une bataille lente pour fixer les choses, ce vieux monde bien pourri qui survit depuis quelques millénaires. Tant que tu auras des classes moyennes, des riches et des pauvres, des propriétaires et des locataires, nous n’en sortirons pas. Je le déplore et je le constate, je serai mort depuis des siècles avant que nos sociétés humaines évoluent vers plus de grandeur et surtout plus de justice. Reste à voir et à analyser les dégâts de l’abêtissement en cours, sachant que je suis persuadé que la drogue numérique ne peut à long terme palier la nécessité d’un spirituel qui connaît actuellement un regain certain. Quel dommage que je sois si peu ouvert à la chose religieuse, moi qui serai toujours un frère de ce Christ, de cet homme dont je reste convaincu qu’il était absolument contre tous les systèmes et toutes les formes de domination. Quand l’humanité chrétienne aura compris que le premier anarchiste était celui qu’elle adore, peut-être évoluera-t-elle en dehors des gouvernances qui n’auront fait que trahir l’héritage initial.

Impasse, pair et manque, la tragi-comédie politique se poursuit tranquillement. Le plan étant à l’évidence de piller jusqu’au bout du bout, en comptant sur l’apathie généralisée, et si le chaos s’installe de profiter de la crise et de la salvatrice opportunité qui l’accompagnera alors pour remettre de l’ordre, cette valeur républicaine très bourgeoise qui permet de maquiller un ancien monde en nouveau. J’aimerais, mu par une saine et simple curiosité intellectuelle, mettre le nez dans la stratégie sociale qui a été mise au point il y a certainement quelques décennies, quand De Gaulle a cassé sa pipe de grand Français, faisant du bétail une masse sans chef. De la seconde guerre mondiale, il y a certainement été reconnu la grande hypocrisie dont notre glorieux peuple est capable. Une capacité d’adaptation et de déni qui fait qu’il est possible de passer d’un pétainisme outrancier à la Résistance la plus remarquable. Je pense beaucoup, en ce moment, à mon grand père paternel qui n’avait pas été reconnu durant sa vie comme le véritable résistant qu’il avait été, constatant que les honneurs étaient partis ailleurs, dans des opportunités et des réussites d’une autre classe sociale que la sienne. Ironie ou justice très tardive, il sera médaillé deux mois avant sa mort, comme si l’honneur devait se suivre d’une ironique euthanasie. Un souvenir cruel dont je conserve la détestable amertume, alimentant le mépris souverain que j’éprouve pour la caste médicale. Je ne peux m’empêcher de penser que ces lois sur la fin de vie succèdent opportunément aux conséquences des injections récentes, sur lesquelles règnent en France une omerta déconcertante. Certains s’ingénient à dire qu’il y a une volonté de détruire ce pays, une volonté tacite, claire et assez décomplexée pour agir à ciel ouvert, remisant toute contestation dans le tiroir facile du complotisme. Dans le monde qui est le notre, il faut être bien naïf, bien soumis, ou correctement abêti pour ne pas constater que tout est complot à ciel ouvert, car rien n’est plus facile à cacher qu’en étant exposé aux yeux de celui qui ne sait plus rien comprendre et percevoir, de celui qui est alimenté dans sa vanité le faisant scruter son reflet toute la journée en perdant de vue l’autre qui le jouxte et qui restera toujours la source de son possible bonheur. Il faut, première des urgences, réapprendre à vivre ensemble et en finir avec cette compétition permanente qui s’est imposé comme notre mode de vie. Hier, j’ai par hasard discuté avec un couple de retraités qui prennent conscience et comprennent la grosse blague qu’on veut nous faire avaler depuis presque 3 décennies, voire plus. On a évoqué les trois derniers présidents, la farce politique en cours, et j’ai été (heureusement) surpris de constater qu’ils étaient bien plus avertis et sagaces que je l’avais estimé. Surtout, ils avaient conscience qu’on voulait les maintenir dans la peur, stratégie qui s’enlise toujours sur le long terme… simplement parce qu’il n’est pas possible, il n’est pas vivable, de vivre constamment dans l’anxiété. Comme il n’est pas possible de faire avaler des couleuvres politiques comme la nécessité d’un budget qui a été envoyé il y a déjà quelques mois aux vrais décideurs européens. Le PS a donc trahi, avec la grande, l’immense, la fantastique victoire d’une suspension que tout le monde renvoie à l’astérisque qui annule la close. Mélenchon aura eu bien tort de faire son NFP car il aura pour le coup fait preuve d’une certaine mégalomanie… le requin est beau, nerveux et vorace, mais les autres, à défaut de panache sont gonflés d’un vide qui dans le miroir les fait se croire de taille, là où ils ne sont que de vent. Le parti des neunheureux, les suréduqués urbains, les prosélytes du camp du bien auront encore matière à réfléchir sur l’inconsistance politique des prophètes de cette gauche de salon, véritable parti de droite qui adore user de la confusion pour naviguer, même dans un verre d’eau à moitié vide.

Et hier soir, mon fils m’a donc appris la mort de Jackie Berger… J’adorais la voix, le timbre de cette comédienne dont le talent était simplement immense. Quand je pense qu’elle doublait Arnold (dans la série avec Willy), et plus proche de nous, sa prestation sur le Gon d’Hunter X Hunter m’aura laissé sans voix. C’est une sorte d’ironie étrange qu’une aussi belle voix féminine, aussi atypique, aura été utilisée principalement pour imiter le timbre de petits garçons… Je n’ai jamais aimé la série Jeanne et Serge, romance sur fond de sport, mais par contre encore maintenant, je suis charmé par le timbre de Jackie Berger, pour le coup sans artifice. Après Eric Legrand, encore une grande comédienne qui nous quitte et qui nous laisse, heureusement, tant de films, de séries, où la retrouver. J’avance dans le temps, mon temple s’écroule peu à peu, les herbes folles s’immiscent entre les colonnes et des bouts du chapiteau me tombent sur la couenne, mais c’est le jeu ma pauvre Lucette. Au revoir Jackie Berger, merci pour tout, pour tout ce talent magnifique qui aura magnifié tant d’oeuvres souvent dérisoires ou banales, parfois joyaux de la pop culture d’une époque, toujours tu fus une comédienne inspirée et généreuse. Ta voix était particulière, ton timbre avait cette beauté étrange où le grave se mêle harmonieusement avec l’aigu, créant une harmonie subtile et pour mes oreilles une mélodie qui n’a jamais cessé de me charmer.

Je passe beaucoup de temps à regarder des médias dits « alternatifs », j’aurais encore beaucoup à dire sur ces mots qui nous enferment dans des schémas de pensée, dans des prisons de signifiance, et constamment revient l’impuissance, comme si une clé mystérieuse, un graal indistinct, pouvait débloquer la situation, changer les choses. Tous ces journalistes et animateurs rebelles ne comprennent pas que ça ne se passe pas dans les consciences, mais bien au niveau du coeur. Tu peux espérer que ce peuple se réveille pour redevenir révolutionnaire, encore faut-il croire aux fables très pratiques de l’Histoire, tu peux compter sur un instinct de dissidence qui me semble très fantomatique, contrairement à celui de soumission que j’ai toujours constaté chez mes congénères, tu peux finalement rêver de masses unies mettant à bas les quelques uns qui nous écrasent… Tout se passe individuellement, au niveau du coeur, et ceux de notre peuple sont à l’évidence pourris par un égocentrisme sans issue (de secours). Les gens, la foule, les autres, ne sont pas divisés pour des raisons sociales, culturelles, mais bien par faillite morale. Cette faillite morale se réalise par un individualisme con et une propension à s’imaginer et se vouloir seul héros de l’histoire, sans comprendre qu’une société n’est pas le miracle d’un seul mais bien la volonté de tous. Petite pensée pour Bernard Tiphaine, comédien qui aura notamment doublé Chuck Norris et dont j’ai le grand plaisir d’entendre la prosodie et le timbre particulier lorsque j’entame une partie enfiévrée d’Heroes of the Storm, carte du Temple Céleste ; au début de chaque partie, il dit un truc « tuez-vous les uns les autres vu que vous n’êtes capables que de ça ! ». Ben oui, Bernard, et c’est pas du jeu, c’est notre vie en vrai. Si la vie a quelque chose de vrai, ceci dit en passant.

Donc, l’aube n’a pas l’air de vouloir venir, et en plus ça semble s’envenimer pas mal avec la Russie… La farce tragique se poursuit dans l’arène politique, avec autant d’imposteurs qui n’ayant rien à proposer que leur actorat frelaté, ne peuvent rien faire d’autre que de retarder le changement du casting, quitte à expliquer pitoyablement les raisons de leur inertie ou de leur trahison. Des agents du chaos qui renvoient à la signification initiale du terme : la béance, le trou, le vide, qui, pour le coup, se remplit de rien(s). Ces tous petits riens comme le chantait Gainsbourg, qui ne visent et ne songent qu’à une triste perpétuation, sans gloire ni grandeur. Les neunheureux ont pour le coup

Claudia Cardinal et le Cheyenne

Bon… Je finis ce jour une grande étape dans mon travail, je m’arrête un instant avant de m’y remettre, et paf, je prends dans la ganache la mort de Claudia Cardinale…

J’ai un film favori, un film qui l’air de rien parle de moi, de qui je suis vraiment. Un film que j’ai vu, estimation à la louche, une quinzaine de fois… pour tout avouer, je l’ai revu il y a 3 semaines quand j’ai essayé de le faire découvrir à mon fils. Ce film, c’est « Il était une fois dans l’Ouest » de Sergio Leone, avec notamment Claudia Cardinale dans le rôle de Jill.

Je ne dirais pas pourquoi ce film est mon film, pourquoi il le reste depuis tout ce temps, sachant que je l’ai vu la première fois à l’âge de 13 ans, en étant un peu déçu par ailleurs… Déception coutumière quand, à force de te vanter quelque chose, ton attente ne peut qu’être déjouée par ce que tu découvres. De l’importance de ne pas nourrir d’attentes et de réaliser ses propres rêves ou ses propres désirs.

Mais à chaque fois que je revois le film, la première fois que le magnifique visage de Claudia Cardinale apparaît à l’écran, je suis toujours subjugué. Je suis un homme très étrange concernant les femmes car je les respecte profondément. Un respect qui les aura souvent beaucoup déçues, mais je suis un fils à maman, et maman était une femme hors du commun. Alors, sans rechercher ma mère chez les femmes qui ont partagé de près ou de loin ma vie, j’ai toujours ressenti un ineffable bonheur en présence de ce féminin sacré qu’incarnait si parfaitement ma maman. Un féminin sacré qui porte bien son nom et qui aura toujours suscité mon respect, une certaine distance, une attente aussi, peut-être, pour le coup. Je suis un homme de désir, je suis un homme à la masculinité très prononcée et paradoxalement très féminin par une sensibilité et une générosité qui auront souvent été des obstacles mais aussi une saine limite. C’est pour cette raison que je suis un homme loyal, c’est aussi pour ça que je n’aime jamais qu’une personne à la fois et qu’il n’est pas possible d’intégrer la tromperie dans mon mode de vie. Comme je l’ai répété à tant de femmes qui ont eu la volonté de me materner, j’ai déjà eu une mère et je n’ai jamais eu besoin d’une autre. Je rajoute souvent que c’est parce qu’elle était parfaite et qu’elle m’a donné tout ce qu’elle avait à me donner. Je souhaite à tout homme, et même à toute femme, d’être aimé ainsi par un parent car il peut ensuite vivre sa vie en ayant la capacité à donner, à son tour, ce qu’il a tant reçu. La conséquence étant qu’aimer sa mère, respecter la femme qu’elle était, t’oblige ensuite à respecter toutes celles que tu croises en ne la réduisant jamais à un obscur et parfois obsédant objet du désir.

Il était une fois dans l’Ouest, contrairement à un film comme The substance, est un film dont l’un des discours est foncièrement féministe. Il montre une femme qui se révèle être une prostituée qui se révèle un sacré bout de femme (comme le dit l’Harmonica en évoquant les propos admiratifs de Cheyenne) qui se révèle l’espoir dans un nouveau monde où les hommes rustres du passé n’ont plus leur place. Jill a survécu dans un monde d’hommes qui l’ont profanée, cherche la liberté, lutte contre son destin et la fatalité, en conservant malgré tout, avec un peu d’eau chaude et du savon, sa dignité. Finalement, deux de ces hommes vont l’aider et lui permettre de réaliser son rêve. Deux hommes vont vraiment l’aimer sans rien demander en retour, parce que c’est bien. Parce que c’est juste.

Je tombe ce jour sur une interview de Bruno Solo qui évoque, répondant à la question sur un souvenir cinématographique dont il aurait éprouvé l’érotisme intense, le moment durant lequel Jill et Cheyenne se retrouvent lorsqu’il vient visiter celle qu’il a prétendument rendue veuve. C’est déconcertant… J’aime bien Bruno Solo, mais il dit n’importe quoi. Intéressant comme la mémoire nous joue des tours et lui n’a pas dû voir le film une quinzaine de fois, alors on dira que c’est pas grave. Non, elle n’embrasse pas le Cheyenne, Jason Robards, à la fin de la scène. Et non, elle n’a pas les épaules nues et le poitrail excité dans cette scène (c’est l’Harmonica qui brutalement met fin à son désir de partir de la maison en transformant sa robe de veuve en robe d’été – il la « soumet » pour mieux la sauver des pistolero qui lui veulent du mal – l’Harmonica n’est pas doué pour la communication verbale et préfère la mise en scène !). C’est un peu gênant de voir des détails comme le désir de Jill évoqué par Solo, car justement, il n’y a jamais de désir chez Jill (même si oui, Jason Robards est très beau). Oui, Cheyenne est troublée par Jill, Franck/Fonda la viole, et l’Harmonica/Bronson campe jusqu’au bout dans sa masculinité monolothique. Tous les hommes dans le film témoignent de l’intérêt pour elle. Mais elle, à aucun moment du film, ne montre le début d’une excitation. Décrite comme une travailleuse du sexe qui suscite la nostalgie de ses anciens clients, à la toute fin du film elle témoigne de la naissance d’un sentiment amoureux par la puissance du regard de Claudia Cardinale. Sergio Leone respecte Jill, c’est elle l’héroïne, le personnage principal. Dans ce monde d’hommes, qui s’entretuent, qui s’exploitent, qui se méprisent, s’aiment, ce haissent, c’est elle qui est la source de vie et de bonheur. Bien sûr, c’est Leone, un homme conscient de la vulgarité de l’hypocrisie bourgeoise, donc il se devait, comme il le fera encore plus violemment dans « Il était une fois en Amérique » (et qui me rend difficile son visionnage), de montrer comment les hommes peuvent souiller cette beauté par pur égoïsme, par vulgaire bestialité. Mais il ne faut pas s’y tromper… la Femme est belle, par nature, là où l’Homme est force. Le regret étant que nous sommes dans le règne des brutes et que les femmes, malgré les « progrès » de pure apparence, ont encore de nos jours de bonnes raisons de ne pas se sentir, de ne pas se savoir, en sécurité. Leone le savait, voulait le dénoncer. Le viol de Jill par Franck est faussement doucereux, faussement érotique. C’est un moment de perversité où une femme cherche à survivre. Et Leone de montrer à la fin du film que sa dignité est intacte. Même si elle sera toujours un objet de désir, nous sommes tous des pauvres types, certains déguisant leur désespoir sous un humour douteux. Tel Cheyenne qui agonise en silence, dans un sourire.

Non, monsieur Solo, à la fin elle m’embrasse pas, pleine de désir, Jason Robards. Je pourrais écrire des pages sur ce que m’inspire le magnifique personnage de Cheyenne. Cet homme qui malgré une blessure fatale, vient passer ses derniers moments avec cette femme qu’il respecte et dont il ne sera jamais vraiment aimé. Qui prend le temps de se raser, se faisant les honneurs qu’un croque-mort n’aura pas loisir de faire. Qui s’en va en souriant sans lui dire ce qu’il ressent vraiment, après une ultime blague de mauvais goût, comme une ultime boutade, pour s’en aller mourir tout seul, là-bas, dans la poussière. Et elle, superbe, sublime, lumière tenace, à la fin, dans ce désert voué à changer pour le meilleur comme pour le pire… notre monde moderne.

A la fin du film, je suis comme le Cheyenne, je suis un peu amoureux mais je sais que je n’ai aucune chance. C’est un film, et je suis là, dans mon canapé, à contempler, un peu béas, cette femme grandiose, à admirer ce visage à la beauté farouche, presque aristocratique. Me vient le tableau de Delacroix, l’orpheline au cimetière. Oui, c’est ça. Une beauté sauvage, indomptable, sans vernis ni artifices, saisie sur le vif.

Les années ont passé, et Claudia Cardinale s’est éteinte à l’âge respectable de 87 ans. J’ai vu quelques photos d’elle, assez récentes, et l’usure avait fait son oeuvre. Pourtant, toujours aussi belle, à jamais aussi belle, car chose géniale que nous procurent les œuvres culturelles, elle sera à tout jamais Jill McBaine. Elle sera toujours ce magnifique visage, ces yeux animés par un beau feu noir, ce port de tête qui révèle une rectitude de l’âme et l’instinct de dignité. Elle sera toujours pour moi l’incarnation, dans une pure fiction, de la femme au combien respectable. Au combien désirable et donc au combien inaccessible… sauf si vous en êtes, heureux homme, l’élu.

Le pire, c’est que je me suis dit, il y a trois semaines, qu’ils étaient tous morts, des acteurs aux comédiens de doublage (j’adore la VF !!!), mais qu’il nous restait Claudia Cardinale.

C’est qui, déjà, qui chantait le temps est assassin ? Ah, oui, Renaud. Un autre Mister Renard ne peut chanter que des choses bien !

Adieu Claudia, merci pour tout, merci pour Jill, ça peut sembler dérisoire mais c’est pour un peu de ce dérisoire que ça vaut encore la peine de vivre. De voir et revoir « Il était une fois dans l’Ouest » et te retrouver pour ce qu’il me reste d’éternité.

Une fin en queue de poisson

Etant donné que je passe mon temps à ressasser le passé sur ce blog et m’interrogeant sur la thématique du jour (de pont donc je me suis dit que j’avais le droit d’écrire un peu des conneries), m’est venu à l’esprit ce souvenir qui quelque part témoigne d’une époque et surtout d’une vision du monde. Hyperactif non déclaré (ou non dénoncé, au choix), mes parents avaient leurs tactiques pour me gérer tranquillement. L’une d’entre elles consistait à me laisser regarder la télévision le soir en leur compagnie, me permettant ainsi d’avoir une certaine culture filmique en matière de production cinématographique des trois dernières décades du siècle dernier. Et s’il y avait bien une chose qui irritait mes parents, qui les faisaient condamner l’oeuvre fraîchement visionnée à la peine capitale du scepticisme poli, c’était quand ça se finissait « en queue de poisson ». En bref, ça voulait dire qu’il n’y avait pas vraiment de fin, pas vraiment de conclusion, les choses n’étaient pas résolues, rien n’était accompli, ils ne vécurent pas « forcément » heureux et n’eurent peut-être pas beaucoup d’enfants (en avoir alors était une très bonne chose).

Dans le cahier des charges des attentes culturelles de mes progéniteurs, il fallait que les choses soient fermes et réifiées. Impossible d’aller au dodo en devant imaginer une potentielle suite. De là, peut-être, la révélation qu’une production artistique ait finalement, liminalement, un rôle social, celui de rassurer et d’alimenter une vision du monde (où tout finit bien), celui d’illustrer la confirmation des idéologies fragiles qui sculptent nos sociétés et inspirent nos mœurs. Ou cette volonté tacite de s’en remettre au narrateur pour faire tout le boulot en nous imposant, avec notre entière complaisance, une fin qui nous rassure et nous émeuve tandis qu’en tant que spectateur complaisant nous nous abandonnons à la sublime catharsis. De là, ce matin, quand je cherche un titre en ayant en tête la fin de l’ère des Poissons, le bordel ambiant avec son parfum eschatologique, et toutes les impasses politiques et sociétales de nos sociétés très démocratiquement roublardes.

Si vous êtes quelque peu intéressé par les choses astrologiques, vous avez dû un jour entendre que nous sommes dans l’ère des Poissons (surtout début avril). Personnellement, très récemment, j’ai appris que j’avais en sus de mon natal et de mon ascendant, un signe lunaire. Un choc, une révélation, car Taureau ascendant Lion, j’avais là tout ce qui pouvait traduire à la fois ma nature tranquille et mon caractère fougueux (entre les cornes de l’un et les crocs de l’autre comme le disait un horoscope très inspiré). Mais, mais, stupéfaction et révélation, je suis Poissons (au pluriel) en signe lunaire. Et paf, la sensibilité, l’émotivité, la fragilité, pour me dire qu’il y a donc une petite midinette en moi qui susurrent aux deux bourrins qui se disputent le trône, des choses qui altèrent conséquemment l’expression de leur virilité grandiose (cornes comme crocs, c’est voué à s’enfoncer quelque part, en fin des fins, comme tout ce qui est vertical – nous parlons symbolisme, hein ?).

Pour aller plus loin, tu prends les éléments, la terre pour le Taureau, le feu pour le Lion, et donc l’eau pour les Poissons. Pas d’air pour dynamiser tout ça, c’est dense, au mieux ça cuit, ça se durcit, ça fait de la poterie. Et des R pourtant, je n’en manque pas dans ma dénomination légale et personnelle, comme si la confrontation avec le système qui nous abrite devait apporter sa petite étincelle dynamisante. Vous l’avez compris, j’adore tout ce qui touche au symbolisme, à l’analyse des symboles, et à force de mixer, au fil du temps, l’ensemble de mes connaissances, ça me permet parfois de déceler des occurrences ou des points de convergences qui ne cesseront jamais de me fasciner. Je pense notamment à Michel Deseille, historien prolixe sur la question ésotérique, toujours pertinent et fertile en anecdotes et connaissances d’initié, à écouter notamment quand il évoque son interprétation de l’Apocalypse de Saint Jean.

Il y a peu, car je travaille constamment sur la chose sémiologique, j’ai appris une nouvelle signification du mot « symbole », en lisant ou en regardant une vidéo, car à force de brasser de la donnée je dois avouer que je ne sais plus, comme un médium effaré, à quelle source me vouer. J’ai donc appris que le « symbole » était un objet, aux temps anciens et achéens, qui était divisé en deux et qui permettait à deux individus, en unifiant le tout, de se reconnaître. Le symbole est donc essentiellement une chose qui s’unit et qui réunit, ce que son antagoniste signifiait quelque part, le diabole, sans m’en donner vraiment la clé de compréhension. J’ai donc passé un peu de temps à me cultiver et j’ai par ailleurs découvert un article très instructif sur le site de l’académie française que je vous inviterai à consulter plutôt qu’à avoir à récupérer la sainte manne culturel en m’en faisant l’indigne propriétaire (https://www.academie-francaise.fr/le-discobole-la-diabole-et-le-symbole-la-parabole). Mais j’ai tiqué sur le sens du préfixe « dia » qui signifie, en bref, la division… il n’y a qu’un petit pas pour que mon esprit anarchiste retrouve dans le mot « dieu » quelque chose de chagrin. Dieu ou diable, ça me rappelle la belle affiche française du film Wolfen que j’ai eu longtemps sur mon mur adolescent (et qui m’a par ailleurs beaucoup inspiré, jusqu’à en avoir fait un gimmick graphique).

En ce moment, c’est l’effervescence avec l’idée de la fin de l’âge de fer pour les adeptes d’Hésiode, la fin du Kali Yuga pour ceux qui sont davantage dans la vibe hindou, ou les aficionados de l’apocalypse et son cortège de symboles qui personnellement me fascinent et me découragent. Je le sais, j’ai essayé de la relire, butant encore sur le coté trop religieux du bidule. De là, une réflexion : ce texte est-il le propos initial ou a-t-il encore été alimenté et modifié par tous ceux qui s’en sont fait les messagers, les intercesseurs et les traducteurs ? Il y a beaucoup de choses troublantes dans ce texte, la force des symboles étant comme le sont les mots, dans la polysémie induite. Je me documente beaucoup, en ce moment, sur la chose ésotérique, la politique m’écœurant par cette médiocrité, que dis-je, cette farce indigne qu’elle est devenue. Ce que j’ai écrit ici depuis quelques années sévit de pire en pire, et je n’ai aucun intérêt à dénoncer l’hypocrisie et la décadence ambiante. De là, l’intérêt du retour à l’Ethos qui était ma conclusion il y a quelques mois de cela. Et ben je vous le donne en mille, l’ère du Verseau (après le recto et son flot d’orthonormés dégénérés) c’est carrément ça.

Non, je ne suis pas dans une vibe new age, avec ses enfants indigos, ses auras de toutes les couleurs, et je ne brûle pas d’encens ni de sauge en m’intoxiquant au passage de fumée me projetant dans des transes révélatrices. Je brasse de la donnée, j’essaie d’en trouver des nouvelles, et force est de constater que ce faisant je ne fais que plonger davantage dans l’océan profond et insondable du sens. Il y a peu, j’étais par ailleurs, pour raisons professionnelles et artistiques, sur un site qui expliquait l’origine et la symbolique de l’alphabet grec. Passionnante excursion qui m’a encore davantage instruit sur l’archéologie nécessaire que nous devrions tous mener pour comprendre à quel point le langage, notamment notre magnifique langue française, nous asservit, nous conditionne, tout en nous fournissant avec malice les armes pour nous émanciper et nous élever. Je parlais de la lettre R tout à l’heure, en usant un peu de la fameuse langue des oiseaux, facétieuse méthode qui aura toujours le mérite de pousser le curieux à s’appesantir un instant sur la structure d’un mot. La lettre R vient de la lettre grecque Rho, qui à la forme d’un P, et pour la faire très courte, qui part de la base à la verticale, pour revenir une fois au sommet en son intérieur. Ce qui va devenir le R finit la course en revenant par une diagonale vers la base. Personnellement, je rajouterai qu’il y a donc un sens, gauche-droite, de cette énergie symbolique. Le R n’est donc pas une énergie qui n’alimente pas seulement l’intériorité (créativité) mais la repousse vers la terre, la base, le système, le monde pour la fertiliser, pour y ensemencer la petite graine du sens. L’air étant l’élément de l’intellect, tout me va, tout me parle.

Tout serait donc parfait, je ne manque pas d’R, si vous venez parfois ici pour le savez déjà, mais une fois l’euphorie de la jouissance intellectuelle que tout bon élève en mathématique aura plaisir à reproduire en résolvant un quelconque problème, force est de constater que le monde pour autant part toujours autant en couilles. Enfin, en ce moment, entre l’empoisonnement massif du vivant (les eaux amères de l’Apocalypse, donc), l’absurdité de l’artificialisation intégrale et névrotique de l’économie (quand l’argent devient une fin en dévoyant le réel), et la tentative de retour à la féodalisation la plus implacable (la France étant la dernière place forte, très violemment assiégée comme vous vous en rendez, je l’espère, un peu compte), ça se passe pas très bien. Mais bon, c’est l’ère du Verseau, et pour la faire une fois encore courte, le retour à l’authenticité. A l’Ethos (l’éthos étant, dans mon idée, l’expression d’une vérité personnelle souhaitant le bien en dénonçant l’idée qu’il faille une autorité pour s’y obliger – mais si, c’est simple !). J’ai peut-être raison, finalement, de penser qu’il ne faut plus attendre de révolution sociétale qui ne fait que maquiller l’ancien monde en revenant toujours à une triste logique despotique. Le changement doit s’effectuer de manière individuelle, au niveau de l’ego et de la conscience. J’allais parler de l’omphalos en pensant au nombril car pour faire dans la métaphore triviale, sortir enfin du nombril pour découvrir les autres et la réalité du vaste monde.

Cependant, une petite voix en moi me dit que ça risque de prendre pas mal de temps encore, surtout quand un simple match de football suffit à mettre dans les rues tout ce que devraient provoquer les scandales que nous subissons depuis des années. Après je n’ai rien contre la liesse sportive… juste que le même niveau d’engagement émotionnel serait souhaitable dans le fonctionnement de nos sociétés prétendument ultimes (la démocratie en tête). En réalité, un match de foot provoque un phénomène démocratique, là où des élections, dans un système ploutocratique, en est la caricature. Et ça me rend triste, parfois. Nous sommes traités comme des enfants turbulents, un peu neuneus, qu’on excite et qu’on exploite en jouant constamment sur la corde émotionnelle.

La fin en queue de poissons de l’ère des Poissons, c’est un peu ça. Tout va mal, mais y a pas vraiment de climax. Comme une impression de révolution lente, lente, lente… Une fin qui n’a pas de fin, une conclusion qui s’étire en nous laissant sur notre faim. La fin des temps ou le temps de la Fin, c’est pas du genre très pressé. C’est encore là que des phénomènes comme la révolution bourgeoise de 1789 nous ont malicieusement conditionnés. Dans cette idée d’une turbulence dynamisant et accélérant les choses, nous en sommes réduits à attendre un brasier qui n’arrivera peut-être jamais. Ce matin, je matais une vidéo de Vidgita, très intéressante chaîne sur Youtube, qui proposait une fiction très réussie qui voyait un astéroïde nous réduire à néant, tandis que plusieurs millénaires plus tard des archéologues mettaient à jour les cultes des dieux SNCF et EDF. C’était bien vu, marrant, avec un petit clin d’œil à ces cultures sans voyelles dont nous tentons encore de percer la clé pour comprendre les noms « secrets ». Mais il faudrait aussi proposer le scénario inverse : et si ça prenait des siècles pour que l’être humain change et comprenne la folie des systèmes qu’il crée ? Et si le temps long était vraiment long ? Et si l’on avait pour prison une terre dont le seul horizon est un désert ? Un désert ? La peine maximum comme le chantait si bien Pablo Villafranca ?

Petite lueur d’espoir : l’ère des Poissons, c’est vraiment la base, le pire. Donc le meilleur reste à venir. Le souci étant que nous ne le verrons peut-être pas, sauf si au hasard d’une ou plusieurs réincarnations nous sommes invités à refaire une partie ou deux. Et si la France survit à tout ça, pourvu que le personnel politique soit moins con que celui qui tout en nous offrant avec une générosité sublime les moyens de mourir en nous privant des moyens de nous soigner, qui valide et camoufle toutes les entreprises d’empoisonnement et de corruptions en nous faisant consciencieusement les poches. De ce vide, de cette fatuité organisée, de cette décadence absolue, pourvu qu’il ne reste que la volonté profonde de ne plus retomber aussi bas… même si cycle aidant, il y aura encore, un jour, une autre ère des Poissons (mais un peu moins nulle, spirale aidant – allez voir Michel Deseille pour comprendre le truc).

Et bon dimanche quand même.

Bon voyage Eric Legrand

Triste jour que celui où j’apprends, presque par hasard, la mort du comédien Eric Legrand. Alors la majorité des messages d’adieu de ses très nombreux aficionados a salué sa prestation en tant que doubleur de Végéta, le personnage de Dragon Ball Z, mais ce serait ignorer le véritable talent de ce comédien dont le timbre et le phrasé étaient tout simplement une forme de sublimation de la langue française.

Eric Legrand, c’était une voix de velours, une voix sublime, une musique noble et belle, pouvant rivaliser d’outrance comme de finesse. C’était pour moi une des plus belles voix du doublage, et j’ai l’immense regret de n’avoir pas pu assister à une prestation du comédien en dehors de cet art véritable, enfin reconnu, qu’est le doublage, bien que je l’ai identifié, très jeune, alors que j’avais 15 ou 16 ans dans un film avec Jugnot et Auteuil, alors qu’il jouait un employé de banque pris en otage. J’étais fasciné par le talent de cet acteur dont la voix, le phrasé, étaient pour moi l’incarnation de l’élégance et de la noblesse. Alors que je créais mes premiers personnages de fiction, j’avais décidé que cette voix serait celle de mon Odysseus, que j’imaginais intelligent, torturé, et très élégant. Une voix qui reflétait son panache et sa finesse, une voix mélodieuse, douce, toute de délicatesse et de caractère.

Comble de l’ironie, aujourd’hui je suis sorti avec mes gosses qui n’en sont plus, et sur la clé USB de ma voiture, j’ai eu la surprise de découvrir que j’y avais enregistré le générique de Capitaine Flam, avec la voix non moins sublime de Dominique Paturel récitant avec un talent inégalable la célèbre introduction. J’ai donc rendu hommage à Dominique Paturel, déclarant à mes gosses toute l’admiration que je ressens pour ces comédiens géniaux qui ont, par leur talent et leur générosité, conféré une part d’eux-mêmes à tous ces personnages de fiction, une étincelle d’âme à laquelle je suis et je reste profondément sensible. Et ce soir, découvrant le décès d’Eric Legrand, je ne peux que ressentir de la mélancolie en songeant à tous ces artistes qui nous ont récemment quitté.

Merci à vous tous, Eric Legrand portait si bien son nom, et j’espère un jour pouvoir vous témoigner, quand ce sera mon tour, toute ma gratitude pour ces moments de bonheur que j’ai vécu en votre compagnie. Vos voix résonnent en moi, j’entends la particularité de vos timbres mélodieux et bien que la mort soit une délivrance, je ressens de la tristesse à me dire que pour vous entendre à nouveau, je ne pourrais plus que m’en retourner à ce qui ne sera dès à présent que des archives. Je me ferai ce WE le duel entre Ikki et Shaka, alors que l’immense Henri Djanik rivalise de talent avec un jeune Legrand qui joue avec une justesse géniale celui qui incarne un ange terrible, infaillible, imperturbable, face à un homme bestial, faillible, désespéré. Parmi toutes ses prestations, c’est le Shaka de l’épisode animé par Araki qui à mes oreilles restera une magistrale démonstration de son immense talent, unanimement reconnu. Ou Seiya dans le troisième film avec Abel… Quand le personnage se révolte et dit « mais alors dites-moi, dites le moi… Pourquoi ce serait-on battu comme des fous ? Pourquoi ? »

Impossible de ne trouver qu’une pépite dans le parcours d’un être qui était par son talent un inépuisable filon… Bon voyage Eric Legrand, une prière pour toi, mais je sais que la beauté dont tu auras été prodigue toute ton existence aura sa récompense là où tu es parti.