Oulà… un titre un brin romanesque, entre le jeu de mot et l’allusion fine, je suis en forme. Ou plutôt non. Fin de semaine, j’ai bossé comme un dingo, il reste aujourd’hui, mais bon, l’actu, les réactions, moi, le monde, mon cerveau, le chaos, l’entropie et ce blog pour vidordurer tout ce qui m’emboutit.
Barnier donc. J’ai explosé de rire, tant le choix est à la fois évident, révélateur, dramatique.
Evident parce qu’il n’y avait finalement pas de choix plus européiste que celui-ci, du technocrate biberonné aux couloirs et recoins des univers démocratiques, qui aura été dûment défendu par un Asselineau qui reste un homme de droite, ce que sa position souverainiste pourrait parfois faire oublier. Je conseille par ailleurs d’aller voir l’analyse très fine et pertinente de Georges Renard Kuzmanovic sur Tocsin (média présent sur Youtube) – tout est dit et bien dit. Tout ça pour dire que le souverainisme n’est pas forcément à droite, mais la gauche ayant fait du nationalisme une manifestation du fascisme, c’est encore un préjugé qu’il sera difficile de commuer.
Révélateur car au moins, on sait que le travail d’huissier va pouvoir dûment commencer. Avec la logique, avalisée par le médias et peut-être même par vous, petit citoyen hypnotisé par la rengaine du déterminisme financier, qu’il faut régler ses dettes, fussent-elles contractées par d’autres en votre nom, le temps est venu de céder le mobilier à défaut de billets joliment imprimés (car le digital, ça reste du vent, et seul les dieux décident si ce vent est tangible ou gazeux).
Dramatique, car avec ce choix, c’est un nouveau coup d’état, un abus de pouvoir, une manifestation d’une tyrannie « démocratique » qui s’accomplit. Psychologiquement, symboliquement, c’est bien dire au citoyen qu’il doit s’y faire, que tout ça n’est qu’illusion, que tout ça, la démocratie, les droit(e)s de l’Homme, la Liberté, ne sont que du décorum pour faire croire, pour faciliter la coloscopie en la rendant un peu moins douloureuse. Tu y es en démocratie ? Tu en es sûr ? Oui, peut-être. Si tu concèdes que ton seul pouvoir c’est accepter ou ne pas accepter, sachant qu’à l’arrivée ça n’a absolument aucune importance pour ceux qui sont tes maîtres. As-tu vraiment le droit de te plaindre ? Tu y crois, tu y participes, tu fais de ton immarcescible candeur le carburant de leur manipulation vulgaire. Comme disait l’autre présidentiable, « et ça passe ». Attention à ce que la coloscopie ne s’achève pas en lobotomie.
La gauche s’insurge. Poliment presque. Mélenchon, grave et dans une contention qui est peut-être motivée par la volonté de démontrer qu’il n’est pas le minotaure éructant du labyrinthe politique. Allez, on manifeste, à Paris et pour les ploucs de province, un peu où vous voulez… De toute manière, qui s’intéresse à la banlieue et au No man’s land dans ce pays où la centralisation incarne le défaut majeur, le péché capital (sans jeu de mot) ? Au pire, cramez deux trois voitures histoire qu’on puisse dire que vous êtes à la fois dégénérés, impolis et indécrottables. Et à nouveau, entre analystes, ça invoque, ça espère, ou ça désespère, ça incante, ça prophétise, ça apocalyptise, le retour des gilets jaunes. Sérieusement… Je suis souvent étonné qu’aucun analyste ne se penche un peu sur la raison de ce soulèvement qui repose, pour moi, sur le profil d’individu qui en était la sève. Qui étaient les gilets jaunes, ceux des rond-points, les purs, les durs ? Pour l’essentiel, des travailleurs ou de simples citoyens qui venaient du monde bien réel. Des gens qui ne sont pas en train de s’abrutir entre les 12 000 possibilités d’évasion, de distraction, de fuite, que leur offre leurs écrans, qui ne voient pas le monde par le prisme déformant des médias et des médiums qui nous régurgitent la réalité pour nous la faire percevoir comme toute une idéologie veut que nous la percevions. Plus tard, de leurs rangs viendront les héros du Covid, à la première heure. Encore plus tard, une partie d’entre eux seront encore « punis » pour défaut d’obéissance, pour résistance. Quid de tous ceux qui ont été privés de salaire, qui ont été harcelés au travail ou en famille, qui ont vu leurs droits simplement niés avec l’accord tacite de leur suprême leader qui ne rêvait que de les emmerder ?
Ce matin j’écoutais une matinale de France Culture sur la droitisation de la France… J’ai été un peu éberlué, à la fin, par le consensus des participants… Tous les réacs sont donc des français qui croient en une France en noir et blanc qui n’aura donc jamais existé (je caricature un peu) ? Sérieusement ? Car vous ne croyez pas que la start-up nation c’est pas encore plus con comme illusion ? Nous sommes TOUS victimes de notre perception tronquée de ce qui fait le monde. La seule manière d’essayer de s’extirper un tant soi peu, et sans perdre la sagace conscience que nous serons toujours piégés par notre subjectivité, notre éthos et notre habitus, de ce moi qui nous tyrannise, c’est en croisant un maximum les données, les sources, c’est en écoutant tous les bords, tous les discours, toutes les visions, toutes les narrations, toutes les fictions. C’est pas évident, mais il n’y a que ça qui permet de distinguer l’absurde comédie humaine qui fait notre société. Si la vérité n’est qu’un consensus, si la vérité n’est que l’interprétation sélective des faits que tu hiérarchises, valides ou invalides, tout n’est que fiction. Si l’idée est de vouloir prouver que sa fiction est meilleure donc s’impose à celle des autres, c’est à la fois une folie et une tragédie. Ah, nous y sommes. Je suis donc réac. Dur, au petit matin.
Qui furent donc les gilets jaunes pour ces bobos très satisfaits de leurs certitudes ? Ces fameux réacs, ces français déclassés mais donc, selon les experts de France Culture, victimes d’un déni somme toute condamnable (ils sont cons, pour faire court). Des français qui n’ont pas pris le train du monde, qui n’avait pas les jambes assez fortes pour courir et saisir l’opportunité, le kairos implacable d’un monde moderne, serviteur implacable d’un darwinisme cruel mais érigé, reconnu, en loi immanente (sinon ces imbéciles de dinosaures auraient fini par inventer la démocratie bien avant nous).
C’est pour ça qu’il a été facile de passer sur les mutilations, sur le harcèlement, sur le tabassage en règle que ces citoyens ont subi, qu’ils ont vécu dans leur chair et leur tête. Finalement, ils l’avaient bien mérité à nous bloquer pour nous empêcher de prendre nos vacances bien méritées. Et ils étaient d’extrême droite. Ah, cet anathème qu’il suffit de citer pour forclore tout débat. Toi qui est contre l’immigration, tu es donc mécaniquement raciste. Tout part de ça et tout est resté à ça. Mais j’ai de plus en plus de mal à écoutes les analyses qui décrivent les votants du RN et tout ce qui n’est pas à gauche comme des « fachos ». Nous allons crever de cette discorde, nous sommes tous inutilement divisés et opposés avec l’impossibilité d’un dialogue.
Dans cette logique absolutiste et intransigeante, les gilets jaunes ont été victimes d’une répression, d’une sauvagerie systémique, qui ne peut laisser que des traumatismes et de l’amertume. Rêver leur retour, c’est encore se dire que cet autre, qu’on méprise et qu’on moque, dont la plouquerie nous arrache un long soupir d’atermoiement, va venir, à notre place, se taper le sale boulot. C’est aussi ne pas avoir compris que cette strate d’individus, qui venaient du réel, une réalité sale et matérielle, ont été brisés, hachés menus, et totalement refroidis par le manque de soutien populaire. Il y a eu une grande victoire du « pouvoir » fin 2019, juste avant le Covid. L’exemple avait été fait, le principe avait été accepté, celui que le « pouvoir » puisse défoncer le peuple avec une totale tranquillité d’esprit. La glorieuse manifestation du « kratos », cette logique qui induit que nous perdurons dans une pensée ancienne et rance, qui finit toujours par l’expression et la victoire de la violence.
Les séditieux ayant été matés, peu de temps après il était judicieux de voir si les autres seraient obéissants, de mesurer le niveau de complaisance. Nous fûmes du bétail stoïque et appliqué à paître là, où et quand nous devions le faire. De par mon signe zodiacal, je suis une bête à cornes, donc c’est un peu mon destin d’être cocu. Je ne me considère donc pas être meilleur que les autres. J’ai signé moi aussi mes propres attestations de sortie. J’y ai cru, j’avais le nez sur les stats, je constatais une partie de l’escroquerie, je restais constructif. J’avais surtout peur de causer du tort. Je ne pouvais pas envisager qu’il puisse y avoir derrière tout ça un dessein autre que protéger la population à prévenir le pire. Puis j’ai découvert Saint Just.
« Tout le monde veut gouverner, personne ne veut être citoyen. Où est donc la cité ? » / « Un peuple n’a qu’un ennemi dangereux, c’est son gouvernement » / « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. »
Depuis, je continue de contracter mais très prudemment.
Que sera demain ? Sur ce blog, j’ai annoncé il y a quelques mois, en début d’année si mes souvenirs sont bons, que la rentrée serait terrible. Nous y sommes. Un bras de fer peut s’engager… ou alors ça sera l’accomplissement de ce grand plan qui vise à défaire la France, à la détruire. 50 ans que nous subissons une guerre économique souterraine, avec la complaisance de ceux qui ont fait de l’argent leur Graal et leur but. Ce pays, son peuple, auront été sacrifiés. Tout ça me rappelle l’incipit de Philip K Dick dans Substance mort (de mémoire, je l’ai lu il y a 30 ans maintenant). Il évoquait le destin de ses amis, tous rattrapés par les abus de substances illicites. Il réclamait de la clémence, il manifestait de la compassion pour leur légèreté, pour leur insouciance. J’ai l’impression que ce sera ça le bilan, plus tard, quand les historiens reviendront sur cette période. Un peuple qui profitait d’un bonheur, certes imparfait, il ne faut pas non plus céder à cette idée qu’hier c’était le paradis, mais merde, nous n’étions pas dans cette mouise abominable qui fait que le système n’est devenu qu’un repaire de parasites tout à fait prêts à détruire un peuple, une nation et ses institutions à seules fins de pillage et d’une cupidité sans fin. L’inconséquence de notre élite politique est une insigne preuve d’une trahison organisée.
Donc, nous allons voir, rapidement, comment les choses vont se passer. De grands soulèvements ? Il en faudra plus. Du chaos ? Oui, à minima. Du changement ? Pour du bon, il faudrait casser la baraque, renverser la table. Entre la droite mortifère et la gauche rétrograde, quel espoir réel peut survenir ? L’Europe va nous détruire, méthodiquement, légalement, la mithridatisation fatale. La grande menace c’est qu’il n’y ait plus de français, juste des individus qui pourront attester être nés dans une certaine partie du monde, se remémorant vaguement les paroles agressives d’un hymne, le chant d’un monde ancien et barbare, avant l’apogée démocratique.
Il y a ceux qui pensent que la révolution française ne s’est jamais vraiment achevée. Il est possible que nous assistions à sa conclusion, peu glorieuse, avec le retour à toutes les inégalités passés. D’une démocratie de libertés nous sommes passés à une démocratie de privilèges. L’agora est redevenue la Cour, avec son petit roi soleil qui détrousse la constitution pour l’incliner dans la position qu’il souhaite et qui lui permet d’en avoir le contrôle.
L’aristocratie qui était l’idée d’un pouvoir exercé par la manifestation de l’excellence a été pervertie en devenant une caste d’individus qui accaparent la richesse par le truchement de règles et de lois aussi iniques qu’injustes. C’est ce qui avait motivé la révolte et la colère en 1789. La faim oui, mais aussi le sentiment d’injustice. C’est ce que nous vivons à nouveau aujourd’hui. Mais le peuple n’est plus le même. Il n’a pas encore vraiment faim, même si les banques alimentaires voient les cohortes de demandeurs exploser.
Tout ce qui composait le Tiers-état était solidaire, en 1789, de sa réalité terrible. Nous, nous sommes atomisés, individualisés, nous sommes entretenus dans des oppositions autant factices qu’illusoires (il faudrait déjà parvenir à s’affranchir de cette maudite comparaison sociale, de ce réflexe à rejeter cet autre qui ne nous ressemble pas). Quand être de la classe « moyenne » ne sera pas un vague moment de fierté, mais la conscience que cela induit qu’il y ait une strate en dessous mais aussi au dessus. Quand l’idée même que la pauvreté s’impose comme une abomination et non plus une simple banalité, alors il y a la possibilité d’un changement car ce sera nous obliger à comprendre qu’il n’est absolument pas possible de créer un bonheur durable, mais également moral, sur le malheur des autres.
A suivre, donc… L’automne sera Sioux ou Apache, en espérant que l’hiver ne tourne pas à Fort Alamo (et oui, j’aime la culture ricaine, le destin des autochtones devrait un peu nous alerter).
